‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 102 sur 179 · FORMES ET RÉGIMES · texte numérisé non relu

FORMES ET RÉGIMES

L'enseignement peut être public ou privé, reru individuellemenl dans la famille ou en commun à 1 école : ce sont les fonnes; l'écolier peut être interne ou externe : ce sont les régimes scolaires.

Enseignement dans la famille, enseig-nement en commun, — En soi, \' enseignement dans la famille est préférable, parce quil ne soustrait pas l'enfant à son milieu et à ses éducateurs naturels ; mais il faut convenir que bien peu de parents peuvent instruire eux-mêmes leurs enfants ou les faire instruire au foyer domestique. Dailleurs, Venseignement en commun présente d'incontestables avantages : pour le triivail, c'est une émulation, un entrain, une légitime ambition de se signaler que ne développe pas au même degré renseignement individuel; pour la formation du caractère, c'est le contact avec les condisciples, l'assujettissement à une règle qui précise des obligations pour tous les instants de la journée et qui en fait surveiller l'accomplissement. Rien de plus semblable ;i la grande société, où les écoliers auront bientôt leur place rt leur rôle, que la petite société composant une classe ; les passions naissantes qui s'y croisent, les rivalités qui déjà s'y heurtent, les ressources qui s'y révèlent pour le bien, sont en petit les passions et les rivalités qu'ils auront à combattre ou à subir, et les ressources qu'ils devront utiliser au cours de leur existence ; c'est donc faire un utile ai)prentissage que de les rencontrer de bonne heure, de s'exercer à lutter contre les unes, à se préserver des autres, à supporter les froissements et à se gêner pour faire souffrir le moins possible le prochain. L'éducation en commun produit encore cet heureux résultat que, soumettant tous les élèves d'une maison à la mêuje discipline, les appli-

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quant aux mêmes leçons dans leurs classes respectives, les jugeant selon les règles d'une justice égale pour tous, elle leur donne le sentiment très net que l'homme vaut, non par le titre qu'il porte ou par la situation des siens, mais par ses qualités intellectuelles et morales. Eniin Tutilité de l'éducation en commun est démontrée par cette constatation de chaque jour, que des enfants déjà très indociles dans la famille deviennent, à l'école, studieux et soumis.

Internat, externat. — Puisque le milieu familial est celui qui convient le mieux aux enfants, tout ce qui les en arrache est anormal. Partant de ce principe, vrai en soi, on u souvent prononcé contre Vlntrrnal des réquisitoires d'une extrême sévérité. Les inconvénients ([u'il présente, a-t-on dit, sont multiples et graves : pour la santé, les dangers d'une agglomération nombreuse dans un espace souvent restreint, et la difficulté de soumettre les enfants à des exercices physiques dans une mesure suffisante ; pour l'esprit, une vie quelque peu factice, puisque l'on crée autour de l'enfant un petit monde d'où sont éloignés bien des éléments qui se rencontrent dans la vraie vie ; pour les mœurs, une facile contamination des bons par les mauvais; pour le caractère, le risque de voir la volonté se briser contre un règlement méticuleux et sans détente, et le jeune homme perdre en initiative ce qu'il acquiert en docilité; pour le sentiment, l'indifférence à l'égard de la famille ; pour l'être tout entier, une contrainte pénible qui amoindrit les forces d'expansion ou fait naître de violents appels vers une liberté sans limites.

Ces dangers sont réels. Mais puisque l'internat est depuis longtemps regardé comme utile ', les familles n'offrant pas toujours les garanties nécessaires à la formation normale des enfants ; puisque les conditions d'existence de la bourgeoisie contemporaine le rendent nécessaire, au lieu de discuter sur les avantages et les inconvénients des divers systèmes.

a Les premiers internats en France datent de la fin du xiv siècle : on les nommait pensions ou pédaçioqies. Dans notre Institut, le premier pensionnat, celui des Irlandais, fut ouvert en 1698 ; celui de Saint- Yon est de 1705.

il vaut mieux tirer le nieillonr parti possible de celui qu'on a dû adopter. Dans les internats, on clierctie à préserver les enfants des maladies par la lidélitê aux prescriptions relatives à l'éducation physique'; delà contagion du mal, par une exacte surveillance 2 ; de l'airaiblissement de l'iniiiative personnelle, par la formation virile de la volonté ': de l'indillérence à l'égard de la famille par la correspondance, les visites au parloir, les sorties et les vacances-'.

L'externat est le régime général de toutes les écoles {)rimairee élémentaires et supérieures, et d'un certain nombi;e d'écoles professionnelles et secondaires. Dans les villes, le courant s'établit de plus en plus vers l'externat ou vers le demipensionnat , qui est un régime mixte. Nous avons dit (p. 220) les précautions que nécessite la présence simultanée d'internes et d'externes dans les mêmes classes.

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