‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 118 sur 179 · I. - MÉTHODE DOGMATIQUE OU EXPOSITIVE · texte numérisé non relu

I. - MÉTHODE DOGMATIQUE OU EXPOSITIVE

La méthode dogmatique ou expositive consiste, pour le maître, à développer oralement une question, sans faire intervenir par des interrogations, du moins pendant la leçon, les élèves qui l'écoutenl.

En voici quelques exemples :

I. — J'écris au tableau les mots suivants : Léon, Georges, meunier, maître, élève, négociant. Puis je dis aux élèves : « Le mot Léon flésigne une personne ; le mot Georges , une personne ; le mot meunier, encore une personne ; de même pour les mots maître et élève. Tous ces mots qui désignent une porsonne sont appelés noms. » Je propose ensuite le devoir : Écrire les noms de personnes renfermés dans une page du livre de lecture.

Le même jour ou le jour suivant, j'écris au tableau les mots: cheval, mulet, oiseau, mouche, poisson. Puis je dis : » Le mot cheval désigne un animal; le mot mulel. un animal, etc... Tous ces mots qui désignent des animaux sont des noms. » Je donne comme devoir : Ecrire tous les noms d'animaux renf'-rmés dans une page du livre de lecture.

Dans un troisième exercice, j'explique de même que les mots pierre, eau, fer, sucre, sont dos noms de choses ; puis je tais faire un devoir correspondant.

* Certains auteurs se servent du mot formes, pour désig'ner les méthodes générales d'enseignement.

Je pose ensuite des interrotrations récapitulatives sur ces trois catégories de noms, et je conclus dogmatiquement à la définition du nom : Le nom est un mot qui sert à désigner une personne, un animal ou une chose.

II. — Inversement, et pourvu qu'on ue s'adresso pas à déjeunes élèves, on peut commencer par la règle et la confirmer par des exemples. Supposons que l'on ait à exposer, dans une leçon de grammaire, l'accord de l'adjeclif avec le substantif.

On formulera d'abord la première règle : L'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le nom ou le pronoin auquel il se rapporte. Et l'on prendra des exemples où se trouveront successivement des adjectifs au masculin et au féminin singulier, puis au masculin et au féminin pluriel se rapportant d'abord à un nom, ensuite à un pronom.

On formulera de même la seconde règle : Quand un adjectif se rapporte à plusieurs noms singuliers on le, met au pluriel. Et l'on trouvera des exemples d'accord avec plusieurs nouT^ au singulier.

On continuera dans le même ordre l'exposé des règles et des exemples qui les confirment. On questionnera ensuite, pour s'assurer que les explications ont été comprises ; puis on donnera un devoir en rapport avec la leçon.

III. — Pendant la leçon de lecture, si je commente un texte sans provoquer les élèves à l'expliquer eux-mêmes, j'aurai encore professé dogmatiquement. Soient les vers suivants :

Le village s'étend au fond de la vallée ; 11 est posé gaiement le long d'un irais ruisseau : On dirait des pigeons, dont la blanche volée Se réchauffe au soleil et so mire dans l'eau.

J'en fais le commentaire à peu près en ces termes : « Vous avez sans doute remarqué bien des différences entre les maisons de la ville et celles de la campagne. En ville, les habitations sont élevées, resserrées, alignées le long d'une rue souvent étroite, bruyante, où, pendant l'été, la température devient étouffante. Au village, souvent les maisons sont entourées de jardins : ainsi séparées les unes des autres, les habitations occupent un espace relativement plus considérable que celles des villes ; c'est pourquoi le poète dit ici que le villagi; s'élend dans la vallée. C'est le long d'un frais ruisseau que les habitations ont été construites,

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car non seulement un cours d'eau répand la fraîcheur et une certaine (laieté daus le village, mais il est de la plus grande utilité pour les hommes et les animaux. Vues de loin et dans la vive lumière d'une helle journée de soleil, ces maisons blanches, basses et groupées sans symétrie, ne ressemblent évidemment pas à des pigeons, mais elles rappellent l'idée à'une volée de pigeons blancs qui se seraient abattus en désordre dans un champ où ils ne réchauffent au soleil, et près d'un ruisseau, où ils se mirent clans l'eau. » Je terminerai en expliquant le sens et l'étymologie de quelques mots.

IV. — En arithmétique, .<i l'on doit exposer la théorie de la division des nombres entiers, on formulera d'abord la définition ; La division est une opéralioit par laquelle on cherche combien de fois un nombre appelé dividende contient un autre nombre appelé diviseur. Le résultat de l'opération s'appelle quotient. Et l'on applique cette définition avec des diviseurs ayant successivement un ou plusieurs chiffres.

On ajoute ensuite que le produit du quotient par le diviseur, augmenté du reste, doit être égal au dividende; puis, comme contrôle des opérations précédentes, on fait cette multiplication : ce sera la preuve. Les élèves ne sont pas intervenus dans l'explication : c'est donc la méthode dogmatique.

V. — En dessin géométrique, j'expose un problème de tracé qui doit être exécuté à la règle et au compas. Il s'agit, par exemple, de résoudre graphiquement la question suivante : En un point N d'une droite donnée A D, raccorder un arc de cercle passant par un point M, donné en dehors de la droite. — J'effectue au tableau les opérations successives du tracé, en même temps que je les énonce : « Menez, en N, une perpendiculaire à la droite AB ; joignez les points M, N, par une droite ; puis menez une perpendiculaire au milieu de cette droite : l'intersection 0 des deux perpendiculaires sera le centre de l'arc demandé ; son rayon sera 0 N ou 0 M. « Cette explication achevée, les élèves exécutent à Ifur tour le même tracé sur leur feuille de dessin.

La méthode exposilive a ses avanlai;,es : elle permet au maître de parcourir rapidement un programme, puisqu'elle éloigne les digressions, les tâtonnements, qu'amène l'intervention souvent hésitante des élèves; elle est aussi pour l'élève une excellente leçon de logique, où il apprend à suivre

une idée dans son coniplel déveluppciuenl, ù condition toutefois que ce développement ne soil pas li-op lon^-.

Mais employée seule, elle ne va pas sans inconvénients : si le maître n'a pas une autorité sullisante on un certain talent d'exposition, les élèves demeurent passifs et volontiers se désintéressent de la leçon pour s'abandonner aux distractions; le maître sait-il se faire écouter, il n'échappe jias toujours au danger d'imposer à certains enfants des jugements tout faits, et de les habituer ainsi à se payer de mots.

La méthode expositive convient surtout aux classes avancées de l'enseignement primaire supérieur et de l'enseignement moderne; dans l'enseignement primaire élémentaire, aux leçons dont le sujet est tel que le professeur ne peut, sans très grande perte de temps, recourir à des interrogations socratiques. Explique-t-on, par exemple, une question historique, géographique ou mathématique que les élèves ignorent complètement, il est inutile de chercher h la leur faire décou- Yi-ir par des questions : la métliode dogmatique ou d'autorité s'impose.

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