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II. - METHODE SOCRATIQUE OU INTERROfiATIVE

l^ai- la méthod(î socratique ou inlerrogalive, appelée encore méthode inventive, le maître excite l'activité inlellectucdie des élèves au moyen d'interrogations combinées de façou à leur faire trouver par eux-mêmes certaines notions à leur portée.

Kt d'abord, il convient de distinguer entre les interrogations socratiques ou de rerherclie, dont il est ici question, et les interrogations de contrôle , au moyen desquelles le maître s'assure que l'enfant a compris les explications données ou qu'il a étudié les leçons imposées. Tandis que les premières sont assujetties h un ordre déterminé par la nature du but à atteindre (définition à faire donner, solution à faire découvrir), les secondes se succèdent, avec enchaînement ou non, selon les intentions du professeur. Nous parlerons de ces dernières interrogations au chapitre VI.

La méthode socratique présente d'incontestables avantages; elle progresse toujours du connu à l'inconnu, permet

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au maître de s'assurer si les élèves ont une connaissance suftisante des leçons déjà exposées, et l'oblige ainsi de rester à la portée de son auditoire ; elle procède lentement et donne ;\ l'enfant toute facilité pour comprendre les notions (fui composent le programme; elle éveille et soutient l'attention de toute une classe, par la continuité des questions aux- (| utiles les écoliers cherchent simultanément à trouver des ri'ponses satisfaisantes; elle augmente l'intérêt que le maître prend lui-même à des leçons qu'il a préparées avec un soin spécial ; elle est un excellent moyen de formation intellectuelle pour les élèves, dont elle provoque la réflexion, exerce le jugement, étend la faculté d'observation ; elle leur procure parfois le plaisir de la découverte, ce qui est un stimulant et une récompense ; elle les habitue à s'exprimer avec précision et justesse ; enfin elle peut contribuer à leur formation morale, car elle encourage les timides, aiguillonne les indolents et, par les difficultés qu'elle propose aux présomptueux, elle les ramène à une plus juste appréciation de leur savoir.

Mais il s'en faut qu'elle soit d'une application facile et qu'elle s'adapte à toutes sortes de leçons. Elle exige du maître une autorité suffisante, une connaissance très précise de ce qu'il enseigne, une préparation minutieuse des questions à poser, une facilité d'élocution plus qu'ordinaire et une réelle habileté pour ne pas se perdre en digressions inutiles.

Dans une même leçon, les questions socratiques ne doivent être, ni trop multipliées, ni trop lentes, ni trop précipitées; elles doivent s'adapter à l'intelligence de l'enfant auquel on les adresse, et cependant n'être ni trop faciles ni trop difficiles pour l'ensemble de la classe". Elles ne ressemblent donc en rien au procédé défectueux qui consiste à faire la demande et une partie de la réponse, ou à poser un petit nombre de questions selon des clichés invariables et qui provoquent des réponses quasi stéréotypées ''.

■■' Voir au chapiti-e Vt, Procédés de contrôle, l'exposé des conditions et qualités des interrogations en général.

*' Saint Jean-Baptiste de la Salle recommande implicitement la méthode Interrogative, quand il veut que les maîtres « enseignent par raison el

Quand faut-il employer la méthode inventive? Il faut avoir très souvent recours aux interrot^ations socratiques, car, plus que tout autre procédé, elles exercent les facultés de l'enfant; mais ce serait une erreur de vouloir s'en servir constamment, sous prétexte que les élèves comprennent et retiennent mieux ce qu'ils ont en quelque manière trouvé eux-mêmes. Ces interrogations ne sont pas applicables, avons-nous dit, quand il s'agit de ce dont l'enfant na jamais eu l'idée : faits el dates d'histoire, nomenclature géographique ; de plus, dans certaines leçons, elles ralentissent par trop la marche si le maître n'est pas un très habile interrogateur. Mais il en va tout autrement : 1° pour faire expliquer une gravure représentant un événement historique et préparer ainsi le récit qu'on se propose de raconter; 2" pour faire déduire des phénomènes observés quelque principe élémentaire des sciences ;

s'assurent que les élèves comprennent ce qu'ils disent ». Comment en effet s'en assurer, sinon par des interrogations du domaine socratique?

On lit dans le Nouvel abréç/é de Grammaire française à Vusage des Écoles Chrétiennes (Rouen, 1T(S.5) : « Si, ])ar exemple, j'avais dit à un enfant de composer la ré])onse à une lettre que j'aurais supposé lui avoir été écrite, et qu'il la commençât ainsi : Je rép07ids à la lettre dont vous m'avez écrit, etc., au lieu de lui dire qu'il a fait une faute et en quoi elle consiste, j'essaierais de la lui faire reconnaître et corriger lui-même.... Faire rendre raison à un enfant est le moyen le plus sur pour lui apprendre à faire l'application des règles. » Voilà des interrogations socratiques appliquées au style, puisqu'il s'agit de poser à l'élève une ou plusieurs questions qui l'amèneront à trouver ce qu'il aurait dû écrire.

Voici en quels termes Ja Conduite pour les Pensions recommande au maitre de procéder souvent par interrogations : « Il faut donner les principes en peu de mots, beaucoup interroger, obliger les écoliers à s'expliquer sur les choses qu'ils apprenncMit, et les redresser honnêtement quand ils se trompent. Les fréquentes demandes aiguillonnent les esprits, excitent leur attention et leur curiosité, les portent à penser et à réfléchir, leur font concevoir des idées, les engagent ;i travailler.

« Si quelqu'un demande l'explication de ce qu'il n'entend pas bien, il faut la lui donner volontiers... Si son jugement n'est pas assez l'orme, ou qu'il ne suffise pas de lui diie une chose une lois, il ne faut pas passer dessus, mais y revenir et l'aider autant que de besoin à la comprendre parfaitement. El comme la timidité empèciierait souvent les enfants de demander des e.xplications sur ce qu'ils ne comprendraient pas, il faut les pi'évenir en leur demandant raison de ce qu'ils ont fait ou ont appris, et le sens de ce qu'ils lisent. .Si l'on ne suivait pas cet ordre, les écoliers n'auraient dans la tête qu'un amas d'idées confuses, embrouillées et mal conçues. » Conduite pour les Pensions, Manuscrit n" 42, p. 43-44.

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3° pour faire expliquer une dicte'e, le sens d'une page de lecture ou d'un texte à apprendre par cœur ; 4° pour faire conclure, par des exemples sensibles, à une règle de grammaire ; 5° pour faire comprendre un phénomène géographique que les élèves ont observé, ou juger un fait historique ou moral.

La méthode socratique donne surtout d'excellents résultats, lorsqu'il s'agit moins de faire découvrir du nouveau par les élèves, que de leur faire prendre conscience de ce qu'ils ont entendu, de ce qu'ils ont vu, sans toutefois y avoir réfléchi. Avec les jeunes enfants, elle est un moyen excellent de les habituer à voir, à regarder, à se rendre compte ; avec les jeunes gens, elle devient un merveilleux instrument pour développer en eux le sens philosophique.

Yoici plusieurs exemples de leçons conduites par celte méthode. Le plus souvent, on pose d'abord la question à la classe ou à la division entière, et seulement après, on désigne l'élève qui doit y répondre.

I. — Soit à donner à de jeunes enfants une Inçon sur Vadoraiion des Mages.

Matériel à préparer. — Une gravure de grandes dimensiong, représentant cette scène biblique.

Interrogation. — Après avoir niontré le tableau , je procède à peu près de la manière suivante à riu-terrogation sur les personnes, les lieuoi, les actions.

D. — Combien voyez-vous de personnes qui ont un nimbe autour de la tète ? — R. Trois ".

D. — Qui est cet enfant'!* — R. L'Enfant Jésus.

1). — Montrez la très sainte Vierge {L'élève montre avec une hagiielte). Montrez saint Joseph.

D. — Dans quelle ville Notre-Seigueur est-il venu au mon<le?

R. — A Bethléem.

'^ Nous désignons ici par D. la question que pose le maître ; par R. ou RR. la ou les réponses qu'elle provoque de la part d'un ou plusieurs élèves.

— Pour abréger, on a fait les réponses les plus courtes possibles ; mais il faut exiger que les enfants s'expriment en phrases complètes et renferment les termes delà demande dans la réponse.

D. — Voyez-vous, sur l'image, la ville rie Bethléem ?

R. — Oui ; la voilà dans le fond.

1). — Qui donc est venu adorer l'Enfant-Dieu à Betliléem ?

R. — Des rois de l'Orient.

D. — Combien y a-t-il de rois ?ur l'image ? — R. Trois.

D. — A quoi les reconnaissez-vous ?

R. — Rs ont une couronne sur la tête.

D. — On les appelle des mages, c'est-à-dire des savants [j'écrix au tableau le mot magei. Il y a encore d'autres personnages sur l'image: sont-ce des rois?

R. — Non; ils n'ont pas de couronne sur la tête.

D. — Que tiennent-ils en main ? — R. Des rênes?

D, — Quelles montures conduisent-ils? — R. Des chameaux.

D. — Qui sont-ils? — R. Des serviteurs.

D. — Que remarquez-vous au ciel ? — R. Une étoile.

D. — Que vous rappelle-t-elle ? — R. — Qu'une étoile est apparue en (Prient aux rois mages, pour leur annoncer la naissance du Messie.

D. — Quelle est l'attitude du premier roi sur l'image, et que fait-il?

R. — R s'agenouille et il oll're de l'encens.

Exposé du fait par le maître. — Après ces inteirogations, je raconte avec détails l'adoration des mages.

Reproduction orale. — Je fais reproduire le récit par plusieurs élèves, d'abord au moyen de questicms, puis sous forme de discours suivi. Après ces exercices oraux, je fais lire ensuite le manuel, et j'explique les expressions un peu difficiles.

II. — Soit à faire comprendre à des enfants la naturelle Vadjectif qualificatif. — On peut procéder ainsi :

1° Faire nommer un certain nombre d'objets que les élèves ont sous les yeux ou qui leur sont familiers : table, mur, tableau, boule, craie, etc., puis écrire ces noms au tableau noir ;

2° Faire indiquer la couleur, la forme de ces objets, puis écrire en même temps au tableau les mots donnés par les enfants : longue, noire, haut, gris, carré, ronde, blanche, etc. à côté des noms qu'ils caractérisent ;

3° Dire que ces mots indiquent les qualités des objets et que, pour cela, on les appelle adjectifs qualificatifs.

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III. — Supposons une leçon sur le pronom conjonclif (clétinition, énumération, accord).

Récapitulation préalable. — Je pose queltjues questions sur les leçons antérieures: Qu'est-ce qu'un nom? un complément ? un pronom ? et je demande des exemples.

Préparation. — Je partage le tableau noir en deux parties, par une ligne verticale : dans la colonue de gauche, j'écrirai les exemples au fur et à mesure de l'exposé de la leçon ; dans la colonne de droite, j'écrirai les règles correspondantes.

Interrogation. — l''"" Exemple : Le livre est inléressunt.

D. — De quel livre ]>arle-t-on ? Du vôtre ? du mien ?

R. — On ne le dit pas.

D. — Combien de propositions dans cette phrase? — R. Une.

•2« Exemple : Le livre que ma mère m^a donné est intéressant.

D. — Retrouvez-vous la première proposition dans cette phrase ?

R. — Oui : le livre... est intéressant.

D. — Qu'y a-t-il de plus dans la phrase?... Combien de propositions?... Lisez-les ?... (Je les souligne, mais non pas le mot que.)

D. — Savez-vous maintenant de quel livre on parle ? — R. Du livre que ma mère m'a donné.

D. — Quels sont les mots qui déterminent ce livre, en indiquant duquel on parle ? — R. Que ma mère m'a donné.

D. — Qu'est-ce que ma mère m'a donné ? — R. Un livre.

D. — Quel mot remplace, dans la deuxième phrase, le mot livre et joint les deux propositions : le livre est intéressant et ma mère m'a donné'i R. — C'est le mot que.

D. — Gomment appelle-t-on le mot qui remplace un nom ? —

R. — Un pronom.

D. — Ce pronom que joint donc au nom livre, dont.il tient la place, une proposition : ma mère m'a donné ; c'est un pronom conjonclif. J'écris la déllnition au tableau et la fais répéter : Le pronom conjonclif est un mol qui joint au nom dont il tient la place une proposition qui l'explique ou le détermine.

Le mot qui est remplacé par le pronom conjonclif est nomme son antécédent, expression qui signifie qui va devant ; ainsi le nom livre est l'antécédent du pronom que.

— Même genre d'exercices sur les jihrases : Le livre où il y a des images est intéressant. — L'eau est un liquide sans lequel nous ne saurions vivre. — J'emporte un vêtement chaud dont (duquel) j'aurai besoin. — Le marchand auquel je me suis adressé m'a bien servi.

Demander l'antécédent des pronoms o», lequel, dont, auquel. —

Faire mettre les phrases au pluriel, puis écrire au tableau les pronoms lesquels, desquels, auxquels. — Faire mettre les phrases au féminin singulier, puis au féminin pluriel : écrire au tableau les pronoms laquelle, lesquelles

Conclure que : le pronom conjonctif est au même (jenre, au même, nombre ci à la même personne que son antécédent.

Termioer par des questions de récapitulation, et donner un devoir d'application.

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