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I. — INTERROGATION ET RÉCITATION

L'interrogation de contrôle consiste en questions posées sur les leçons expliquées et déjà étudiées.

Nécessité de rinterrog-ation de contrôle. — Les interrogations de contrôle sont indispensables en classe ; non seulement elles y sont une source d'intérêt et d'émulation, mais elles permettent au maître de constater les progrès des élèves, de redresser leurs jugements erronés et de leur apprendre à s'exprimer ; elles lui donnent le moyeu d'apprécier son propre enseignement et de le modifier selon le besoin.

a Le grand art de l'instituteur, a-t-on dit souvent, est de bien interroger ; savoir interroger, c'est savoir enseigner >■■ : cela est vrai des interrogations de contrôle comme des interrogations socratiques. Bien interroger, c'est faire réfléchir l'enfant ; c'est guider son esprit et le stimuler, sans toutefois le dérouter ; c'est lui faire envisager sous des aspects nouveaux les notions qu'on lui a pi'ésentées; c'est éviter la routine et la monotonie dans les questions posées. Lorsqu'elle est habilement pratiquée, l'interrogation de contrôle se joint toujours à l'interrogation socratique, dont nous avons montré l'importance éducative ; aussi est-ce à l'une et l'autre forme que s'appliquent les observations qui vont suivre.

Gomment il faut procéder à l'interrogation. — Xous allons examiner les qualités et les conditions d'une bonne interrogation, qu'il s'agisse d'enseignement socratii^ue'', ou d'un e.\ercice de contrôle.

(Qualités de l'interrogation. — Pour être profitables, les questions doivent être claires, simples, graduées, à la portée

" On a parfois donné le nom de catéchisation à l'ensemble des questions par lesquelles un maître exerce les facultés des élèves pendant la leçon socratique, ou s'assure que la leçon donnée sous forme dogmatique a été comprise.

des enfants, variées, suggestives et bien enchaînées. Les questions sont claires lorsqu'elles sont formulées en termes si exacts et précis que, sans difficulté aucune, l'élève en saisit tout le sens ; elles sont simples, lorsqu'elles n'admettent qu'une seule réponse ; elles sont graduées lorsqu'elles procèdent soit du facile au plus difficile, soit d'une vue d'ensemble à des détails de plus en plus circonstanciés, soit des détails à l'ensemble. Si les questions ne sont pas à la portée de l'enfant interrogé, elles deviennent inutiles et elles exposent le maître à manquer de justice, puisque l'écolier, même laborieux, est dans la quasi impossibilité de répondre d'une manière satisfaisante. Les questions doivent être variées quant à leur objet, à la faculté qu'elles exercent particulièrement, à la forme qu'elles revêtent, enfin quant aux élèves qui doivent y répondre. Tantôt le professeur interroge suivant un ordre connu (ordre alphabétique ou ordre des bancs) ; tantôt il s'adresse à tels ou tels élèves à son choix, préférablement aux plus faibles ou aux plus distraits; tantôt, et souvent, il s'adresse à toute la classe pour stimuler l'attention et l'activité générales, puis, après un instant laissé à la réflexion, il désigne celui qui doit répondre. Des questions sont suggestives si, loin de solliciter l'enfant à répondre par un « oui », un « non », un mot ou une date, elles le conduisent à exprimer un certain nombre de propositions et de phrases unies entre elles par un lien naturel. Elles sont bien enchaînées , si elles sont logiquement disposées, et si elles découlent le plus souvent des réponses des élèves.

Les défauts à éviter dans les interrogations sont la prolixité, l'obscurité, la monotonie, la précipitation et la brusquerie. La prolixité encombre la question de termes inutiles et fait perdre de vue l'idée principale ; l'obscurité met l'élève comme à la torture, pour deviner ce qu'on lui demande ; la monotonie dans l'ordre des interrogations provoque l'inattention des élèves qui, sachant quand viendra leur tour, ne se croient guère obligés de suivre un exercice auquel ils ne prendront part qu'à un moment fixé d'avance ; la tnonotonie dans le ton empêche le maître de souligner, par une inflexion spéciale, les termes importants ; la précipitation ne laisse ni à

l'un le temps de parler distinctement, ni aux autres le loisir de s'expliquer sans être interrompus ; enfin la brusquerie déconcerte les élèves timides ou faibles, que la bienveillance aurait encouragés.

Quand faut-il interroger ? — On peut interroger avant, pendant et après la leçon. Avant (a leçon, l'interrogation prépare la classe au sujet qui va être exposé, et le rattache à ce qui est déjà connu des élèves ; elle s'adresse d'ordinaire aux plus intelligents d'entre eux. Pendant la leçon, on multiplie le plus possible les interrogations socratiques ; l'interrogation de contrôle étant alors une sorte de rappel pour les élèves distraits, on n'en abuse pas, afin de ne pas affaiblir l'attention de leurs camarades. Après la leçon, c'est un moyen de s'assurer que les moins intelligents eux-mêmes ont compris, «t d'insister sur la liaison des idées exposées.

L'interrogation qui contrôle une étude faite en classe suit immédiatement cette étude ; celle qui contrôle l'élude faite dans la famille a lieu tantôt le matin, pendant un temps déterminé, tantôt avant les leçons auxquelles cette étude se rapporte.

Nous voici naturellement amenés à parler du temps accordé aux élèves des internats pour l'étude des leçons. Dans les classes inférieures, il est préférable que ce temps soit simplement suffisant pour apprendre la tâche, toujours courte, que l'on assigne ; plus long, il est gaspillé par les jeunes enfants. Mais dans les classes supérieures, il serait fort préjudiciable aux écoliers qu'après des leçons parfois longues et difficiles, on ne leur laissât pas le temps suffisant pour étudier à loisir et dans le calme ce qui leur a été proposé. Mieux vaut donner moins de leçons et accorder davantage au travail personnel des jeunes gens.

Qui faut-il interroger? — Sans doute, le mieux serait de consacrer à chacun des élèves un temps suffisant; mais ce n'est guère praticable, surtout pour l'interrogation socratique.

Voici comment on peut procéder aux interrogations de contrôle. Autant qu'il se peut, on interroge rapidement tous

les élèves dans une classe de commençants ; on a ainsi l'occasion de les récompenser lïéquemmenl et de stimuler leur ardeur au travail. Avec les écoliers plus avancés et surtout avec les jeunes gens, on interroge à fond quelques élèves durant trois ou quatre minutes chacun, et plus rapidement un certain nombre d'autres ; on tient note de ces deux sortes d'interrogations, afin que tous les écoliers soient à leiir tour questionnés de l'une et de l'autre manière.

Quels enfants désigner, après avoir posé à toute la classe une interrogation, ou socratique, ou de contrôle ? Parfois les moins intelligents, s'ils ont le désir de répondre ; parfois les plus étourdis, afin de leur rappeler l'obligation de réfléchir avant de parler ; les plus avancés, si la réponse est difficile ; mais le plus d'élèves possible doivent prendre part à cet exercice. Si le premier élève auquel vous vous adressez ne répond pas ou lépond mal, aidez-le ; s'il n'arrive pas à vous satisfaire, passez à un second, puis à un troisième, et assez rapidement pour ne pas perdre de temps. A la fin de l'interrogation, revenez ensuite à ceux qui n'ont pas su et assurez-vous qu'ils ont compris les réponses données par leurs condisciples.

Sur ijuoi faire porte)' les interrogations de contrôle? — Les interrogations de contr('»le portent sur la leçon du jour ou sur les précédentes et, sil s'agit d'une récapitulation ou d'un examen, sur une partie plus ou moins étendue du programme scolaire. Mais il convient que toujours elles s'attachent à l'important dans les matières étudiées, car c'est ce qu'il faut avant tout fixer dans l'esprit des élèves : donc, sous prétexte même de s'assurer que les élèves connaissent parfaitement un programme, pas de questions sur des minutieS;, sur des vétilles que peut-être ils prendraient pour des choses essentielles ; pas de questions n'exigeant aucune réflexion; peu de questions auxquelles on répond par un mot ou une date.

Réponses aux interrog-ations. — Il import*^ beaucoup à l'éducation intellectuelle des ('lèves de leur faire contracter de très bonne heure l'habitude de toujours formuler des réponses justes, complètes, claires, correctes et polies. Une

réponse est juste, si elle est bien celle que demandait laqueslion ; complète, si elle y satisfait entièrement, sans rien d'inutile ou d'étranger ; claire, si elle expose les idées dans leur ordre naturel, sans obscurité, diffusion, ni prolixité ; correcte, si l'expression ne renferme aucune impropriété de termes ni faute de grammaire, et surtout si elle comporte, au lieu de mots isolés, une phrase entière et bien construite ; polie, en ce sens que l'élève se lient debout pour répondre, et que si la réponse est donnée par un oui ou par un non, ces mots doivent être suivis de l'expression : cher Frère.

L'élève ne répond-il rien, c'est que peut-être il n'a pas compris la question : donnez alors une autre forme à votre demande; s'égare-t-il : ramenez-le dans la voie par des sousquestions, à moins que cela ne doive faire perdre trop de temps à la classe entière; resle-t-il court après une réponse incomplète : questionnez-le sur les idées qu'il oublie: s'exprimet-il avec trop de précipitation out rop de mollesse: modérez son ardeur, ou contraignez-le à bien articuler tous les mots sans saccade, ni ton chantant, monotone et langoureux.

Beaucoup d'élèves répondent avant même que la question soit entièrement terminée : il faut leur montrer combien cette hâte est nuisible, puisqu'elle ne leur permet pas de réllécbir. Ne tolérez pas les « souffleurs ". car ils sont une cause de désordre dans la classe et, comme les tricheurs, ils doivent être punis sévèrement s'ils persistent dans cette déloyauté ; mais ne soyez pas vous-même en quelque façon leur modèle, en suggérant à l'enfant interrogé la partie principale des réponses à faire. Vous interrogez un élève sur les guerres de Gharlemagne en Saxe, et vous lui posez la question : Quelles ijuerres Gharlemagne entreprit-il vers le nord de V Europe? Si l'enfant ne répond rien, n'allez pas formuler la réponse : Gharlemagne entreprit vers le nord de l'Europe de longues guerres contre les... conti^e les Sax..., à quoi sans doute cet enfant ajoutera triomphalement : les Saxons! Un tel procédé maintient les écoliers dans la passivité, d'où il faut au contraire les tirer.

Préparez avec soin vos leçons, donnez-les avec calme et logique, car les bonnes réponses des élèves dépendent au

moins en grande partie de cette préparation. Excitez l'émulation par des encouragements ; stimulez les écoliers dont l'inapplication serait notoire ; faites parfois ressortir l'importance de certaines réponses, ajoutez-y des explications complémentaires lorsque vous le jugez utile ; enfin, dans la mesure et la forme que vous jugerez convenables, permettez aux élèves de vous demander des explications sur ce qu'ils n'ont qu'insuffisamment compris : les enfants s'intéresseront davantage à une interrogation qui prend ainsi par intervalles les allures d'une leçon.

La récitation. — On entend par récitation la réponse à de& questions portant sur un texte qui doit être su à la lettre. Ce que le maître fait ainsi réciter d'une manière littérale est ensuite l'objet d'une interrogation par laquelle il s'assure que les élèves ont bien lintelligence de ce qu'ils disent, et qu'ils ont retenu les explications données avant l'étude.

On exige la récitation textuelle du catéchisme diocésain, des définitions, des morceaux choisis et des principes de sciences. Une récitation presque textuelle est nécessaire quand il s'agit des sommaires d'histoire.

• Toutes les récitations doivent être faites d'une voix modérée, sur un ton naturel, sans hésitation, interruption ou redites. Si l'enfant qui récite semble avoir hâte d'en finir, et bredouille le texte sans s'écouter lui-même, on lui imposera de parler avec netteté et avec une lenteur suffisante. S'agit-il d'un fragment d'auteur classique, prose ou vers, l'élève doit donner à la récitation le ton convenable et parfois le geste expressif. (Cette question sera traitée dans la lU^ Partie.)

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