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CORRECTION DES DEVOIRS

De la part du professeur, corriger un devoir, c'est l'annoter et en signaler les fautes; de la part de l'élève, c'est substituer une rédaction exacte à une autre, jugée défectueuse. La correction est écrite ou orale, individuelle ou collective.

Correction écrite et individuelle, par le maître. — L'importance de la correction des devoirs par le maître n'est pas

discutable : elle attire rattention de l'enfant sur les fautes qu'il a faites et donne à son travail la sanction qu'il mérite. Sans ce contrôle, beaucoup d'élèves s'appliqueraient peu ; sûrs de l'impunité, ils chercheraient même à esquiver le plus de devoirs possible, et ainsi la négligence du professeur deviendrait pour l'écolier comme une invitation à la paresse. On peut encore ajouter que non seulement la régularité et l'application à corriger les devoirs tiennent une classe en haleine, mais qu'elles produisent sur les familles la meilleure impression en faveur de l'école.

Cependant il n'est pas possible d'astreindre un maître, seul dans sa classe, à visiter en les annotant chaque jour les cahiers de quarante élèves : à raison d'un minimum de trois minutes par cahier, et de deux cahiers par élève, on arriverait à un travail supplémentaire de quatre heures. Le pourrait - il d'ailleurs, ce maître a beaucoup mieux à faire en préparant ses leçons. Ce surcroît de fatigue n'est guère proportionné au profit qu'on en retire, car il est d'expérience que les jeunes enfants lisent peu les annotations marginales dont on remplit parfois tous leurs cahiers.

Le maître corrige hors de la classe et par écrit les compositions françaises; cela est indispensable^. Chaque jour il visite et annote sérieusement un nombre donné de cahiers, en sorte que tous les élèves subissent chaque semaine ce contrôle ; puis il en examine quelques autres appartenant à des enfants qui ont un besoin spécial d'être suivis : cela suffit pour stimuler l'ardeur générale. Il va sans dire que le professeur n'annonce pas Tordre dans lequel les cahiers seront levés.

De plus, le maître peut visiter rapidement tous les cahiers chaque jour, au commencement de la classe ou pendant l'écriture : pour cela, il les fait ouvrir à la page du dernier devoir ; il passe dans les bancs, marque une note et distribue des bons points. Il est nécessaire que le Frère Directeur, l'Inspecteur ou If Frère Préfet fassent aussi de fréquentes visites

a iNouri donnerons sur ce sujet des explications suffisantes dans la méthodologie de la composition française.

de cahiers, pour s'assurer qu'ils sont bien tenus et bien corrigés.

Commenl proc'der à la correction des devoirs écrits. — Puisque le maître ne corrige cliaque jour qu'un nombre restreint de devoirs, rien ne lempèche de s'en acquitter avec précision et de la manière suivante : il souligne les fautes, signale en marge les meilleurs passages et quelques-uns des plus défectueux; il apprécie le travail et l'application par une note ou une double note accompagnée dune brève annotation. Avant de rendre les cahiers, il donne son appréciation générale sur la manière dont le devoir a été fait. Pour corriger les fautes qui leur ont été signalées, les élèves attendent qu'on ail procodé à l'explication orale du devoir.

Faut-il exiger que les devoirs mal faits soient recommencés? — S'il y a mauvaise volonté évidente et persistante, on peut faire i-ecommencer une partie du devoir, et l'élève puni s'acquitte de ce travail à la retenue. Parfois Ton dit à un enfant d'ailleurs rempli de bonne volonté, mais qui a manqué un devoir : <■ Vous en recommencerez telle partie^ non comme une punition, mais pour me prouver que vous avez compris les explications données pendant la correction » ; l'élève rédige ce nouveau devoir en classe ou dans la famille. Avouons cependant (jue cela n'est guère possible pour beaucoup d'écoles.

Correction orale et collective '. — 11 est indispensable de l'aire en classe la correction orale et collective des devoirs. Au [toint de vue pédagogique, cette correction vivante et personnelle est la meilleure ; au point de vue prati(jue, elle est souvent la seule possible. Les diflicuUés sont expliquées au tableau noir par le professeur et les élèves qu'il y envoie. Par ses (juestions, il provoque tous les écoliers à corriger les fautes signalf'es el à rappeler ainsi les règles et les counais-

■■' Lu corrcclion oi'.ile dont il e->l ici (jiieslion diflere de celle qui se fait imnié'/iulemenl ap^'es diaque pelit ejercice, phrase ou problème, exécuté par le proc»''dé colleclif écrit (p. 3''4) ; elle a lieu seulement après que le devoir est rèdij^é en entier.

sances diverses exposées dans les leçons antérieures : c'est un des exercices les plus animés et les plus éducatifs. Pendant ce temps, la correction écrite est faite par chaque élève sur son propre cahier ou sur celui de l'un de ses condisciples, si l'on adopte le procédé de correction mutuelle par le changement des cahiers.

Les exercices de grammaire sont corrigés oralement ; quelques-uns, les plus difliciles, sont écrits au tableau. Pendant que les écoliers rectifient leur travail, le maître demande l'explication des règles qui ont dû être appliquées. La correction terminée, un enfant relit tout le devoir et le professeur ajoute quelques explications complémentaires, s'il le juge utile.

Les exercices de lexicologie sont corrigés de la même manière, mais presque toujours oralement. La composition française est corrigée au tableau noir, de la manière qui sera indiquée dans la Ilf^ Partie.

La correction au tableau noir convient surtout aux exercices de mathématiques et aux problèmes de sciences physiques. Un élève écrit au tableau les données, avec les abréviations conventionnelles, puis il résout le problème et fait les calculs, en adoptant la même disposition que sur le cahier. S'il se trompe dans la solution, on le fait aider par ceux de ses condisciples qui ont aperçu la faute commise, ou par ceux dont on veut stimuler l'attention. Tous les élèves corrigent leur propre solution, d'après celle qui vient ainsi d'être approuvée.

Pour la dictée on procède selon l'une des méthodes suivantes :

L — On fait corriger la dictée sur le cahier par l'élève même qui l'a écrite, et on l'invite à écrire de nouveau, en marge par exemple, les mots qu'il a mal orthographiés une première fois. Remarquons que des dictées ainsi corrigées ne sauraient entrer en ligne de compte dans les compositions.

IL — Dans un grand nombre de classes, on confie la correction de la copie d'un écolier à un concurrent, qui doit, ou marquer d'un trait les mots mal orthographiés, ou les corriger

avec soin et propreté. Après l'épelUition de la dictée, l'élève auquel appartient le cahier écrit en marge les mots où il a fait des fautes.

Parfois, on divise la classe en camps rivaux, et on totalise les fautes après chaque dictée ou à la fin de chaque semaine. Il y a, dans ces procédés, une garantie pour le sérieux de la correction, et un stimulant pour l'émulation ; mais il faut prendre des précautions atin que la concurrence ne se change pas en animosité et n'excite pas, contre les élèves plus faibles en orthographe, des sentiments de malveillance.

m. — Sans établir de concurrents ni de camps rivaux, on peut faire corriger le cahier dun élève par un autre élève, en ayant soin de changer souvent les correcteurs, si l'on tient compte du nombre des fautes pour en constituer les éléments d'une composition. De préférence, on fera corriger les dictées des premiers par les derniers : ceux-ci éprouveront moins de difficulté et ils auront devant les yeux une copie qui, pour eux, est déjà un modèle ; ceux-là corrigeront mieux et plus exactement.

IV, — Avec les commençants , la correction de la dictée par la seule épeilation cause une notable perte de temps et demeure presque infructueuse. Dès la première faute qu'il corrige, le débutant ne suit plus lépellation, préoccupé qu'il est du mot à écrire avec une orthographe correcte ; pendant ce temps, l'épellation est continuée et il devra peut-être laisser une ligne non corrigée pour reprendre le courant de l'exercice.

L'orthographe étant surtout affaire de coup d'œil chez les jeunes enfants, on pourra procéder avec eux de la manière suivante, afin que le souvenir graphique des mots dont ils se sont formé l'image pendant la dictée ne les amène pas à faire, par la suite, une série de fautes. Pendant que les élèves font la dictée sur leurs cahiers' un enfant l'écrit sur un tableau voilé, ou tourné de manière que ses condisciples ne voient pas comment il orthographie les mots. Quand le tableau est rempli ou la dictée finie, on accorde quelques instants pour la revision du travail ; les élèves posent leur plume, et le tableau ayant été découvert ou retourné, le maître pro-

cède à l'explication raisonnée du texte. Ensuite, tous les élèves corrigent leur propre dictéC;, selon le modèle écrit au tableau. Aux cours moyen et supérieur, on n'épeile pas les mots très connus ; de pluS;, et pour diminuer autant que possible la passivité des élèves, on leur fait parfois expliquer par écrit, et en manière de devoir, pourquoi il y a une faute à tels ou tels mots désignés, et ils ajoutent ce petit travail à la suite de la dictée.

Correction mutuelle par changement de cahiers. — Un grand nombre de devoirs, non toutefois dans les classes de commençants, peuvent être corrigés par changement de cahiers. Ce procédé présente cet avantage que les fautes sont signalées avec une grande exactitude et que la fraude est rendue plus rare. Il est bon cependant de n'en pas user toujours, mais de s'en rapporter à la loyauté des élèves; le maître n'est pas dispensé pour cela d'exercer un contrôle efficace par une rapide visite des cahiers.

Le changement des cahiers peut se faire entre camps rivaux, ou de table à table, ou chacun avec son voisin et les extrêmes ensemble, ou encore entre concurrents de compositions, c'est-à-dire que le premier en orthographe, par exemple, change avec le second, le troisième avec le quatrième, et ainsi de suite.

Mise au net des devoirs. — La mise au net des devoirs ne saurait être adoptée pour la plupart des spécialités : c'est généralement temps perdu. Elle est usitée avec les jeunes enfants pour la dictée, les exercices de grammaire et la rédaction. Au cours moyen, elle ne s'applique guère qu'à la rédaction^, à certaines phrases de la dictée où les élèves auraient fait plusieurs fautes, et aux mots d'orthographe d'usage qu'ils ont mal écrits.

En certaines écoles, on fait recopier les meilleurs devoirs, surtout en composition française, sur le cahier d'honneur de la classe, afin de les conserver.

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