‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 138 sur 179 · III- — COMPOSITIONS · texte numérisé non relu

III- — COMPOSITIONS

Les compositions sont des exercices écrits destinés à stimuler les écoliers, en leur donnant un classement et des récompenses. Elles diffèrent des devoirs ordinaires en ce qu'elles embrassent ou peuvent embrasser un plus grand nombre de questions antérieurement étudiées, puis en ce qu'elles sont faites en un temps maximum déterminé, le même pour tous les élèves.

Utilité des compositions. — Il semble superflu d'établir l'utilité des compositions ; cependant on l'a contestée au point même de les dire dangereuses et immorales^ comme développant la suffisance et donnant l'habitude de ne considérer que le succès. Sous prétexte que les compositions peuvent exciter l'émulation jusqu'à la rivalité, et décourager les enfants que leur faiblesse semble vouer aux dernières places, on a demandé qu'elles ne soient jamais l'occasion de comparaisons entre condisciples, c'est-à-dire que les résultats n'en soient pas proclamés, et même qu'ils ne soient appréciés que par des notes générales : très bien, bien, etc. Ce système est excessif. Pour que personne ne s'enorgueillisse ou ne se décourage, il suffit que le maître ne loue pas les premiers parce qu'ils sont premiers, et ne blâme ou ne punisse pas les derniers parce qu'ils sont derniers, mais qu'il juge les uns et les autres d'après leur application et leurs progrès personnels. Les compositions sont un précieux stimulant pour l'activité de l'enfant, si, comme de tout autre procédé, on en use sagement ; de plus, elles sont indispensables à la répartition des prix attribués , à la fin de l'année scolaire, aux premiers élèves pour chaque spécialité.

Remarques pratiques. — H y a lieu de rappeler quelques remarques relatives à la fréquence des compositions et à la manière, soit de les donner, soit de les corriger.

Fréquence des compositions. — Le vrai but des compositions étant de provoquer de courageux efforts pour la revision

du programme scolaire, c'est une erreur de les multiplier dans une même spe'cialité, alors que les élèves n'ont presque pas reçu de leçons nouvelles. Avec les jeunes enfants et au cours moyen, une composition par semaine, en orthographe et en arithmétique, est utile ; on y ajoute chaque mois une composition sur chacune des autres matières enseignées. Avec des jeunes gens, une composition mensuelle sur chaque spécialité semble une mesure suffisante. Nous ne considérons pas comme composition, mais comme devoir, l'exercice hebdomadaire de rédaction ou de composition française. Il en est de même d'un travail très court que le maître donnerait à la fin d'une classe, travail de qujelques lignes, rapidement corrigé, et récompensé de suite par des bonnes notes : c'est une manière de s'assurer que les élèves ont bien suivi la leçon.

Comment donner les compositions. — Une composition doit renfermer plusieurs questions d'inégale difficulté, afin que les élèves faibles puissent au moins en traiter une partie et que les élèves plus intelligents aient l'occasion de révéler leur supériorité. Les questions sont toutefois en nombre restreint, car il convient qu'à chacune l'élève réponde par un développement de plusieurs phrases, et non par une date, un mot, une formule. On peut sans doute poser en histoire, en géographie, en sciences, des questions sur les dates, les nomenclatures et les formules, mais une composition sérieuse n'est pas uniquement un exercice de mémoire. Enfin, il faut donner aux écoliers un temps suffisant pour rédiger avec soin le travail, en disposer les parties avec goût, tracer les figures ou les croquis avec netteté et, chose parfois négligée, écrire correctement et sans fautes d'orthographe.

Comment corriger les compositions. — Une composition devrait toujours être corrigée par le professeur qui l'a donnée. S'il y avait une réelle impossibilité, on la ferait corriger par changement de copies, en prenant des précautions pour rendre très difficiles les tricheries; puis on s'assurerait, par l'examen de quelques feuilles, que la correction a été sérieuse. Mais il est très regrettable d'être parfois réduit à ce moyen dans les classes, car on est conduit, par le fait même, à ne poser

guère que des questions amenant des réponses dites « de mémoire », au grand détriment de la formation intellectuelle des élèves. Du moins est-il indispensable que toutes les compositions qui réclament des annotations et des appréciations soient corrigées par le maître lui-même. Un nombre de points a dû être assigné pour chaque question ; au total on en retranche quelques-uns, si la copie est peu soignée et mal orthographiée.

Il est nécessaire que toutes les compositions soient rendues aux élèves, après avoir été corrigées, non seulement pour que les résultats soient ainsi justifiés à leurs yeux, mais surtout pour que les annotations deviennent profitables. En effet, on ne s'est pas contenté de marquer une note sur les copies ; par des appréciations sobres et précises, on a souligné les passages les meilleurs et indiqué les fautes.

La remise des copies est accompagnée dun compte rendu général sur la composition et d'une correction orale collective ; rien ne saurait dispenser de cet exercice, car seul il apprend aux élèves comment ils auraient dû traiter les questions proposées.

Camps rivaux. — Un stimulant très actif pour la préparation des compositions, est la répartition des élèves d'une classe en deux camps rivaux qui luttent l'un contre l'autre dans une spécialité donnée. Pour former les camps avec justice, le professeur dresse et fait tirer au sort deux listes contenant un même nombre d'élèves d'égal développement intellectuel, c'est-à-dire qu'il inscrit autant d'élèves c faibles » et d'élèves « forts » sur les deux listes rivales. Après chaque composition, on proclame vainqueur le camp qui a le moins de fautes ou le plus de points (en total ou en moyenne). Le professeur peut traduire la situation respective des deux camps par des graphiques ou diagrammes qu'il expose en classe ; dans ce cas il adopte une moyenne uniforme pour toutes les compositions de la même spécialité.

Points 20 \k

Miroite

yf \. . I > - \.

Cowp°"' 1" 2' 3' <*■= V. 6« 7= Fautes 0 ....f..../.

\if

IR

Comp'^".^ r.* 2* 3? \^. 5? G? 7«

2' Camp

Concours entre classes. — Les classes qui concourent entre (lies appartiennent ou à des écoles difîérentes, ou à la même

tj- ,« c/Ùomare D eiet>ejiparfru. leà 3 O premiers.

Ccmp

cns

Classe A .^^__^__ Classe B -..-..

Classe C ...».- J^'' Elève du concours '^

école, si le nombre des élèves est aspez considérable pour nécessiter l'organisation de classes parallèles.

Ces concours peuvent exciter une ardente émulation au tra-

vail ; mais leur influence n'est vraiment salutaire qu'aux conditions suivantes : 1° que les questions proposées exercent surtout la réflexion et non exclusivement la mémoire des enfants; 2° qu'elles soient une revision sérieuse du programme ; 3° que les compositions, annotées avec soin par les correcteurs, soient rendues aux élèves, puis expliquées dans les claSvSes.

Les diagrammes sont très utiles pour tigurer les résultats des concours entre classes ou entre écoles (p. 400).

Page 1