PRINCIPES GENERAUX
vertu. Que deviendrait-il, privé des sollicitudes qui l'entourent ?
Mais Dieu y a pourvu. A la faiblesse de l'enfant, il a ménagé de puissants secours : la tendresse des parents, le zèle des maîtres, la charité de l'Eglise représentée par le prêtre, et l'efficacité de la grâce implorée dans la prière. On peut donc beaucoup espérer d'un être pourtant si faible, s'il est docile à l'action divine et à l'influence d'éducateurs qui comprennent la sublimité de leur mission.
Conditions d'une bonne éducation. — Pour avoir nié la faute et la déchéance originelles, de dangereux sophistes ont affirmé que l'enfant est bon en naissant; ils ont conclu que l'éducation doit se borner à écarter de lui les influences qui pourraient arrêter l'épanouissement spontané de sa nature et corrompre la droiture native de ses instincts. C'est l'erreur de .l.-J. Rousseau et de ses disciples. Ils ont prôné une éducation négative, ddins laquelle ni le maître, ni la religion surtout, ne contrarient l'indépendance de l'enfant, qu'on abandonne ainsi aux incertitudes de sa conscience, aux erreurs de sa raison, aux faiblesses de sa volonté et de son cœur.
Tout autre est la véritable éducation. De la part du maître, elle est une direction religieuse, chrétienne, donnée aux élèves ; de la part des élèves, elle est une soumission respectueuse de leur actis'ité libre à l'autorité du maître.
L'éducation est une direction religieuse ou bien elle demeure incomplète, car il ne saurait y avoir d'éducation sans morale, €t le meilleur appui de la morale, c'est la religion. L'éducation doit être chrétienne, car elle n'est que la restauration de l'homme selon la ressemblance de Jésus-Christ, notre modèle : « Les maîtres, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, sont chargés, de la part de Dieu, de revêtir les enfants de Jésus- Christ même et de son esprit ^ »
D'autre part, la docilité de l'enfant à l'autorité du maître rend seule l'éducation possible. S'il est dans l'ordre que le
' Méditation pour la fêle de saint Martin (11 novembre). — « Une éducation ne saurait être parfaite si elle n'est chrétienne. Cette qualité est la source et le fondement le plus solide de toutes celles qui font le parfait honnête homme. » Conduite pour les Pensions, Manuscrit n" 42, p. 35.
maître commande, puisque son autorité est une délégation de l'autorité de Dieu, il n'est pas moins nécessaire que l'enfant obéisse, puisque Dieu l'a assujetti à des supérieurs chargés de le soutenir et de le diriger.
D'ailleurs, loin d'être un joug tyrannique, dont l'effet naturel soit de susciter dans l'âme des élèves d'intimes révoltes, l'autorité du maître est une force persuasive qui cherche à obtenir leur adhésion à des ordres légitimes et bienfaisants. Que l'éducateur commande toujours en vue du bien,, et ses disciples auront pour lui une déférence confiante ; peu à peu leur obéissance deviendra volontaire et libre : c'est ainsi que se forme, chez les jeunes gens surtout, une personnalité capable de se diriger elle-même dans la voie du bien et de résister à l'entraînement du mauvais exemple.
Unité et diversité dans réducation. — L'œuvre de l'éducation est une, car c'est l'homme tout entier qu'il faut élever, à tel point qu'elle serait manquée si, donnant à l'esprit la force et la souplesse, elle avait négligé la direction de la volonté et la formation chrétienne du cœur.
Mais si l'on considère les diflerenls objets auxquels elle s'applique simultanément, l'éducation se diversifie en éducation physique, intellectueUe, morale, religieuse et sociale.
L'éducation physique surveille et facilite le développement du corps, par un ensemble de précautions et d'exercices choisis avec discernement.
V éducation intellecluelle cultive, redresse et développe les facultés de l'esprit. Elle exerce le jugement et le raisonnement, enrichit la mémoire, discipline l'imagination, accroît la puissance d'attention et d'observation.
V éducation morale et religieuse ioviW'xe, dans l'âme des enfants les bonnes inclinations, la notion du devoir et les convictions de la foi ; elle y forme des habitudes vertueuses, par la réaction énergique et constante contre les passions déréglées. Sans la comprimer ni l'asservir, elle incline leur volonté vers l'accomplissement du bien voulu par Dieu. Elle les initie à la connaissance, à l'amour et à l'imitation de Jésus-Christ, puis les y perfectionne selon la coopération de chacun à la grâce divine.
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Véduralion sociale prépare l'adolescent et le jeune homme à remplir les devoirs du citoyen, puis à en exercer les droits.
Périodes successives dans réducation d'un enfant. — Il y a lieu de distinguer dans l'éducation quatre périodes successives : la première enfance, l'âge de raison ou de conscience, l'adolescence et l'âge déjeune homme.
La première enfance. — Le père et la mère sont les éducateurs naturels de Tenfanl, et leur influence sur l'âme du petit être qui leur sourit est de celles qui ne s'abolissent pas. La formation morale, religieuse et intellectuelle d'un enfant commence avec les premières paroles que sa mère lui apprend à prononcer; Il s'en faut que l'âme soit inactive en cet âge si tendre : ses facultés naturelles s'éveillent et, par le baptême, elle a reçu infuses les vertus surnaturelles; il faut donc se hâter d'y jeter des semences de vérité et d'y développer les germes du bien. Heureux les enfants sur le front desquels des parents chrétiens « ont imprimé profondément le caractère ' divin I On peut être à peu près sûr que la main du vice ne i l'effacera pas *, »
C'est au foyer familial que les enfants devraient grandir et recevoir la première initiation aux connaissances divines et humaines. Mais parce que souvent les parents manquent du temps ou des connaissances nécessaires, ils les confient à l'école, à un âge où, semble-t-il, elle ne devrait pas encore leur être ouverte'".
a Les Règles communes et la Bulle d'approbation de rinstitul de saint Jean-Baptiste de la Salle font nettement entendre que l'école chrétienne ne fait qu'exercer par suppléance le droit primordial des parents à diriger euxmêmes l'éducation de leurs enfants :
« Cet Institut est d'une très grande nécessité, parce que les artisans et les pauvres étant ordinairement peu instruits, et occupés pendant tout le jour pour gagner leur vie et celle de leurs enfants, ne peuvent pas leur donner eux-mêmes les instructions qui leur sont nécessaires, et une éducation honnête et chrétienne. » Reçjles communes, I, 4.
— " Le feu pieux serviteur de Dieu, Jean-Baptiste de la Salle, considérant chrétiennement le nombre infini de désordres que cause l'ignorance, origine de tous les maux, surtout parmi ceux qui, accablés de misères et pratiquant pour vivre des arts mécaniques, n'ont aucune connaissance non seulement des belles-lettres, faute de pouvoir s'y appliquer, mais, ce qu'il y a de plus
' Joseph de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg.
Combien ces cliers petits enfants réclament de soins dévoués ! Après avoir été « en naissant, comme des êtres qu'anime seulement la vie animale, l'esprit ne se distingue en eux de la matière qu'avec le temps, et il n'arrive à la possession de lui-même que peu à peu ^ » Leur éducation exige une sage et douce contrainte ; il faut les plier à de bonnes habitudes qu'ils ne peuvent vouloir par eux-mêmes, étant hors d'état d'en comprendre la nécessité et les avantages.
L'âge de raison ou de conscience. — Un enfant atteint cet âge quand il commence h distinguer le bien d'avec le mal et le vrai d'avec le faux. C'est, à vrai dire, le premier âge scolaire. Alors s'éveille en cette âme, avec une netteté relative, le sentiment de la liberté, de l'obéissance et de la désobéissance, de la récompense et de la punition; ses facultés intellectuelles se fortifient, sa mémoire est facile, son imagination vivo, et sa curiosité ardente.
Que le premier soin des maîtres soit d'éclairer la conscience de cet enfant sur ses devoirs, et sa raison sur la connaissance de Dieu, fondement stable de la moralité ; qu'ils exercent en même temps l'activité de son esprit par un travail proportionné à ses forces.
Sans exclure la bonté condescendante qui a marqué ses relations avec les tout jeunes élèves, l'éducateur traite avec plus de gravité les enfants parvenus à l'âge de discernement. Il va sans dire qu'il n'accable pas leur intelligence de notions trop abstraites, et qu'il se garde bien de les priver des distractions dont ils ont besoin; mais il apporte tous ses soins pour donner à leurs facultés une bonne direction et incliner leur cœur à l'amour de la vertu. Plusieurs, « abandonnés à leur propre conduite et très mal élevés dans leur bas âge^ », se montrent sans doute peu dociles à son influence ; loin de se rebuter, il n'en met que plus de dévouement à développer
fâcheux, ignorent le plus souvent les éléments de la religion chrétienne, fonda, pour la gloire de Uieu et le soulagement des pauvres, un Institut ayant pour titre : Frères dits des Ecoles Chrétiennes, n Bulle In Apostolicae dignilalis solio.
1 Cinquième Méditation pour le temps de la Retraite. — ^ Règles communes^ I, 6.