I. - PRÉPARATION GÉNÉRALE ET ÉLOIGNÉE
La préparaiion générale et éloignée des leçons ne consiste pas, pour un maître, à en prévoir longtemps à l'avance les détails les plus circonstanciés, mais à se disposer par des études assidues à bien accomplir ses devoirs de professeur. Chez nous, celte préparation comprend :
1° Les études et les lectures faites par le jeune religieux durant son séjour dans les maisons de formation, études et lectures qu'il continue pendant tout son professorat, afin d'entretenir et d'accroître chaque jour son savoir; 2° le choix judicieux des ouvrages pour le maître et des manuels destinés aux élèves ; 3° la revision des questions portées au programme de la semaine ou du mois ; 4° la lecture méditée d'ouvrages pédagogiques et en particulier l'étude des procédés qui ont reçu l'approbation d'hommes compétents ; 5° l'échange des idées et des vues entre confrères, par le moyen des conférences de pédagogie ; 6° le groupement des objets qui constituent le matériel de l'enseignement (spécimens du musée scolaire, plantes dun herbier, gravures pour collections, etc.).
Delà maison de formation, le jeune maître a dû emporter, avec des connaissances professionnelles et le diplôme qui les constate, la conviction que l'étude est pour lui, après les exercices religieux, le premier des devoirs d'état. Enseigner la jeunesse fut toujours une tâche difficile ; elle s'aggrave à mesure que les transformations sociales et la diffusion de l'instruction font pénétrer dans le peuple des connaissances multiples auxquelles il demeura longtemps étranger. Or les" heures dont disposent la plupart des Frères sont restreintes et morcelées ; raison de plus pour n'on rien perdre et pour
avoir toujours quelque étude ou quelque lecture commencée, à laquelle ils reviennent et se consacrent avec attention dès qu'ils en ont le loisir.
Prévoir huit, quinze jours, un mois à l'avance, le sujet et les détails les plus importants des leçons à donner, est une précaution très sage. La réflexion et les lectures ajoutent à ces premières esquisses ; et des leçons ainsi lentement élaborées sont en général mieux coordonnées dans leur ensemble et mieux étudiées dans les détails, que si elles avaient été préparées en une seule fois. D'autre part, il arrive parfois que des occupations urgentes et fortuites nous enlèvent une partie du temps réservé à la préparation immédiate de la classe ; combien les élèves en souffriraient si le maître se présentait à eux sans autre préparation que ses connaissances générales. Un professeur avisé répartit donc en tâches quotidiennes le programme de chaque examen, il prépare le sujet des compositions, les textes à faire apprendre; mais il laisse à la préparation immédiate la rédaction définitive du plan des leçons et le choix des devoirs qui en seront l'application.
Le savoir, même accru par un labeur constant, est loin de suffire à un professeur; il y faut joindre le savoir-faire, c'està-dire l'habileté professionnelle à communiquer la science. Ce savoir-faire, que rien ne supplée, s'acquiert par l'expérience personnelle, par des efforts constants, un continuel désir de progrès, et de sérieuses études pédagoc/iques. Ces études sont nécessaires au professeur comme le sont les études spéciales au praticien qui veut se tenir au courant des progrès de la science. Mais on ne lit pas un ouvrage de pédagogie comme on lirait une revue, un livre d'histoire ou de voyages ; c'est par la réflexion qu'on en pénètre la doctrine, qu'on en apprécie les procédés et qu'on en recherche l'adaptation possible à la classe qu'on dirige. Un maître qui aurait soin de conserver, par des analyses et des extraits, le meilleur de ce qu'il a lu en ce genre, se formerait un recueil d'une inappréciable utilité.
Dans cette élude, les maîtres sont aidés par les entretiens pédagogiques dans lesquels le Frère Directeur rappelle les principes de méthodologie et d'éducation, signale ce qui lui
paraît devoir être amélioré ou réformé, et donne les avis utiles, selon la nature des classes, l'époque de l'année scolaire ou le caractère particulier des enfants de la région.
Conférences pédag-ogiques. — La conférence pédagogique est un débat institué entre plusieurs professeurs qui, sous la présidence d'un maître très expérimenté , discutent des questions relatives à l'éducation ou à l'instruction. Entre autres avantages, la conférence pédagogique présente les suivants : fournir aux maîtres l'occasion de s'entretenir de questions professionnelles et de mettre en commun les idées, les procédés et les industries qui leur réussissent le mieux ; renouveler en chacun l'ardeur pour l'accomplissement de ses devoirs d'état, ardeur que la monotonie même des occupations tend à ralentir chaque jour ; permettre au président de ces réunions de donner les conseils qu'il juge opportuns. Le bon fonctionnement de la conférence exige qu'elle soit dirigée par un homme d'intelligence assez ouverte pour accueillir toutes les vues justes et pratiques, et d'expérience assez sûre pour ne laisser personne s'égarer en des nouveautés hasardeuses et non justifiées.
La conférence comprend ordinairement la lecture d'un mémoire sur un sujet proposé à l'avance, la discussion de ce mémoire et une leçon pratique. Le secrétaire de la réunion consigne dans un procès-verbal l'analyse du travail présenté, une appréciation sur la leçon pratique, et ce qui lui a paru le plus essentiel dans la discussion.
Le mémoire pédagogique est une composition dont l'ordonnance doit être didactique, et la forme littéraire et simple. Son principal mérite est la justesse des aperçus et le caractère pratique des conclusions. Après qu'il a été lu, une discussion courtoise s'engage, dans laquelle chacun émet son opinion en toute liberté, indique ce qui lui semble particulièrement heureux dans le travail, ainsi que les points sur lesquels il n'est pas d'accord avec l'auteur. Celui-ci défend son opinion, si les arguments de ses adversaires ne le convain({uent pas ; le président résume ensuite les observations et formule son propre jugement.
Bien que ce soil à tour de rôle que les professeurs lisent un mémoire dans les conférences successives, aucun n'est cependant dispensé, sans raisons valables, de rédiger chaque fois un travail sur le sujet imposé et de le transmettre au président à une date déterminée ; cela est utile pour que tous s'intéressent à la discussion générale et qu'elle ne s'égare pas en des considérations vagues. Les différents mémoires sont annotés, et parfois on en lit, durant la conférence, les meilleurs passages.
La teço)i pratique consiste en une leçon modèle préparée à loisir sur un sujet donné, et adaptée à une classe déterminée. Ex. : « Donner an cours élémentaire une leçon sur les lettres à jambages. — Donner au cours moyen une leçon sur les mesures de capacité. — Donner au cours moyen une leçon sur la perspective à vue des corps cylindriques . — Donner au cours supérieur une leçon sur la Restauration, o
Après la leçon, s'engage une discussion analogue à celle dont il vient d'être parlé.
Voici un plan de cette discussion méthodique, pour les leçons données dans les conférences de pédagogie.
1" La question a-t elle été nettement délimitée ? I 2o Comment a-t-eile été rattachée aux leçons prél cédentes ?
Sujet ' .30 A-t-elle été bien divisée? Le développement des
divers points a-t-il été mesuré à leur importance I relative ?
' -i*> Les développements ont-ils été exacts et suffisants? > Comment la leçon donnée prépare-t-elle la suivante? 1" La marche suivie était-elle méthodique ? I 2» Quels procédés intuitifs ont été employés ? Ont-ils 1 été judicieusement choisis et sagement appli-
l qués ?
1 30 Quel usage a-t-on fait du tableau noir? Ce qu'on y a écrit était-il bien disposé ?
4» De quels autres procédés d'exposition, d'application
ou de contrôle s'est-on servi ?
50 Comment appréciez-vous les exercices d'application faits ou prescrits ?
de la leçon.
Forme de la leçon.
L'interrogation.
Le maître pendant la leçon.
Les élèves pendant la leçon. i
l» Quelle importance a-t-on donnée aux interrogations?
à quel moment ont-elles été faites ?
2o Les interrogations étaient-elles appropriées au sujet,
bien enchaînées, simples, correctes, précises,
concises et variées ?
3° Dans quel ordre et sur quel ton le maître a-t-il interrogé ? Laissait-il aux élèves le temps suffisant pour réfléchir avant de répondre ?
4« Le maître a-t-il exigé des réponses vraies, directes, claires, correctes ?
5° Les réponses étaient-elles polies et formulées sur le ton de la conversation?
l* La tenue du maître était-elle digne ? marquait-elle l'assurance et l'énergie ?
2o Sa diction était-elle claire, correcte et variée ?
3» Sa vigilance a-t-elle été active, calme et constante ?
40 Le maître a-t-il profité des occasions qui s'offraient
à lui. pour donner à ses élèves un bon conseil, I pour leur rappeler un bon exemple, pour faire '
I appel à leurs sentiments les plus élevés, pour les
exciter à la vertu '?
5° S'il a fait quelque réprimande ou imposé quelque
pénitence, appréciez-en l'opportunité, la nature
ainsi que la manière.
l» Les élèves ont-ils été attentifs ? A quoi faut-il attribuer leur attention ou leurs distractions ?
2» Ont-ils trouvé, surtout les plus jeunes, une légitime
satisfaction à leur besoin d'activité ?
3" Quelles facultés ont été spécialement exercées chez
les élèves ?
Sûla. — Ce questionnaire n'est pas applicable dans son entier pour chaque leçon pratique : on fait un choix [parmi les divers points qu'il renferme.