I. — ROLE ET CONDITIONS DE LA LEÇON ORALE
La leçon orale est nécessaire parce qu'elle établit et maintient un contact direct entre le maître et les élèves. Elle s'applique à toutes les spécialités de l'enseignement ; et tandis que le meilleur livre classique est composé pour tous les élèves d'un développement intellectuel donné, elle peut se diversifier en mille manières pour être à la portée de chacun de ceux
auxquels on la destine ; elle permet les répétitions, les explications spéciales sur un point, et les retours en arrière ; enfin, seule, elle sait captiver Tattention et soutenir la curiosité studieuse d'un auditoire mobile comme Test une classe.
Nous n'avons pas à revenir ici sur la forme expositive ou socratique, ni sur les procédés que l'on peut employer dans une leçon ; nous n'insisterons pas davantage sur la nécessité de n'être ni trop long ni diffus, d'élaguer les digressions inutiles, de s en tenir au seul sujet que Ion traite, de parler sur un ton modéré, avec correction, simplicité et une certaine animation. Parler trop, parler à côté, parler au-dessus et parler languissammenl. sont autant de graves défauts qu'un professeur s'efTorce d'éviter lorsqu'il donne une leçon.
Comment on donne une leçon. — Nous supposons que le maître a préparé sa leçon en toute conscience et compétence; le voilà en classe : comment va-t-il procéder?
Avant la leçon, il exige que les élèves ne conservent sur la table rien d'inutile et qui puisse les distraire ; ayant obtenu le silence et l'attention, il commence par interroger sur la leçon précédente.
Exposé de la leçon. — Le maître indique d'abord le sujet de la leçon et, si (^lle doit être surtout donnée selon la méthode expositive, il en lait connaître les divisions principales. (Elles sont écrites au tableau, si le maître adopte un sommaire autre que celui du manuel des élèves.) Cette vue d'ensemble permet de suivre le développement avec plus de facilité et de profit.
S'adresse t-on au (!0Ui-s élémentaire et même au cours moyen, on n'explique d'abord que la première partie de la leçon ; puis, af)rés avoir fait reprendre oralement par les élèves les principales explications, on fait lire dans le manuel ce qui s'y rapporte, afin que tous les termes en soient bien compris, apiès quoi on procède de la même manière pour le reste de la leçon. Le ton simple et familier d'une conversation est le seul qui convienne, puisque les interrogations sont continues dans l'emploi de la iriéthode socratique, et que,
dans la méthode dogmatique, l'exposition est coupée d'interrogations. Avec des élèves avancés, on donne toute la leçon avant de recourir au manuel.
Quelle sera la tenue des écoliers pendant la leçon? Ils auront une posture aisée, sans nonchalance, les bras croisés ou posés sur la table, sans rien d'affecté ni de contraint, et ils porteront ordinairement leur regard vers celui du maître. Ils ne tiendront les mains ni dans leurs poches, ni sous les bureaux. Au cours supérieur, ils peuvent prendre des notes.
Après la leçon, le maître fait résumer par quelques élèves ce quil a exposé ; il indique dans le livre ce qu'il faut étudier de manière à en retenir le sens, et ce qui doit faire l'objet d'une étude textuelle ; les élèves copient ensuite sur leur cahier le sommaire qui aurait été écrit au tableau.
Début, conclusion, définitions, récits. — Il nous paraît utile de faire quelques remarques relativement au début et à la conclusion des leçons, aux définitions, aux récits et aux exemples.
C'est par le début de la leçon que le maître, comme l'orateur par l'exorde d'un discours, excite l'attention des auditeurs. Il sefTorce donc d'amener sans retard le sujet, de le présenter comme intéressant et, s'il se peut, comme pratique.
La conclusion résume les idées principales et leurs consétfuences, quelle groupe en une synthèse. Si bien des leçons ne laissent dans l'esprit des élèves qu'une impression vague ou fugitive, c'est en partie que la conclusion a ét('' omise, ou incomplète ou mal présentée.
Les défimlions et les principes sont à un exposé ce que les fondations sont à l'édifice. Mais parce que définitions et principes sont des formules abstraites;, il convient d'y conduire les élèves, les jeunes surtout, par des exemples concrets. Les définitions doivent, avant toute autre notion, être bien comprises; on n'y laissera rien d'obscur dans aucun terme, et quand cela est possible, on exercera les élèves à les trouver eux-mêmes.
Avec les commençants, on ne se croira pas obligé de faire apprendre dès l'abord la définition de la science dont on leur
enseigne les premiers éléments : définition de la grammaire, du nombre, de la géométrie, etc. Elles ne sont pas nécessaires à l'enchainement des notions élémentaires qu'on leur explique ; d'ailleurs, après un certain nombre de leçons, ils comprendront mieux la formule synthétique qui définit cette science.
Les 7'écits seront simples dans la forme et l'expression, exacts, complets, sans détails prolixes, et rendus comme vivants par l'entrain et l'habileté de celui qui les présente.
Les comparaisons et les exemples étant destinés à rendre plus claire une notion difficile, doivent s'y rapporter com a naturellement, être choisis dans les idées familières à l'enfant et n'être ni banals ni trop vulgaires.