‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 19 sur 179 · CHAPITRE H Ql ALITÉS EXTÉH1KI:KES DK i/KDlîGATKim UELIGIEIJX · texte numérisé non relu

CHAPITRE H Ql ALITÉS EXTÉH1KI:KES DK i/KDlîGATKim UELIGIEIJX

.Ni l'âge, ni la taille ou la prestance, ne peuvent communiquer l'autorité murale à l'éducateur. ( Toutefois certaines qualités extérieures y contribuent, dans la mesure où elles manifestent les vertus intimes qui les produisent; ces qua-

* « Que les religieux dévoués par profession à l'éducation de la jeunesse se persuadent qu'une fois sortie d'avec eux, elle n'aura plus l'occasion de recevoir de semblables lerons, et qu'elle ne se metU'a pas eu peine de leç chercher. » Projet d'une édition de Conduite en i/uatre parlies. f'réface, ix-x. Manuscrit n" i5.

— (t Ueaucoup de parents et plusieurs pasteurs se reposent sur les soins du maître pour rinstruclion chrétienne des enfants. " Projet d'une édition de Conduite en quatre parties, p. 10. Manuscrit n'^ 'l'i.

' Première et deuxième Méditation pour le temps de lu Retraite. — 2 Avant-propos du Manuscrit n» iO : Projet de Conduite des Ecoles Chrétiennes, divisée en onze 'hapitres.

18 ÊUUCAÏlUiN

litt'S sonl la diyiiilo de la tenue et du iiiaiiUien, rurbauitc de?? manières, laisauce cl la correclion du langage.

Ccu.\ à qui Dieu confia la missiun d'élever les enlanls doivent leur êlre uu modèle de parlaile éducation. Ils évitent les aHeclations puériles dune i)olilesse mondaine, qui choquent chez un religieux ; mais le rayonnement de la vertu dans leur conduite extérieure attire le respect, et maintient parmi les élèves, quelle que soit d'ailleurs la position sociale de leur famille, la distinction noble, simple et aisée qui convient a de jeunes chrétiens.

Dig-nité de la tenue et du maintien. — A l'éducateur religieux, et en particulier au Frère des Écoles Chrétiennes, il sul'tit d'observer les prescriptions de ses règles, pour que la dignité de sa tenue et de son maintien prévienne en sa laveur '.

Il porte le costume religieux avec décence et propreté, sans aucune recherche, comme « une mar(|ue extérieure de l'engagement qu'il a contracté de menei- une vie sainte ^. » Il n'y soutire ni tache, ni déchirure, ni désordre.

Selon le vrai sens du mot tenue, il relient les propensions de sa nature, qui l'inclineraient au laisser-aller. Son attitude est digne, sans afTectalion. Assis, il ne croise pas les jambes, ne se renverse pas avec indolence sur sa chaise, et n'appuie pas négligemment la tête sur la main. Debout, il a les bras ramenés vers la poitrine ou croisés, plutôt que pendants ou passés derrière le dos. Il ne lait avec la tête aucun signe ni mouvement désordonnés. Son regaid assuré, sans dédain ni dureté, embrasse l'ensemble de la classe sans inquiétude ni défiance. Le recueillement et la modestie pénètrent son visage de calhie, de bienveillance et de douceur : « Vous devez être si recueillis, si modestes et si retenus, dit notre saint Fondateur, qu'il paraisse que véritablement Dieu est en vous, et que vous n'avez que lui en vue dans toute votre conduite... Il faut que les enfants puissent étudier dans votre recueillemeul la modestie qu'ils doivent pratiquer et la sagesse avec laquelle

' Cl. Hbyleti communes, cliap. xxiii, De la Modestie. — - Méditation pour le VII^- Dimanche après la Pentecôte.

yUALITÉS EXTÉRIEURES DE LÉDUGATEUR RELIGIEUX 19

ils doivent se conduire... Faites en sorte que tout voire extérieur ne respire que la vertu... Si vous faites paraître un maintien simple et grave, on se persuadera que votre intérieur est bien réglé, et que vous êtes en état d'élever vos disciples dans l'esprit du christianisme... Après le zèle pour l'instruction et la pureté des mœurs, une grave modestie est la vertu la plus utile à ceux qui sont chargés d'instruire la jeunesse '. »

A celte dignité modeste, le religieux éducateur joint, dans son allure et ses procédés, une assurance qui exclut l'indécision, marque la pleine possession de lui-même et la résolution arrêtée de maintenir l'ordre dans la classe •'. Elle contribue beaucoup au respect de la discipline, au succès de l'éducation et des éludes, tandis que la timidité neutralise, du moins en partie, les qualités du maître.

Urbanité des manières. — Dans un éducateur religieux, la politesse est la tleur de la bonté, du renoncement et de la bienveillance. Cette parfaite urbanité des manières devient, pour les élèves, une leçon conslanle de savoir-vivre ; plus qu'aucune exhortation, elle développe en eux l'habitude des procédés délicats qui sont le charme des relations. Au contraire, les ridicules, petits ou grands, compromettent l'action du maître, et l'iiiipolitesse, si elle se rencontrait en l.ui, aurait pour conséquence et pour châtiment la grossièreté des élèves ^.

'> Celte as&uiauce e>l désignée aussi sous le nom de hardiesse. « Ce n'est ni l'effronterie, ni la fanfaronnerie, ni la pédanterie, ni la vanité, mais une contenance délibérée, une certaine élévation d'un homme qui ne s'étonne point de sa besogne, et qui. sans être monté sur des échasses, bannit la timidité et le trouble. » Comluile du Formateur, .section Vil 'Manuscrit n° 44).

•' Au di.\-huitièmc siècle, nos Frères se servaient, dans les classes populaires, de l'expression Mi'ssieurs, durant la rétle.xion journalièie, et de Monsieur N., en infligeant une pénitence à un élève (Manuscrit n" 41, p. 74 et 188). — Aujourd'hui, en «'adressant à un enfant, on se sert, ou de l'e.xpression Monsieur N , ou, préférabloment, de son nom de baptême.

La ConduUe pour les Pensions se sert couramment de l'expression Messieurs les Pensionnaires. A propos de la réserve qui doit marquer les rapports d'un maître avec ses élèves, « il faut, dit-elle, toujours parler aux Pensionnaires honnêtement et avec décence, sans rien perdre d'une cer-

i Méditations pour le 6 Juin, le 19 Janvier et le XVI^ Dimanche après la Pentecôte. — Quatorzième Méditation pour le temps de la Retraite,

En classe, ne vous départez pas d'une réserve aimable et digne. Ne touchez jamais les écoliers par badinerie, familiarité ou colère.

Si, pour un instant, vous croyez devoir encourager les jeux par votre entrain, ne vous laissez pas entourer de si près que vous soyez enveloppé, bousculé dans la mêlée générale*. Que vos élèves, du moins les plus rétléchis, comprennent que vous cherchez à animer la récréation, mais ([ue vous ne jouez pas pour votre plaisir personnel. Même aux moments du plus grand abandon, que voire dignité soit telle, qu'elle éloigne de l'esprit des enfants jusqu'à la pensée de vous traiter familièrement : l'éducateur qui s'abaisse à se faire le « camarade » de ses élèves en est méprisé.

Lorsque vos fonctions vous conduisent avec les élèves au réfectoire, en récréation et au dortoir, qu'ils apprennent par vos exemples ce que doivent être leur tempérance et leurs attentions prévenantes, leur modération dans l'expansion joueuse, leur bienséance clirétienne et leur silencieuse réserve.

Il se i)eut que, malgré toute votre vigilance, vous contractiez quelque habitude extérieure qui, de près ou de loin, toucherait à la manie : acceptez volontiers qu'un confrère vous le fasse remarquer, et corrigez-vous d'un travers qui peut-être jetterait le ridicule sur votre personne, et même un certain discrédit sur votre ministère *•.

laine manière élevée qui inspire le respect, la subordination, la docilité, sans gêner la louable liberté qu'il convient de laisser à un écolier qui fait son devoir (p. ViO).

■' Aujourd'hui, on regarde comme une chose utile que les maîtres animent parfois les jeux en y prenant part durant quelques instants. Au dix-lmitièmc siècle, la distance demeuniit plus grande entre les élèves et les professeurs: aussi élait-il interdit à^ ceux-ci de se mêler aux jeux. Cf. Conduite pour les Pensions, [yin.im>cril n" ii, p. 'i4J.

'■ Le Manuscrit /i" 44 recommande ainsi celle urbanité des manières : « Si les jeunes maîtres montraient un air austère, fier, rodomont, précieux, revêche, triste, refrof,^né ou maussade, ils porteraient immanquablement les écoliers à la malaugurc (opinion défavorable) d'eux, à se plaindre et à craindre d'être malmenés. 11 n'en est pas de môme quand les enfants voient dans la physionomie de leurs maîtres des traits agréables, qui annoncent la bonté, la droiture, la cordialité. » (p. .""w.)

— « Entrer dans la classe avec un (!xtèrieur modeste, simple, adable, c'est le moyen de gagner le ca^ur des enfants. » Conduite '1)-î2S). VIII» Avis aux jeunes Maîtres.

QUALITÉS EXTIÎhlEURES l>E l'ÉDUCAïEUR RELIGIEUX 21

Aisance et correction du langage. — La parole de l edacateur doit être digne, calme, correcte, simple, claire, sans précipitation ni lenteur exage'rée.

Que votre langage soit toujours empreint de délicatesse et de sage réserve. 'Ne vous permettez pas de tutoyer les enfants ' ; évitez les trivialités ou les facéties, et, dans les réprimandes, soyez si maître de vous-même qu'il ne vous échappe aucun terme messéant, injurieux ou ironique '.

Parlez d'un Ion de voix modéré, pour obtenir des élèves le calme et l'attention^ el })our ménager votre santé. Evitez les incorrections, les provincialismes et les accents défectueux, ordinairement si tenaces : la constante pureté de voti'e langage est lune des meilleures leçons de français que vous puissiez donner. Soyez toujours naturel; hors de là, il ne saurait y avoir de distinction véritable '^. Que votre diction soit nette; articulez assez lentement pour être entendu de tous, pour vous donner à vous-même le temps de suivre vos idées et ne pas contracter l'habitude du bredouillement, dont souffrent celui qui en est atteint et ceux qui l'écoutent. Employez des mots si bien à la portée des élèves qu'il leur soit comme impossible de ne pas vous comprendre ''. Enfin surveillezvous pour éviter la répétition fastidieuse de certaines expressions ou formules qui, sur vos lèvres, tendraient peut-être à revenir avec la monotonie et la fréquence d'un tic.

■^ « La facilité à parler demande qu'on sache les règles de la langue, qu'on sache bien ce qu'on doit dire, qu'on l'ait toujours préparé et mis dans un ordre convenable ; qu'on s'énorice bien, avec décence et sans précipitation, sans afféterie et sans sortir des bornes de la simplicité qui convient au maître et à ceux qui l'écoutent. » Manuscrit n° 44, p. 57. — Conduite (1811) lOi^ Avis aux jeunes Maîtres, p. 317.

J» « Il faut, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, que vous donniez à vos élèves des instructions qui soient à leur portée, sans quoi elles leur seraient peu utiles. » Méditation pour le 11^ Dimanche après Pâques,

' Tiègles communes, viii, 4.

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