PREFACE VII
écoles de notre Institut. Et quand le saint Instituteur mourut, en 1719, iT laissait à ses fils les Règles de communauté et la Conduite des Ecoles Chrétiennes^ les deux codes de leurs devoirs de religieux et d'éducateurs.
Depuis deux cents ans, la Conduite est entre les mains des Frères. Les préfaces des éditions successives de cet ouvrage et les Manuscrits de nos archives disent comment on a toujours compris parmi nous la nécessité de la suivre. Voici, à ce sujet, quelques réflexions empruntées à la préface de l'un de ces anciens Manuscrits :
« La nécessité d'une direction bien déterminée n'a pas besoin de preuves. Quelle conduite serait celle qui n'aurait pas de principes certains, fixes et constamment suivis? Quelle idée pourrait-on avoir d'un gouvernement dans lequel chaque jour verrait éclore de nouvelles manières de régir?
« Comme une société sans régime bien arrêté, et que chacun de ses chefs prétendrait administrer selon ses idées particulières, serait une véritable anarchie, ainsi en serait-il d'une école, si chaque maître, au lieu d'observer et faire observer les règlements qui sont établis, entreprenait d'en substituer d'autres de son invention. On y verrait sûrement autant de diversité et de contradiction qu'il y en aurait dans les façons, peut-être bizarres et changeantes, de leurs auteurs.
« Quelle inquiétude n'aurait pas un nouveau maître, s'il était obligé de se faire le plan de sa conduite dans son emploi, ou s'il était réduit à le prendre des autres, qui pourraient n'être pas toujours d'accord entre eux? Il flotterait entre l'incertitude des moyens qu'il hasarderait et la crainte de les voir sans succès... Au contraire,
trouvant le chemin tracé, il le suit sans défiance, ayant soin de ne pas s'écarter des sentiers qui sont frayés : il jouit des douceurs d'une entière sécurité ; et l'uniformité de conduite dans tous les maîtres partant des mêmes principes, il en résulte un parfait accord qui produit Tordre et la bonne administration'. »
Le respect qu'un Institut enseignant garde pour la pensée de son Fondateur lui fait conserver intacts les principes généraux de sa pédagogie ; mais en même temps il ne lui interdit pas d'en modifier avec prudence certaines applications pratiques. En effet, le Saint, qui s'est autrefois montré un admirable initiateur, un homme de progrès, ne manquerait pas d'accueillir aujourd'hui, après les avoir sagement examinés, les procédés nouveaux, adaptés, soit au caractère des peuples au milieu desquels ses disciples viennent à s'établir, soit aux modifications profondes survenues dans la vie sociale, soit enfin aux progrès des connaissances humaines. C'est ainsi que la Conduile des Écoles Chrétiennes, toujours inspirée de Tesprit primitif, a reçu, dans ses éditions successives, les changements qu'on a crus nécessaires.
Les Éléments de Pédagogie pratique ne sont pas une mise à jour de la Conduite. En attendant une nouvelle édition de cet ouvrage, il a semblé opportun de réunir en un corps de doctrine ce qui se pratique depuis longtemps chez nous, dans les écoles populaires et les pensionnats. Ces deux sortes d'établissements présentent trop de similitude, pour qu'il soit nécessaire de
1 Conduite pour les Pensions, Manuscrit catalogué sous le n" 42, dans les archives de l'Institut.