II. - MOYENS DE BIEN CONNAITRE LES ENFANTS
Pour acquérir la connaissance pratique des enfants qui forment sa classe, le maître peut employer avec profit les moyens suivants :
Une étude sérieuse de la psychologie générale, et en particulier de la psychologie du jeune âge ;
Des réflexions sur sa propre enfance, sur la manière dont lui-même a été élevé, et sur les souvenirs qu'il garde de cette éducation ;
L'examen attentif de la conduite des enfants , surtout dans leurs moments de plus grand abandon ;
La rédaction de notes précises sur certains caractères, dont les traits sont particulièrement accusés.
Etude de la psychologie. — Toute la pédagogie esi en germe dans la psychologie. La psychologie générale étudie les facultés de l'âme humaine et les modes divers de leurs opérations : elle fournit donc les grandes lignes de la direction à imprimer aux esprits. En raison de leur faiblesse, les facultés de l'enfant réclament, de celui qui les cultive, de spéciales délicatesses et une grande habilité : la psychologie du jeune âge, nommée parfois psychologie infantile, en instruit
■■^ Le Manuscrit no 44, Conduite en quatre parties, recommande aux maîtres cette étude qui leur fait acquérir « l'adresse à se modifier selon les différents caractères des écoliers. » '^p. .59.)
' Méditation pour le 11^ Dimanche après Pâques.
l'éducateur. Elle Téclaire sur la prédominance momentanée que prennent, dans une jeune âme, la sensibilité, la mémoire et rimagination; sur la possibilité et les moyens d'y développer en même temps, à un certain degré, le jugement, la raison et la conscience morale. Elle signale encore l'influence si grande du physique sur le moral chez les enfants, en qui, selon le mot de saint Jean-Baptiste de la Salle, « l'esprit ne se distingue de la matière qu'avec le temps, et n'arrive ù la pleine possession de lui-même que peu à peu '. »
Toutes ces notions vous sont utiles pour corriger les élèves de leurs défauts, limiter vos exigences, et faire produire aux esprits le travail qu'on en peut raisonnablement attendre.
Retours réfléchis sur le passé personnel. — Les enfants que vous élevez sont, dans leurs dispositions générales et leur manière de connaître, de sentir et de vouloir, ce que vous étiez vous-même à leur âge.
Réfléchissez donc à ce que fut votre enfance, à la conduite que tinrent à votre égard ceux qui vous ont élevé, aux impressions que vous ont fait éprouver tels procédés encourageants et afl"ectueux, et tels autres d'une sévérité excessive. Rappelez-vous, et les sollicitudes protectrices dont on entoura votre âme pour lui épargner le contact du mal, et les dangers que peut-être vous aurait fait courir l'imprudence de ceux qui auraient dû veiller sur vous. Si loin que votre pensée puisse remonter, faites revivre les sentiments dont une piété naissante vous pénétrait et vous réjouissait alors, et demandezvous par quelles industries on lavait éveillée.
A ces indications, joignez les remarques que vous suggèrent vos souvenirs sur vos condisciples d'autrefois : elles peuvent vous guider aussi dans la direction de votre classe.
Examen attentif de la conduite des enfants. — L'attitude ordinaire, les paroles, les actes des enfants et leurs relations, font connaître leurs dispositions intimes. Examinez donc avec soin ces manifestations diverses de leur activité, surtout les plus spontanées d'entre elles.
Cinquième Méditation pour le temps de la Retraite.