IV. — EDUCATION DES SENS
Les sens sont des facultés sensilives de l'àme, s'exerçant par certains organes déterminés. C"est par eux que nous prenons connaissance du monde extérieur. Il importe que leur fonctionnement soit normal, et qu'une éducation spéciale, commencée de bonne heure et con.luite avec méthode, en développe la portée, la sûreté et la finesse.
L'école n'a guère à s'occuper de l'éducation du goût et de l'odorat, sinon à propos des manipulations de chimie.
Éducation du toucher. — Le tact est le sens par lequel nous sommes avertis qu'un corps touche le notre. Le toucher est le tact volontaire, perfectionné, qui nous fait connaître la température et la résistanee des objets, leur poli, leur rugosité et leur poids. Son organe principal est la main.
l/éducation de la main se fait par des exercices variés dans lesquels l'enfant palpe des objets, pour juger de leur température et de leur résistance ; — par l'écriture, le dessin et surtout par les exercices élémenlaires de travail manuel; — par les cours techniques et spécialement par le modelage.
Éducation de l'ouïe. — L'ouïe a pour perceptions naturelles ' le son, avec ses qualités fondamentales d'intensité, d'articfllation, de hauteur et de timbre.
Jj'éducation de l'ouïe se fait par la parole du mailre, la lecture expressive, la déclamation, le chant et la musique instrumentale. Exercez vos élèves à prononcer les mots avec netteté, à donner à la lecture le ton convenable, à chanter avec justesse et dune voix modérée. Il importe de combattre
" On nomme percepliuus nature/ les d'un sens celles qui diTivent de sa nature et qu'il nous donne sans le secours des autres sens : la lumière, pour la vue; le son, pour louïe.
On nomme perceptions acquises celles qui sont dues à l'expérience et à l'habitude : les distances, pour la vue ; la nature d'un corps sonore, pour l'ou'ïe, et celle d'un corps odorant, pour l'odorat.
chez les enfants la tendance à crier à tue-lète pendant les jeux: c'est de mauvais genre, et de plus, les bruits trop perdants tendent à fausser roreille.
Éducation de la vue. — Les perceptions naturelles de la vue sont la couleur des objets et leurs formes.
L'éducation de la vue est négative ou positive : elle est négative quand, par exemple, elle prend les précautions nécessaires pour que l'enfant ne contracte pas la myopie ou d'autres infirmités; elle esl positive, quand elle exerce l'œil à distinguer les couleurs et les formes, et qu'elle-applique le jugement à rectifier, au besoin, les appréciations spontanées fournies par la vue sur la couleur, le relief des objets et leur éloignement.
Cette éducation visuelle se fait par des exercices sur l'évaluation des dimensions des objets et sur l'approximation des distances, mais spécialement par les arts du dessin, surtout le dessin d'imitation d'après nature. Ajoutons que certains jeux (billes, balle, paume, croquet), qui réclament de l'adresse, développent aussi la justesse du coup d'œil.
Considérations générales. — L'éducation intellectuelle est la culture méthodique des facultés ou puissances de l'esprit. Ces facultés sont : les sens, le sens intime ou conscience psychologique, la raison, la mémoire et l'association des idées, et l'imagination. Les opéi-adons de l'esprit, dont la condition commune est l'attention, sont : l'abstraction, l'analyse, la comparaison, la généralisation, la syallièsc. le jngciiicnt et le raisonnement.
L'éducation intellectuelle et l'enseignement sont choses fort distinctes, l)ien qu'inséparables : l'enseignement meuble l'esprit de connaissances qui s'oublieront peut-être; l'éducation intellectuelle développe les facultés et la sûreté de leurs
opérations, et cela demeure. Ce n'est pas la semence qui rend la terre féconde, mais la bonne culture ; de même, un esprit vaut moins par les connaissances amassées que par l'assimilation personnelle qu'il en a faite : or la culture des facultés augmente cette puissance d'assimilation. Un bon. maître ne perd pas de vue (jue l'éducation intellectuelle est supérieure à l'instruction et doit lui être préférée : aussi cherche-t-il, avant tout, à transformer en forces disciplinées les forces spontanées que sont les facultés de l'enfant. Il ne traite pas l'esprit de ses' élèves comme un vase à remplir, mais comme un organisme vivant, dont il faut provoquer le développement par des exercices méthodiques et raisonnes. Au-dessus des succès scolaires immédiats, au-dessus de la réussite à un examen, il place la formation des intelligences, et le souci de leur donner une méthode et des procédés de travail.
L'éducation des facultés est chose délicate, en raison de leur nature et des variétés d'esprits que l'on rencontre parmi les enfants et les jeunes gens. Les uns sont ouverts, curieux et vifs; les autres, paresseux, passifs et bornés. On en trouve de larges, d'ingénieux et de pénétrants; mais aussi d'étroits, de grossiers et de superficiels. Tels se révèlent justes et nets ; tels autres, obscurs et faux. Vous avez à donner vos soins à des esprits attentifs, méthodiques, personnels; mais ]>lus nombreux sont les esprits distraits, étourdis ou routiniers. Kn offrant à ces intelligences diverses le même enseignement, il ne faut cependant pas les conduire par les mêmes moyens, pour qu'elles développent chacune toutes leurs ressources.