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III. — ÉDUCATION DE L'IMAGINATION

Principes. — 1. L'imagination est la faculté dr se rcpir-senti.'i- el de combiner les images des objets absents, qu'ils soient ou réels, ou simplement possibles. Elle est dite représentalwe, reproductrice, ou mémoire imaginalive, quand elle rappelle des images antérieurement perçues; on la nomme invenlive ou créatrice, quand elle combine ces images ou leurs éléments, pour en former de nouvelles.

2. L'imagination reproductrice diffère de la mémoire : liniagination garde etreproduit les images des objets: la mémoire seule distingue et reconnaît ces objets, et se rappelle le lieu et le temps où ils ont été vus.

3. Il y a des images fournies parles différents sens, mais une seule imagination dans l'àme humaine. Selon la nature des images qu'elle reproduit ou combine plus facilement, on distingue l'imagination du poète, du peintre, du musicien.

i. L'imagination s'enrichit par l'abondance des images ; elle se perfectionne par leur choix.

.'i. Les images font naître des idées et des sentiments ; quand elles sont habituelles, elles provoquent à l'action. Si donc elles sont saines, nobles, elles suscitent des idées justes, élevées et des actions bonnes; chimériques, elles créent de douloureuses déceptions et de funestes erreurs; basses et voluptueuses, elles engendrent la dépravation.

0. L'imagination est d'autant plus active que les autres facultés de l'esprit subissent une sorte de détente. Dans l'oisiveté, la solitude, le rêve, son travail spontané tend à devenir excessif et dangereux.

7. L'imagination joue un rôle considérable dans les études littéraires et artistiques. L'étude des sciences elle-même ne peut s'en passer : la recherche des constructions graphiques en géométrie, l'intelligence des épures en descriptive, la lecture des cartes et des plans topographiques, offrent à un

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jiMine homme plus ou moins de dilTicultés, selon les disposilionsdeson ima^inatiim.

Conseils relatifs à l'éducation de l'imag-ination. — i. Limat;ination de lenfanl so di-veioppe de bonne heure. Elle est vive, riante, et dissipe bien vite en lui, par une évocation joyeuse, la tristesse passagère qui avait un instant assombri son front. Mais elle est souvent indisci])linée ; c'est « la l'olle du loi;is «, qui crée déjà des chimères, des illusions, et parfois des représentations dangereuses: l'éducateur doit lui imposer le frein de la raison et du devoir.

2. Il y a bien des variétés d'imaginations dans une classe : éludiez-les, afin de tempérer les ardentes, de contenir les évaporées, de guider celles qui s'égarent, et d'eu stimuler plusieurs que la sécheresse semblerait condamner à- la sléfilité.

3 Exercez ijrudemment l'imagination des élèves; nourrissez la d'aliments sains et foitiliants, pour qu'elle éprouve moins le désir d'aller chercher elle-même une pâture (pii lui serait nuisible. N'oubliez pas que les premières images se gravent avec une intensité particulière; n'en offrez donc aux enfants que de pieuses, de pures et de nobles. En général, ne proposez à l'imagination de vos élèves que des objets simples et beaux : les grands spectacles de la nature et les exemples des vertus morales.

i. Combattez, en ceux qui y sont portés, la tendance habituelle à la rêverie : elle endort l'activité et expose l'Ame à de graves dangers.

5. Les meilleurs parmi les écrivains classiques n'ont ordinairement laissé à l'imagination^ qu'un rnle discret dans leurs ouvrages ; encore faut-il que l'éducateur chrétien fasse une sévère sélection des textes qu'il introduit en classe, afin de proscrire ceux qui pounaicnl troubler ou souiller l'esprit des jeunes gens.

Dans le choix des livres prêtés aux élèves, le maître fait une part suffisante à la belle poésie, car elle stimule Tapalhie de certaines imaginations, et offre à toutes une nourriture fortifiante. Il ne proscrit pas les récits fantaisistes, mais il se garde de les faire lire indi.stinctement à tous les enfants.

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Kiilln, il met les jeunes yens en garde contre la lectun^ des romans, même honnèles : les meilleurs ne valent rien, en ce sens que le goût qu'on y prend devient vile une passion déréglée.

0. Il peut être quel(iuefi»is utile de captiver 1 imagination des jeunes enfants par des récits fictifs, simples et délicats, tels que contes, fables, paraboles, dont on tire une instruction morale ; mais il faut èlre très sobre de récits surnaturels ou extraordinaires, ne les puiser qu'à des sources aullienliques, et s'interdire les histoires fantastiques ou territiantes.

1. Ne laissez pas l^-s jeunes gens s'éprendre d'admiration, sans discernement, pour tout ce qui brille ou étonne, [lour les descriptions, lés expressions qui ne sont qu'éclatantes. Persuadez-leur que le premier mérite dun ouvrage réside dans la valeur même de la pensée.

8. Rappelez-leur souvent que l'imagination ne doit être prépondérante en rien : ni dans la piété, sous peine d'altérer la force des convictions; ni dans les relations sociales, où e\U expose ses dupes à de ridicules extravagances et à de regrettables écarts de conduite.

9. Ne comprimez pas systématiquement l'imagination des écoliers, soit en j-éduisant les heures qu'un sage règlement accorde à la lecture libre, soit en vous montrant d'une sévérité excessive pour les compositions françaises où apparaît une aimable et innocente fantaisie.

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