‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 48 sur 179 · V. - ÉDUCATION DE LA RAISON ET DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

V. - ÉDUCATION DE LA RAISON ET DU JUGEMENT

Sa nécessité et son but. — Par l'éducation de la raison et du jugement, chez un enfant, le maître cherche à faire de lui un honiuie de bon sens, capable de distinguer nettement le vrai du faux, de prévoir les conséquences des actes qu'il accomplit, de remonter des effets qu'il constate à leurs causes, de saisir en tout raisonnement la liaison des idées, la force ou la faiblesse des preuves. Ainsi l'éducateur donne de solides fondements à la vie intellectuelle et morale des élèves; ainsi il les liabitue à juger sainement : c'est le grand besoin de la vie.

Les dispositions des enfants sont diverses quant au jugement. Chez les uns, il est d'une étonnante rectitude ; chez les autres, la première éducation lui a déjà fait contracter des lares ou défauts qu'il s'agit de corriger ; chez tous, il est

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sans expérience, et le mnilre doit en dissiper les hésitations et en redresser les erreurs.

Les erreurs de jugement sont fréquentes chez les enfants : elles tiennent à la promptitude de leurs appréciations, à leur inattention ordinaire, à l'extrême mobilité de leur nature, à la sensibilité et à l'imagination si vives en eux, qui les troublent et les égarent, à la connaissance incomplète qu'ils ont des honnnes et des choses; enfin aux sophismes régnants dans le milieu familial et social où ils grandissent, sophismes qu'ils acceptent sans pouvoir les réfuter. 11 n'y a donc pas lieu de s'étonner de leurs défaillances; mais il faut les en corriger patiemment, et leur faiie contracter l'habitude, capitale entre toutes, de ne parler que de ce qu'ils savent, et de ne pas juger ce qu'Us ignorent.

Conseils relatifs à l'éducation de la raison et du jugement : 1. Appeler souvent l'attention des élèves sur les actes de la vie quotidienne, pour leur en faire découvrir les motifs, la raison, les consé(]uences, la valeur, et pour leur donner souvent l'occasion de faire usage de leur bon sens. Ainsi, le règlement prescrit le silence pendant le travail: faire quelquefois remarquer combien c'est raisonnable. Il est certaines leçons dont l'utilité n'apparaît pas tout d'abord à l'enfant: lui faire comprendre combien il est nécessaire d'étudier à l'école pour se préparer une eari'ière honorable. Un élève s'est mis en colère et, dans cet état, il a prononcé des paroles vi(dentes qu'il a regrettées ensuite : conclure de là qu'il est sage de se taire lorsqu'on est irrité.

2. Parce qu<' les enfants sont naturellement timides, ils n osent émettre des jugements; il faut cependant que le maître les y excite, cnr alors seulement il | eut redresser leurs apprécia'ions fiiusses et approuver Iruis idées judicieuses. Dans ce but, il s'efTorce de gagner leur conflance, pour les faire parler; et quelles que soient leurs réponses à ses questions, il évite avec grand soin la raillerie et la brusquerie, car elles les froisseraient et augmenteraient leur timidité et leurs hésitations.

3. Dans ses leçons et sa conduite, l'éducateur attache aux choses une importance proportionn('e ;i leur mérite réel; c'est

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une Ilm-oii pratique de jugemenl. 11 place au-dessus de tout ce qui appailieut à l'ordre surnalurel ; il ne prenne le succès que si l'eflbrt et la vertu raccoujpai^nenl ; il tient | our très secondaires les avantages ou duns naturels, fortune, naissance, beautf'.

4. H faut enchainei- par des liens lo}i,iques les notions que l on présenie sur une question donnée, et rendre les élèves altentifs aux raisonnements renfermés dans les ouvrages qu'ils ont entre les mains.

5. Ne rien laisser apprendre aux. enfants qu'ils ne l'aient d'abord compris. Par de très fréquents exercices de réflexion, par des interrogations variées, créer en eux le besoin de se rendre compte de ce qu'ils entendent, lisent ou écrivent.

6. Servez-vous des divers enseignements, pour exercer le jugement des élèves :

Pendant la lecture expliquée^ posez de nombreuses questions sur les mots et leur sens, sur la suite logique des idées, sur leur justesse et leur valeur morale.

En cumposfliun framahc, faites appel au bon sens, par la nature même des sujels à traiter : ils doivent. le plus souvent possible, se rapporter à la vie même de l'enfant, à ce qu'il a vu ou entendu, en un mot à ce qu il [eut a|tprécier sans être réduit à reproduire les idées apprises dans un manuel. Que vos corrections soidignent, par des signes différents, les jugements justes, pour les approuver, et les appréciations fausses, pour les faire rectifier.

Dans l'enseignement de l'histoire, amenez progressivement les élèves à juger les actes, à en remar(iuer les causes et les conséquences. Si vous instruisez des jeunes gens, initiez-les à introduire des divisions logiques dans les périodes et à grouper, sous des idées générales données, les idées secondaires qui s'y rap|)ortent.

En f/éograplif'e, n'abusez pas des nomenclatures. Hendez-les intelligibles, et joignez-y l'explication des pbénomènes physiques, des caractères lopographiques, des mœurs et coutumes, des faits économiques, selon le développement intellectuel de ceux à qui vous vous adressez.

Utilisez les lenma de choses pour exciter les enfants à émettre

souvent des jugements. Lorsque vous enseigne/, les sciences exactes, posez nettement les définitions et les principes; exigez, même pour les démonstrations les plus simples, une grande rigueur de déductions.

Par l'étude des sciences naturelles uu expérimentales, éveillez l'esprit dobservation, initiez les élèves au raisonnement inductif; habituez-les à bien discerner le fait d'avec l'hypothèse, le phénomène davec sa théorie.

Knlin, lorsque les jeunes gens eu ont l'âge, leur formation doit être complétée par de saines notions de philosophie.

7. Combattez chez f enfant l'esprit raisonneur, qui souvent le lait déraisonner, et manjue linfatuation ou l'entêtement. Forcez à la réflexion l'esprit superficiel, qui précipite ses jugements, et montrez-lui à envisager dans les choses leurs aspects divers et leur ensemble.

8, Aux jeunes gens surtout, il importe de donner des notions précises sur la puissance et les limites de la raison humaine : sur sa puissance, qui a fait tant de découvertes ; sur ses limites, restreintes par lant de niystères. Sans doute, ces dernières considérations ne sont pas le fondement de l'acte de loi aux enseignements divins ; mais elles font ap[)araître cet acte comme la plus juste et la i)lus honorable soumission à laquelle puisse consentir notre esprit, et les vérités révélées comme les plus certaines que nous puissions connaître'.

" « l*our former leur esprit, un mailie instruira >os élevés avec zèle et aiïectiou... de tout ce ([ui peut les rendre capables de se conduire par la droite raison ; ce qui demande qu'on pense et qu'on parle avec eux toujourà juste, toujours raison, toujours bon sens ; qu'on les habitue à agir de même dans toutes les occasions qui se présentent, les avertis^^ant et leur faisant connaître quand ils manquent : relevant leurs méprises, lorsqu'ils jugent mal, qu'ils parlent faux, qu'ils présentent les choses à contre-sens; les accoutumant à se comporter avec un tel discernement qu'ils aient un but louable, et qu'ils soient toujours en état de donner de bonnes raisons de ce qu'ils font, de ce qu'ils veulent, de ce qu'ils disent.

Pour former leur jugement, on leur fera remarquer tous les rapports que les choses ont les unes avec les autres, et les propriétés qui les distinguent entre elles, en leur faisant parler de ces choses selon le discernement qu'ils ont dû d'abord en avoir eux-mêmes, et toujours avec justesse et exactitude, en leur présentant la comparaison de ce qui est répréhensible dans leur conduite, avec ce qu'ils auraient dû penser, dire, faire ou omettre. " Douze Vertus iVun bon mnilre, p. N'.'-'.*t.

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Éducation du g'oût, — Le goût est l'exercice de la raison et de la sensibilité, appliquées à la beauté physique, intellectuelle ou morale. Dans les perceptions de la vue et de l'ouïe, dans ce que l'imagination crée ou reproduit, la raison découvre le principe immatériel de beauté, et la sensibilité en reçoit une émotion. Le rôle capital appartient ù la raison, dans cet acte complexe, car seule, elle est capable de concevoir et d'apprécier les éléments du beau : unité, variété, proportion, ordre, éclat ou splendeur, élévation morale; seule, elle compare et porte des jugements motivés, qui ne vacillent pas au gré de lopinion ou de l'humeur.

L'éducation du goût est nécessaire, car il y a un bon et un mauvais goùl. Il est vrai que, sans la connaissance des règles de l'art, un certain goût naturel fait découvrir et aimer le beau à des esprits délicats; mais à ce goût instinctif, manquent les principes qui lui permettraient de raisonner ses préférences. Il importe donc que le goût soit guidé, pour qu'il ne s'égare pas et n'aille pas se complaire en des objets qui flattent les passions, mais d'oîi la véritable beauté est absente.

L'éducation du goût se fait par l'étude des arts, dessin et peinture, musique, poésie et éloquence, connus au moins dans leur théorie. Le sens du beau, le sentiment esthétique, ne se dégage que peu à peu chez les enfants; sera-t-il donc nécessaire d'attendre, pour commencer en eux l'éducation du goût, qu'ils en comprennent les principes ? Non. Le choix des petites poésies qu'on leur donne à apprendre, des airs qu'on leur fait chanter, des illustrations dont on a orné leurs livres classiques, sont déjà une première et indispensable initiation. La véritable éducation des facultés esthétiques se complétera plus tard par l'enseignement du dessin et du modelage, du chant et de la musique, par l'explication des textes littéraires et par la déclamation. Enfin, certaines classes spéciales y ajouteront des leçons sur l'histoire de l'art, des collections de documents, estampes ou photographies, qui reproduisent les sites de la nature, des chefs-d'œuvre de l'art ancien ou moderne, choisis avec discernement.

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