VI. - ÉD'JCATION DU LANGAGE
La parole parlée^ plus encore que la parole écrite, est Ihomme mi-mo, parce qu'elle est plus spontanée. Par le langage d'un élève, se révèlent à la fois son esprit et son cœur, l'éducation intellectuelle et l'éducation morale qu'il a reçues ; et telle est l'importance attachée par le monde au langage d'un jeune homme, qu'on le juge bien ou mal élevé d'après la nature et le ton de ses conversations. 11 faut donc que l'école soumette l'enfant, sur ce point spécial, à une formation suivie.
11 y a dans le langage plusieurs éléments distincts: les idées, les mots, la diction et les sentiments. L'éducation cherche à donner aux idées la justesse et l'abondance; à l'expression, la facilité, la correction " et, sil se peut, l'élégance; à la diction, la netteté, l'aisance harmonieuse ; aux sentiments que reflète la parole, l'élévation morale.
L indigence de leurs idées et la pauvreté de leur vocabulaire rendent les enfants hésitants et timides, quand ils sont obligés de s'exprimer en quelques phrases qui ne soient pas, ou des banalités, ou l'écho d'un manuel. Le plus souvent, ils ébauchent des constructions vulgaires et incorrectes, ils parlent sur un ton monotone , puis soudain restent court. Il faut les aider à triompher de cette faiblesse, en leur fai-
■^ Dans l'ancien pensionnat de Marseille, on avait recours au moyen suivant, pour contraindre les jeunes gens à surveiller leur langage pendant les récréations : » On avait introduit la coutume de remettre un signe (petit jeton de bois ou de métal) à un pensionnaire, pour qu'il lu fît passer au premier élève qui ne parlerait pas français, car il étdit défendu de parler provençal (ou italien, ou espagnol, ou grec). Celui donc que l'on avait surpris ne pouvait refuser de prendre le signe, mais il faisait en sorte de s'en défaire en découvrant quelqu'un qui eût commis la même faute et auquel il passait le signe. Le dernier en la possession duquel se trouvait le signe, à. la fm de la récréation, le rapportait au Préfet qui lui imposait une légère pénitence. » Coutumier du Pensionnat de Marseille, p. 1.3.
Des essais fort anciens déjà ont démontré que ce procédé, que nous rappelons seulement à litre de souvenir, ne saurait être appliqué à la discipline d'une classe. A la surveillance directe du maître, il substituerait les investigations iracassières et déloyales des élèves, et ne tarderait pas à altérer parmi eux l'esprit de cordialité.
sant acquérir des idées et des mots pour les exprimer ; dans ce but, on se sert des exercices d'élocution dont il est parlé dans la III* partie, au chapitre de l'enseignement de la langue maternelle.
Afm de procurer aux élèves une diction correcte, exercezles à bien parler, en évitant les défauts dans lesquels ils tombent d'ordinaire, surtout quand ils répondent aux interrogations en classe, ou qu'ils récitent un texte appris par cœur. Ces défauts sont : la précipitation, qui les empêche de prononcer certains mots, et l'indécision, qui en rend d'autres traînants et langoureux ; la mollesse dans l'articulation des consonnes , d'où naît la confusion des syllabes ; l'habitude de réciter sur un ,ton chantant et monotone; enfin, une prononciation défectueuse de certaines syllabes, qui tient à l'éducation première ou à l'accent régional.
Le langage d'un jeune chrétien doit refléter l'élévation morale de ses pensées et de ses sentiments, la distinction, un respect, la charité, la modestie, la loyauté, la réserve et un cordial abandon. La distinction écarte la trivialité, la grossièreté, les expressions bouffonnes et les bons mots trop multipliés. Le respect se manifeste par l'emploi des formules révérencielles dues à l'interlocuteur, et par un silence sympathique et attentif en l'écoutant. La charité s'interdit les railleries, les médisances, les rapports, les moqueries, les contradictions et les démentis brusques, les interrogations curieuses, les indiscrétions, et tout ce qui peut blesser le prochain ou nuire à sa réputation. La modestie évite le ton hautain, aigre, rude ; les éloges personnels, les vantardises et l'accaparement de la conversation. La loyauté s'exprime sans déguisement ni arrière-pensée; mais elle ne croit pas s'honorer par les boutades d'une brutale franchise. La réserve garde les lois de la pudeur et des convenances. Enfin le cordial abandon répand dans le conversation l'intimité confiante et l'amabilité joyeuse de la bonne amitié \
» La plupart des préceptes relatifs à l'éducation du langage] avaient été réunis par saint Jean-Baptiste de la Salle dans les Règles de lafiienséance et de la Civilité chrétienne :
Première partie, chap. IX, Du Parler et de la Prononciation (ton de voix
JSCHOLA PSYCH.-EO.
Il faut d'autant plus combattre dans les élèves la vulgarité, le sans-façon, que ces défauts tendent davantage à se substituer aujourd'hui ù la distinction et à l'urbanité. Ne tolérez pas l'argot collégien, s'il vient à s'infiltrer dans votre classe. Luttez énergiquement contre les mauvaises conversations et les plaisanteries de douteux aloi ; elles corrompent les mœurs. On proscrit les termes impropres, les barbarismes, les solécismes, parce que « cela n'est pas français » ; encore moins saurait-on tolérer les expressions messéantes : « cela n'est pas chrétien. »
Enfin, puisque l'exemple du maître est l'une des meilleures leçons pour ses élèves, montrez en votre langage toutes les qualités que des écoliers chrétiens doivent donner au leur.