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I. - ÉDUCATION DE LA SENSIBILITÉ '^ i

Principes. — 1. La sensibilité est la faculté d'éprouver des Ç '^'^ sentiments et des émotions agréables ou désagréables, selon

* Il va sans dire qu'il est question ici, non de la sensibilité physique, ou faculté d'éprouver des sensations, mais de la sensibilité inorale, ou faculté d'éprouver des sentiments.

* Actes, IV, 12. — - S. Jean, xv, 5.

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que nos inclinations inlellectuelles et morales sont satisfaites ou contrariées.

Les inclinations sont des mouvements de l'âme vers ce qui est conforme à sa nature: besoin de connaître, besoin d'action, amour de la liberté et du pouvoir, amour de soi, etc. Elles font naître les sentiments d'amour et de haine, destime et de mépris, d'admiration et d'indignation, de satisfaction et de remords, d'honneur et de honte.

Des sentiments si divers se réduisent à Tamour et à la haine, qui n'est elle-même que la répulsion violente d'un objet par amour de son contraire. Ainsi l'éducation de la sensibilité morale se ramène en définitive à l'éducation du cœur ; elle consiste à donner une règle morale à notre besoin d'aimer.

Les manifestations principales de ce besoin d'aimer sont : l'amour de soi, d'où naissent l'estime et la confiance personnelles, le sentiment de l'honneur, de la gloire et de l'émulation; — les affections familiales, c'est-à-dire l'amour filial et l'amour fraternel ; — l'amitié, l'amour du prochain en général et l'amour de la patrie ; — l'amour du vrai, l'amour du beau, Tamour du bien et l'amour de Dieu.

2. Pour nous aider dans la recherche de ce qui est conforme à notre fin, Dieu a voulu attacher à la satisfaction de nos inclinations une émotioa agréable, un plaisir. Dans l'ordre providentiel, cette jouissance est, non une fin, mais un moyen, non un but à atteindre, mais un secours qui doit incliner la volonté à s'attacher au bien. Par une déviation de notre nature, la passion recherche le plaisir pour lui-même, et le poursuit avec une violence qui peut aller jusqu'à la fureur. C'est ainsi que, sous les sollicitations de la triple concupiscence dont parle saint Jean, nos inclinations tendent au mal et deviennent des passions déréglées : l'amour légitime de soi se transforme en égoïsme, le sentiment de l'honneur en orgueil, celui de la gloire en vanité, celui de l'émulation en jalousie, et le désir légitime de posséder devient l'avarice. Les affections familiales, l'amitié et l'amour de la patrie, ont eux-mêmes besoin d'être préservés contre la tendance à se resserrer en des bornes trop étroites, ce qui est une autre sorte d'égoïsme.

Principaux types d'enfants, quant à la sensibilité. — Bien que la sensibililé soit très vive chez la plupart des enfants, on peut toutefois les distinguer en plusieurs catégories :

Les apathiques, à sensibilité médiocre. — Leurs émotions ne semblent ni vives ni durables; l'expansion cordiale ne paraît guère être pour eux un besoin.

Les sensitifs, h sensibilité vive mais superficielle et passagère. — Leurs émotions les prédisposent à la gaieté communicative, mais aussi à des variations d'humeur qu'explique la mobilité de leurs impressions et de leurs sentiments.

Les émotifs, à sensibilité profonde et persistante. — Leurs émotions sont intenses mais cachées; elles les inclinent à la tristesse concentrée et souvent au scrupule.

Les passionnés, à sensibilité ardente et fougueuse. — Souvent ils ne savent pas contenir les brusques explosions de leurs sympathies et de leurs antipathies'.

Conseils relatifs à réducation de la sensibilité. — 1. Le but de l'éducation de la sensibilité est de diriger vers le bien les inclinations de l'enfant, de développer en lui les sentiments nobles, de maintenir entre ses afîections une juste hiérarchie.

2. Le premier obstacle au perfectionnement de la sensibilité morale des élèves est légoisme, si profond chez un grand nombre d'entre eux ; il faut donc les détacher de l'amour exclusif d'eux-mêmes, pour ouvrir leur cœur aux afTections généreuses et élevées. A cet efîet, il est nécessaire de développer chez tous la charité, la compassion, le support mutuel, le goût de l'apostolat; il est très utile de leur suggérer de se priver de quelques superfluités, pour coopérer à des œuvres pieuses : assistance des pauvres, Propagation de la foi, etc.

3. Il ne faut pas confondre l'égoïsme avec une sécheresse de cœur qui ne serait qu'apparente en certains enfants, et qui naîtrait d'une timidité naturelle, entretenue par une première éducation trop rigide. Efîorcez-vous de gagner ces âmes par la bienveillance, pour les ouvrir à votre action et leur communiquer l'expansion qui leur manque.

' Cette division est donnée par M. P. Malapert, dans ses Éléments du C'iractère et leurs lois de combinaison (Alcan, Paris).

4. Le second obstacle au perfectionnement de la sensibilité est le vice impur, qui est un égoïsme sensuel ; il faut le combattre en initiant les élèves aux pratiques de la mortification chrétienne. Dans un jeune homme, la chasteté est la meilleure sauvegarde pour la délicatesse de la sensibilité : l'âme esclave de la passion n'est pas vraiment tendre; elle n'aime pas, elle n'est pas dévouée, elle est dure et parfois cruelle.

o. Le troisième obstacle est l'excès même du développement de la sensibilité. Les enfants très sensibles et très affectueux sont souvent d'excellentes natures ; mais ils sont plus exposés que d'autres aux affections particulières et au découragement. Forlifioz leur volonté par la pratique du sacrifice, afin de les prémunir contre les déceptions et les dangers auxquels les expose leur cœur trop aimant.

6. Il faut apprendre aux enfants que la vertu est affaire de volonté, et non de sensibilité. Ne cherchez donc pas à les conduire toujours par le cœur, de peur de les livrer aux fluctuations incessantes et capricieuses des sentiments et des passions. Les émotions passent vite ; seules, les convictions demeurent et sont une règle sûre. Ce conseil est applicable à léducation religieuse : si la piété des jeunes gens est solidement établie sur des convictions fermes et raisonnées, il y a lieu despérer quelle résistera aux as.sauts des passions; si elle n'a que la sensibilité pour base, la ruine en est presque certaine.

7. Par votre zèle industrieux, développez en vos élèves tous les nobles sentiments : le respect pour l'autorité, l'âge, le mérite, la vertu, la faiblesse, linfortune ; la reconnaissance pour les bienfaits reçus ; la compassion pour ceux qui souffrent, et la volonté de leur venir en aide ; la dignité personnelle, et l'amour du bien, de la famille, de la patrie, de l'Église et de Dieu.

8. Dieu, qui nous a créés et nous conserve par amour, nous a rendus capables d'amour, pour que nous nous attachions d'abord à lui; Jésus-Christ a opéré la Rédemption, parce qu'il nous aime et pour qu'en laimant nous-mêmes, nous trouvions la perfection de notre nature morale : il importe d'exposer aux élèves ces vérités capitales, et d'en conclure que le cœur de

l'homme étant fait pour Dieu, c'est en Dieu seul qu'il trouve une joie pleine et durable''.

9. Dans l'ordre des afîections terrestres, l'amour filial occupe, pour Tenfant, le premier rang : la loi divine et la reconnaissance en font une loi imprescriptible.

10. Il faut que les élèves aiment leur maître et se sentent aimés de lui, pour qu'il puisse leur faire du bien ; mais cette affection réciproque vient-elle à s'amollir, la direction de l'éducateur perd toute énergie et devient impuissante à obtenir des enfants un généreux acquiescement aux devoirs difficiles.

11. Les bonnes camaraderies sont désirables à l'école ; mais si Ion n "y veille, elles se transforment vite en amitiés particulières, en passions dangereuses pour les mœurs : Téducateur ne doit jamais loublier.

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