‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 56 sur 179 · I.'UJ EDUCATIUN · texte numérisé non relu

I.'UJ EDUCATIUN

J'oiir i»i-t'.seivor k-s cnlaiils du vico impur ou les aider i'i se corriger, veillez sur leurs paroles et leurs relations ; inspirez-leur l'auiour du travail, la crainte de déplaire à Dieu (|ui voit tout, et Thabitude des fréquentes élévalions du cœur vers le ciel. Donnez-leur ces conseils de saint Jean-Baptiste de la Salle : k résister d'abord à la teiilalion, uiorlifier son corps et ses sens, quitter les occasions, fuir l'oist vêlé, se confesser souvent à un même confesseur et avoir une dévotion particulière à la très sainle Vierge '. » Cherchez ensuite, autant que cela dépend de vous, à les faire communier souvent : « l'Eucharistie sanctifie le corps par sa présence, elle le consîicre et en fait le tabernacle du très saint Sacrement-. » Dans vos prières et surtout dans vos communions, i-ecommandez ces âmes à Notre-Seigneur, qui seul peut les fortifier assez pour qu'elles soutiennent sans défaillances les pénibles luttes que suscite l'ennemi de leur salut.

La gourmandise. — La gourmandise est l'ime des formes les l>lus communes de la sensualité chez les enfants : gourmandise à l'égard de la nourriîurc, des friandises, des sucreries, et parfois — chose particulièrement triste à constater — à l'égard delà boisson. Les professeurs des pensionnats ont soin d'exercer um^ surveillance s|)éciale sur ces divers points.

Le penchant au larcin. — Il n'est pas d'éducateur un peu expérimenté qui n'ait constaté en certains élèves un secret penclianl au larcin. Cette inclination estd'autruil ])ius ledoutable pour l'avenir, qu'elle se monti'c d'une ('-tonnante ténacité dans une âme qui ne la combat pas énergiqucmenl dès son apparition. De petites indélicatesses conmiises dans la famille ou dans l'école, et sur lesipielles l'enfant cherche à se faire illusion, peuvent donner naissance à des habitudes, dont les conséquences seront désastreuses plus lard, .\ussi loulo improbité doit être punie avec sévérité; si «'lie se reproduis.-iil inalgii' les avilissements et lescorreclions, le Frèn; Directeur prononcerait contre le coupable l'exclusion de l'c-cole '.

* (' Les élèves qui auront pris et dérobé quelque chose, de quelque peu de valeur qu'elle soit, seront exemplairement punis ; et si on les remarque

' Devoirs d'un Chrétien envers Dieu. — - I/ji(/.

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Qualités et vertus à développer chez l'écolier. — En même temps quelle combat les passions déréglées dans l'âme de l'enfant, l'éducalion cherche à y développer les inclinations heureuses qui la pi-édisposent aux vertus morales et chrétiennes. Ces vertus, directement opposées aux ilél'auts qui viennent d'être étudiés, sont : la fermeté à vouloir le bien, la droiture et la loyauté, la charité et la bienveillance, la douceur, l'humilité, la modestie, la pureté, la tempérance et la probité. Afin d'éviter les redites, on n'a pas cru devoir en exposer ici les caractères, ni insister sur Tobligation, pour un maître, de les cultiver en ses écoliers.

D'ailleurs, qui douterait de cette obligation ? Disposer les âmes à se montrer dociles à l'influence de la grâce, faire épanouir ainsi la vertu dans les cœurs, n'est-ce pas notre premier devoir? Que nos élèves soient instruits, cela est de toute nécessité ; mais il importe bien davantage encore que nos écoles soient des arènes où, à l'abri de la corruption, les volontés se fortifient pour les luttes morales.

Les petites vertus. — Avec les vertus morales et chrétiennes, il convient de faire acquérir aux enfants certaines qualités, qu'on a parfois nommées les pe/iles vertus. Ce sont l'assiduité, l'exactitude, l'ordre, la propreté, la politesse et la distinction.

h'assiduitc se rapporte principalement à la fréijuentation scolaire, dans les écoles paroissiales et les externats. Le Frère Directeur et les maîtres s'elforcent d'obti-nir des élèves cette assiduité, par toutes les industries qui peuvent faire aimer l'école et l'étude, par des avis aux familles concernant l'obligation morale el légale d'envoyer régulièrement les enfants en classe, et par d<'s récompenses données aux plus assidus d'entre eux -'.

-■ujels à ce vice, ils seront chassés de l'école. » (Jonrfi/itf (l^oti) et Conduite (1720).

«■ Dans les anciennes Conduites (170(3, — 1720, p. 180: — 1742, p. 220; Manuscrit n" il, p. 223. etc.), le soin de rendre les enfants assidus à l'école, d'assurer » la fréquentation scolaire ». comme on dit aujourd'hui, est très visililn. Dos l'hapllres spéciaux traitent des a absences non refilées ■>, c'est-

Pour les écoliers, Vexactilude est la lidélilé à s'acquiller de chaque devoir à l'heure assignée et selon la manière prescrite : se trouver à l'école pour le conimencement de la classe, faire les travaux scolaires selon les indications reçues, les commencer et les suspendre au moment précis, cl leur consacrer tout le temps qui leur est destiné.

L'ordre est le soin constant de ranger chaque chose à une place déterminée et de l'y maintenir. 11 est indis|)ensable de taire contracter aux cnl'ants des habitudes d'ordre dans la disposition des objets à leur usage -^ : elles intlucnt sur les opérations de IV^sprit et sur l'enchainement lalioiniel des idées; plus tard elles se transportent dans la conduite- des alVaires domestiques et commerciales, où elles font gagner du temps et éviter bien des mécomptes.

La propreté a l'ail l'objet d'une étude au chapitre 111 du III* Livre.

La polilessf, la dislincdon, que"] saint Jean-Baptiste de la Salle nomme hienséance et rivilid' rhré/ienne, « est, dit-il, une conduite sage et réglée que l'on fait iiaraître dans ses dis-

à-dire de cellcb qui lieunenl un enfanl éloigné de l'école en des jours autres i|ue ceux dont il est p;irlé au chapitre X des lièfjlea communes.

A titre d'indications historiques, voici le résumé de ces prescriptions :

Ab^ence.'i non rrf/lées, (ju'oii peut permettre : à certains écoliers, les jours de marché : cha(iuc jour , un temps déterminé pour aider leurs parents, mais non durant le catéchisme ; les dimanches et fêles, « quelquel'ois en passant et si les parents le demandent pour eux » ; pour « aller en des pèlerinages éloii;nés de la ville et auxquels il y a ordinairement un ^rand concours de peuple, lorsqu'ils iront avec leurs parents » ; le jour de la fêle du l^atron de la paroisse sur laquelle ils demeurent ; le jour de la tête du Patron du métier qu'exercent leurs pères. »

Suivent des conseils très étendus pour remédier aux causes des absences illéf/ilinies. Les causes signalées sont les suivantes, qu'il serait facile de retrouver aujourd'hui dans les rapports administratifs sur la fréquenlaîion scolaire : « La légèreté et le liberlinage des écoliers, leur dégoût pour l'école et leur peu d'affection pour le maître ; la négligence des parents qui ne les envoient pas :\ l'école, ou se mettent peu en peine s'ils y viennent ; la trop grande facilité des mnitrcs à permettre ou à tolérer les absences. »

•' « Les maîtres rccommanderoni k leurs écoliers de tenir leurs livres en lion état, de ne point écriie dessus, de mettre seulement leur nom sur le premier feuillet et de les couvrir proprement. Il- en feront la revue tou^ les quinze jours, pour s'assurer si les enfants ont tous les livres nécessçiires et s'ilr. les tiennent propres. » rundu/te (\S2H], p. 5i.

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cours et ses actions extérieures, par un senliinent de modestie, de respect, d'union et de charité à légard du procliain, faisant attention au temps, au lieu et aux personnes avec qui Ton traite '. >> Saint Thomas la range parmi les ol)ligations morales, et il la nomme « la j^arure de l'honnèteli'. »

f^in trètre une qualité |turemenl naturelle, un simple assujettissement à des pi-escri[)tions et à des usages conventionnels, la politesse dérive des vertus chrétiennes. Elle est d'abord la justice en action, « rendant à chacun ce qui lui est dû, et témoignant ((ue c'est Dieu qu'elle honore en la personne du prochain -. » Elle est comme la fleur de la chai'ité, car elle est l'art aimable et méritoire de s'oublier soi-même, de s'eiïacer devant autrui, de se mcmlrer bon et sympathique envers tous, d'être simple dans le langage, réservé dans les manières, engageant dans le maintien, alTable dans la physionomie, discret dans les exigences, délicat dans la conduite entière. Elle s'inspire donc aussi de la douceur, de l'humilité et de la patience.

La distinction a toujours été la marque, le cachet des jeunes gens bien élevés. Pour ciualifier la rusticité des' manières, les Romains lui donnaient le nom de o mœurs d'esclaves », et ils appelaient « mœurs d'hommes libres » le respect des convenances. Qui donc est plus libre, plus affranchi de toute servitude (|ue l'enfant chrétien ? Au dix-septième siècle, un moraliste écrivait : « Les manières, que l'on néglige comme de petites choses, sont justement ce qui fait que les hommes décident de vous en bien ou en mal'. » Il en est toujours ainsi, et la société, qui juge surtout par 'les dehors, a bien vite formulé une ap]»ré'ciation louangeuse ou défavorable sur un jeune homme, selon la distinction de ses manières ou son oubli des convenances.

Pour faire contracter aux élèves des habitudes de courtoisie et de distinction, il ne suffirait pas de donner dans chaque classe un cours régulier de politesse; il est indispensable de faire des observations précises à ceux qui se mettent en défaut à cet égard.

' Bienséance et Civilité chrétienne. Préface. — '^ Ibid. — * La Bruyère.

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