CHAPITRE VIII
KDlCATKtN SOCIA l.i:
L'éducation sociale est linitialion de renriinl el du jtHinc homme aux devoirs et aux droits du ciloyfn.
Les iMolondes trnnsfoi'inalions qu'a subies la socitMé contemporaine, In puissance et la diversité des institutions économiques (jui couvrent aujourd'hui de leur réseau le monde entier, le rôle acquis à la démocratie dans la gestion des all'aires nationales, tout fait à l'éducateur un devoir di; préparer ses élèves à la vie sociale. Ce n'est pas aux œuvres de persévérance, ou o œuvres post-scolaires », qu'il faut abandonner le soin de commencer l'éducation sociale des jeunes gens, puisqu'ils doivent jouer un rôle actif dans la société dès qu'ils y sont entrés.
Dans nos écoles, celte éducation est donnée aux élèves par la formation chrétienne qu'ils reçoivent, i)ar des leçons directes qui les initient aux faits ('conomiques et sociaux, et par l'application des s]>écialités diverses du programme aux questions sociales.
Comment la formation chrétienne est un moyen d'éducation sociale. — f.iC premier but que l'éducation sociale ciierche à atteindre est de développer l'aptitude à la sociabilité, l'esprit de solidarité ^l l'initiative personnelle. Cette aptitude est un penchant naturel, un attrait qui porte les hommes à s'unir en société, parce que, sidon les desseins providentiels, c'est dans la sf»ci(''lé seule qu'ils trouvent l'épanftuissenient coaqdet de leur être. Mais la vie sociale n'assure aux individus tous les secours (^uils en espèrent que par la pratique réciproque et constante de la charit(', de la vraie fraternité, qui fait sortir l'homme de son indiflerence égoïst<^ et le porte h vivre en communion de sentiments et de services avec ses concitoyens et ses r'om|)alriotes. Qu'est-ce donc que cet amour
Klii;r,ATl(i\ SOCIALE l.'io
(lésintt'i-t'ssé du prociiain , cette solidarité ctTcctivc , ([iw seul le christianisme inspire «4 i-end efficace, sinon le précepte du Saiivi'iir : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » ? Ou'est-ce encore que cetle initiative personnelle, sinon, en ce qu'elle a de meilleur, un élan de la volonté vers l'acquisition des vertus, selon le commandement divin : « Soyez parfaits, comme voire Péi-e céleste est parfait»? (l'est ainsi qu'une éducation qui a pour hases morales le Décalogue et l'Evangile, une éducnlion qui porte les jeunes gens h se corriger de Itnirs défauts, qui les rend soumis à Dieu et à l'autorité légitime, actifs au travail, respectueux du bien d'autrui, honnêtes et probes, lidèles et loyaux, charitables et purs, est par elle-même éminemment sociale, puisqu'elle tend à combattre les passions violentes et pernicieuses, causes ordinaires des bouleversements de la société.
Les divers groupements religieux organisés dans l'école sont déjà des œuvres qui font comprendre aux élèves les bienfaits de l'association, de la solidarité et de l'assistance charitahle. Les conférences de saint Vincent de Paul, par exemple, et l'assistance des pauvres S(jnt une leçon d'éducation sociale d'une haute ef(ica(-ité. Les congrégations pieuses elles-mêmes, avec leur hiérarchie, l'appui moral que se prêtent leurs membres, l'apostolat de l'exemple qu'ils exercent dans l'école et l'énmlation qui les anime pour la vertu, sont aussi une initiation au fonctionnement des organisations sociales.
Initiation directe à la connaissance des faits économiques et sociaux. — A l'école primaire, l'enseignement social se réduit aux notions d'histoire nationale et d'instruction civique. Les enfants y acquièrent des connaissances restreintes, il est vrai, mais précises sur le passé de la nation, son esprit et ses destinées, sur l'Etat et son fonctionnement administratif, sur les devoirs que la constitution en vigueur impose aux citoyens et sur les droits qu'elle leur perjiiet d'exercer. Ainsi, le patriotisme s'éclaire et se fortitie : ce résultat n'est-il pas de l'éducation sociale au premier chef ? D'autre part, des explications très simples font connaître aux élèves les principales institutions d'économie et de prévoyance : mutualités scolaires, sociétés mutuelles, syndicats, sociétés coopératives et
leurs t'ormes diverses, assurances contre le chômage ou les accidents, caisses d'épargne et d(> rctrailes, institutions si connues aujourd'hui dans les milieux industriels et ouvriers.
Pour les jeunes gens qui poursuivent leurs études au delà des programmes primaires, l'enseignement social est plus complet, mais il reste toujours adapté au développement intellectuel de ceux qui le reçoivent et aux carrières auxquelles ils se destinent. Il est donné par un cours d'histoire plus étendu, par des éléments de droit civil et conmiercial, et par des notions d'économie politique. On peut, devant ces élèves, insister sur les questions historiques qui ont trait aux transformations sociales et économiques, et le^ leur proposer comme matières de devoirs ou de conférences. On n'oubliera jias de leur faire remarquer le rôle social de l'Église dans le monde, dont elle fut et demeure la civilisatrice.
Les visites aux exploitations agricoles et industrielles sont des plus utiles, dans l'ordre d'idées que nous exposons ici, mais à deux conditions : 1° que l'attention des élèves soit attirée non seulement sur le côté technique de l'exploitation, mais sur les questions économiques et sociales qui lui sont connexes : salaires, mutualité, coopération et syndicats ; 2» que ces visites soient l'objet d'un compte rendu soigneusement contrôlé. Dans plusieurs établissements, on a heureusement institue, ]»our les jeunes gens des premières classes, des conférences sociales, avec le concours de spécialistes compétents qui ^ souvent, veulent bien s'assurer par euxmêmes de la valeur des n'-dactions faites par les r-lèves après les conff'rences. Ailleurs enfin, on fait exposer par un «'lève, devant ses condisciples, une question d'ordre social, une question historique ou religieuse, liée à renseignement social : le jeune conférencier a dû être guidé dans la pré|)aralion de son travail, et, après qu'il a parlé, le professeur qui , préside redresse, s'il y a lieu, les erreurs commises, élucide les points trop peu éclaircis, et répond aux objections que; présenteraient les auditeurs.
Gomment l'enseignement des diverses spécialités du programme peut concourir à l'éducation sociale des élèves. — Il est facile à un maître de se servir des spécialités diverses du
KDUCATION RELIGIEUSE — l'IÉTK \'M
programme pour donner aux élèves une connaissance éléinenlaire ries jii^rands princi[ips el des faits géni'Taiix de l'ordre ('conomique el social.
Ainsi, les notions d'agriculture comportent des apernis sommaires sur le droit rural, sur les syndicats agricoles de production et de consommation, les comices, les caisses d'épargne agricoles, la comptabilité agricole.
Les devoirs, dictées et problèmes, peuvent emprunter de temps en temps leurs éléments aux questions agricoles, industrielles, commerciales ou coloniales.
L'enseignement de la géographie louche à bien des questions économiques, qui éclairent elles-mêmes des problèmes sociaux : par exemple, le rôle du fer et de la houille dans l'industrie moderne, la colonisation, les voies de communication terrestres ou maritimes.
Enfin, les notions d'enseignement social abondent dans les cours d'instruction religieuse, d'apologétique et de i>hiloso- ]thie, que suivent les jeunes gens les plus avancés de nos écoles : ils y apprennent les principes fondamentaux que ne doivent pas oublier ou ignorer ceux qui agitent ces pro- Idèmes si complexes.
CIIAPITKK IX É Dr CATION ItKl.lUli^UJSK — ]'ii';ti';
Notre but premier, hautement proclamé, est de faire de nos élèves des chrétiens convaincus, assez courageux pour maintenir l'accord entre leur conduite et leurs croyances. Continuer et perfectionner la formation chrétienne que l'enfant reçoit dans sa famille, assurer par la pratique sincère de la religion l'efficacité de l'éducation morale, apporter au prêtre un concours dévoué, telle est notre ])réoccupalion dominante. .Nous voulons que la pensée de Dieu soit, dans nos classes, comme l'âme qui vivifie et oriente tout : éducation physique»
|;}H KDUCATrO.N
inh'llectiK'lle, morale et sociale. En un mol, l'éducalkm i-elif;ieiise est la raison même de l'écoU' chrétienne.
Cette éducation est réalisée par l'enseignement religieux et par les pratiques de la piiHé.
L'enseignement religieux est direct ou indirect. L'enseignement religieux direct consiste dans l'ensemble des questions de dogme et di' morale exposées par le catéchisme et l'exliorlation quotidienne ou réflexion L'enseignement religieux indirect met à profit les multiples occasions oflerles par les autres spécialités, pour rappeler aux élèves une idée chrétienne, pour leur faire juger les événements passés ou actuels, d'ordre privé nu dordri' public, d'après les maximes de l'Evangile.
Avec un zélé prudent et ingénieux, l'éducateur anime ainsi d'esprit chrétien tout son enseignement et ses rapports avec les entants. Il sait d'ailleurs que le rappel fortuit d'un principe religieux, qu'une allusion à des maximes évangéliques, qu'une leçon brève, inattendue et spontanément tirée d'un incident de la vie scolaire, ]>énètrent parfois plus à fond l'âme d'un jeune homme, y répandent une plus vive lumière qu'une exhortation longuement pré|iarée. Il n'est pas jusqu'aux réprimandes, qui ne puissent devenir une occasion de rappeler un principe de foi. Un élève a enfreint le règlement, espérant n'être pas vu : en lui adressant les reproches qu'il mérite, le maître peut lui faire remarquer que s'il avait accompli son devoir pour plaire à Dieu qui voit tout^ il n'aurait pas commis cette faute et se serait épargné le désagrément d'être puni, l'oint de méthode pour cette forme de ren?eignement religieux ; une seule règle suffit : rien d'intempestif ou de peu mesuré ; tout avec zèle surnaturel, sagesse et amour des Ames.
L'enseignement direct de la religion fait l'objet d'un chapitre spécial dans la lll" partie de cet ouvrage : il n'y a lieu d'étudier ici que la formîition religieuse de l'enfant par la piété.
La piété consiste dans le respect et l'amour de la religion, et dans la i)rati(|ue des obligations qu'elle impose. Un enfant sans piété est rebelle à l'action de Dieu ; comment
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serail-il soumis à celle de ses éducateurs? Seule la piété, c'est-à-dire la charité divine agissant dans une âme, détermine la volonté à s'attachei' au bien malgré les passions déréglées. Il n'y a pas grand'chose à espérer, au point de vue moral, d'élèves qui n'auraient ni l'intelligence ni le goût des choses de Dieu ".
Pour que la i)iété soit sincère, solide et duraljle, elle doit être fondée sur de fortes convictions chrétiennes ; manifestée p}ir la pratique du devoir; soutenue et développée par la prière, les sacremenis, et quelques-unes des dévotions et des (euvi'es de /èje conseillées jiar l'Ëglise.