III. — LA PRIÈRE, SOUTIEN DE LA PIÉTÉ
C<'lui-là est vraiment pieux (|ui demeure fidèle au devoir; or cette constante fidélité est impossible sans la grâce : la conclusion logique est que la prière, qui nous assure le secours divin, est le soutien indispensable de la piété. Faire contracter aux enfants l'habitude de prier bien et souvent, de s'élever vers Dieu par un mouvement volontaire de leur âme, c'est leur mettre en main la meilleure de toutes les armes pour triompher du mal. « Comme Dieu, dit notre saint Instituteur, a donné aux hommes, pour se retirer du péché, deux moyens sûrs qui sont la prière el les sacrentpnls. il n'y a rien
' Dixième Médilulion pour le temps de la Itelraite. - - Méditalion pour le XIV^ Dimanche après la Penlernle.
KDUCATION UELUtIIîUSL; — l'IÉTÉ J 13
(|u on tloive inspirer davantage aux enlanls, alin de leur donner de l'horreur pour le vice, que l'amour de la pri^ie et le iré- (|uenl usage des sacrements ',.. Comme la lumière est nécessaire dans le monde pour le vivifier, la vie au corps pour le conserver, et le remède au malade pour le guérir, la prière est aussi nécessaire à une Ame qui veut servir Dieu et ne pas se laisser corrompre parle péclié-... llestdonc très importaidque vous apiireniez à vos élèves à i)rier Dieu, comme Noire-Seigneur l'apprit à ceux qui le suivaient ; à le prier avec beaucoup de piété et de recueillement, afin que, n'étant occupés que de Dieu pendant ce temps-là, ils obtiennent facilement ce qu'ils lui demanderont". »
L'éducateur religieux ne se contente pas d'exhorter les élèves à beaucoup prier; il précise leurs obligations à cet égard, et cherche à créer en eux le besoin de recourir à Dieu dans tous les actes de la vie : travaux et projets, difficultés et souffrances. 11 leur rappelle le commandement : « 11 faut prier sans cesse, » et il leur enseigne à se tourner vers Dieu comme vers un père, par un mouvement Jiffecliieux du comr et par un élan de prière personmdie. Enfin il les convainc que ce n'est pas la formule récitée, mais cette élévation confiante de l'àme vers Dieu, qui constitue l'essence de la prière et assure son efficacité.
Que la direction dune classe devient aisée lorsque l'esprit de prière y règne suffisamment ! Tout y est possible pour la réforme des caractères : li^s avertissements et les réprimandes sont écoutés avec soumission, et Dieu, qui agit intérieurement, comnmnique aux âmes le courage et souvent l'enthousiasme du bien.
Assistance aux offices paroissiaux. — Les offices liturgiques sont les premiers de tous les exercices de piété, parce qu'en la i)ersoune du prêtre, c'est Jésus-Christ lui-même qui les préside, priant poiu' nous et avec vous. Aussi l'éducateur regarde-t-il comme l'un de ses plusgraves devoirs d'instruire
' Médllalion pour le lli Dimanche après la Pentecôle. — - Devoirs d un Chrétien (1703), II< partie, 11^' traité, cli. V, sect. ui,p. itiS. — •' Dixième Médllalion pour le temps de la ]tetraile.
I H ÉDUCAtloN
ses élèves de la manière d'y assister avec foi, allention et dévotion, et souvent il leur rappelle la fidélité avec laquelle ils devront, toute leur vie, entendre la sainte Messe les jours d"oblif;alion '.
La bonne tenue des enlanls dans le lieu saint l'ait d'ailleurs rédificalion de lidèles, et les dispose à juger favorablement l'école cbrétienno et ceux t|ui la dirigent. « Vous devez tellement travailler à inspirer l'esprit de piété à vos disciples, que ceux qui les voient admirent leur respeci et leur modesti»^ dans léf^lise'. Kxauiine/, donc s'ils y sont modestes et retenus ; s'ils y prient Dieu pendant tout le lemps ijuils y denieureut ; s'ils n'y parlent [)oint ou n'y badinent point quelquefois... Dieu vous fera rendre compte de tout cela, car vous êtes chargés d'y donner vos soins pour le bien de leurs âmes -. »
Assistance quotidienne à la sainte Messe. — « Les jours d'école, les Frères conduiront les écoliers à la sainte Messe, à l'église la plus proche et à l'heure la plus commode, à moins qu'en quebjue endroit cela nail été jugé impossible par le Frère Supérieur de l'Institut, qui fera en sorte que cela n'arrive pas, sinon pour très peu de temps ^ » L'assistance quotidienne des élèves au saiut Sacrifice e?t l'une des pratiques que notre Père a regardées coumie fondamentales dans sa Société''; il savait bien trop, pour en priver les enfants.
•'' a Les maiU'cs inslruironl leurs écolici> «le l'inslitulion de la Messe de paroisse et de la manière dont on doit y assister, et auront soin, s'il s'y fait un prone, qu'ils Técoulent avec beaucoup d'attention et do respect. Ils leur inspireront une jjrande estime el une alTeclion toute particulière pour les otfices de réj5'lise, surtout pour ceux ijui se l'ont dans leur paroisse. » ConJuile (172UJ, p. '.iS.
■' La Conduile de ITfHl et celle de 1720 consacrent un chapitre entier à la sainte Messe : De la manière chjnt les écoliers doivent sortir de Vécole pour aller à la sainte Messe, el df la manière dont i/s doivent se comporter dans les rues en ij atlunt (cliap. VllI, art. i). — De la manière dont les écoliers doivent entrer dans l'église (art. ii). — De ce à quoi les écoliers doivent s appliquer pendant la sainte Messe (art. m). — Des devoirs des maîtres pendant la sainte Messe 'art. ivi. — De ce qu'il /aul faire lorsqu'on entre dans l'église lorsque la Messe est commencée el
1 Méditation pour la fête de saint Basile (14 juin). — - Méditation pour le Mil" Dimanche après la Penle'ôle. — ' Uègles communes, vit, 7.
ÉDUCATION RELKilEUSE — PIÉTÉ 145
quelles lumières et quelles grâces reçoivent ceux qui assistent chaque jour avec ferveur à l'immolation de l'adorable Victime.
Toutes les éditions de la Conduite y ont insisté, comme sur l'acte religieux le plus important de la journée. Elles ont réglé avec les plus minutieux détails tout ce qui s'y rapporte, soit pour les maîtres, soit pour les élèves. Il est souverainement regrettable que de graves difficultés aient fait abandonner cette sainte pratique en plusieurs localités ; c'est une nécessité fâcheuse que l'on subit, mais avec le désir très vif de voir partout se rétablir les coutumes anciennes.
Au dix-huitième siècle, nos pensionnats faisaient, de l'assistance quotidienne à la Messe, l'un des points principaux du règlement '\ La plupart de nos internats actuels ont
qu'elle est déjà avancée (art. v). — De la sortie des écoliers de Véglise (art. vi).
— De Vassislance à la Messe de paroisse et aux Vêpres (art. vu). L'importance capitale qu'on attache à cet acte se montre en ceci, que les
élèves sont conduits à la sainte Messe, quelle que soit l'heure imposée par la paroisse à l'école. Sans doute, on donne la préférence à l'heure qu'on juge la plus commode, « dix heures et demie du matin » ; mais, si cela ne se peut, on l'entend vers neuf heures (17'2(i), ou vers les huit heures {Manuscrit n^ 4o), et « si l'on ne peut avoir la Messe à l'un de ces temps, on ira pendant la classe, aune heure qui cause le moins de dérangement. » « Lorsqu'on ne pourra pas faire entendre la sainte Mes.-^e aux écoliers, dans un temps de verglas ou de pluie extraordinaire, on leur fera dire le chapelet dans l'école, les écoliers restant debout. » Conduite (17ÛtJ et 1720).
— Le Manuscrit n° 45 indique que l'on fera réciter « trois dizaines du chapelet, sans cacophonie ni précipitation. » (!'■<' Partie, p. l'.i).
" Le Coutumier de la maison de Saint-Yon mentionne la présence des pensionnaires à la messe de chaque matin. — Le Coutumier du Pensionnat de la hossignolerie d'Angers dit qu' « à six heures trois quarts, on sonnera la grande floche en branle pour avertir les pensionnaires de se tenir prêts pour la sainte Messe, qui commence tous les jours et en tous temps à sept heures très exactement » (art. ô et 6). — • Le H'eglement pour les Pensionnats libres, dits Petits Pensionnaires, porte que « tous les jours, les pensionnaires doivent sortir de la classe pour aller à l'église, sans faire la moindre légèreté. Pendant la sainte Messe, être pieux et suivre les actions du prêtre dans toutes les parties de ce saint exercice » (art. 8).
— La Conduite pour les Pensions veut qu'on avertisse les pensionnaires qu' « aller tous les jours à la sainte Messe par routine, sans attention, sans piélé, sans dévotion de cœur, sans recueillement, par manière d'acquit et parce qu'on ne peut se soustraire aux usages de la pension, est une .iclion perdue pour l'éternité » {Manuscrit n» 4-2, p. 37). — Le Coutumier du Pensionnat de Marseille note qu' a à six heures et demie les pensionnaires défilent pour la chapelle, où l'un des maîtres les voit entrer. On récite la prière du matin, et à peine la prière finie, le prêtre se trouve au bas de l'autel, pour la sainte Messe » (p. 4).
heureutjHiïiL'.nt conservé ou i-ftslaun'' ci-llr. Iraditiou. Dans cfs établissements, il est d'usage de faire chanter des cantiques durant la Messe; la coutume est excellente, mais elle ne doit pas enlever aux élèves la facilité de sunic au saint Sacrifice pendant les raoïpents essentiels.
Le jtMine homme qui assiste passif au saint Sacrifice s'en désintéresse bien vite, et ce (jui devait faire l'aliment de sa piété devient pour lui un exercice ennuyeux, dont il s'empressera peut-être de s'alïranchir dès qu'il sera libre. 11 ne suffit donc pas que les élèves soient conduits chaque joui- à la sainte Messe; les maîtres doivfmt la leur faire apprécier, leur en donner une haute idée, vA leur rappelf;r fréquemment la manière d'y assister en s'unissant au prêtre et à Jésus- Christ. « Le maîtr<' de la plus basse classe, dit la Conduite de 1720 , aura soin que celui qui est chargé des chapelets les porte à l'église et les donne à ceux qui ne savent pas lire. Il veillera à ce qu'ils s'en servent pour prier Dieu, et non pour badiner... Tous ceux qui sauront lire auront chacun un Uvi'e des Prières de la sainte Messe^ à l'usage des Ecoles chrétiennes, et ils s'en serviront pendant ce temps... Les maîtres auront une continuelle vigilance sur leurs écoliers, pour remarquer de quelle manière ils s'y comportent et les i'autes qu'ils y peuvent commettre... Us doivent être persuadés que ce n'est pas ppur eux-ir|êfpes qu'ils assistent Èf. la sainte Messe, lorsqu'ils la font entendre à leurs écoliers, mais c'est uniquenjeni pour veiller sur eux '. » Toutefois, si les élèves nianqucnt à leur devoir pendant ce temps, c'est du regard seulement qu'on les avertira.
D<^ jeunes clirétiens doivent beaucoup estimer le grand honneur qu'ils ont de servir la sainte Messe, et témoigner, ]»ar leur modestie, leur recueillement et lejir attention pendant ce temps, quelle foi ils ont aux mystères sacrés qui s'accomplissent. Notre saint Fondateur attachait une extrême importance à ce que les élèves remplissent dignement les fonctions de servants de messe; il ayait fixé, pour chaque semaine, les moments où devaient être récitées en classe les
Conduite (IT^^U , p. '.U.
répanaes du saint Sacrifice*, et il avait expliqué avec le plus grand détail les « principales cérémonies de celui qui sert la Messe '. »
Des prières qui se font en classe. — 11 sidtit de parcourir le livre des Exercices de piété gui se font pendant le jour dans les Écoles chrétiennes et le traité de la Prière, dans les Devoirs d'un chrétien -, pour comprendre combien saint Jean-Baptiste de la Salle avait à cœur de faire contracter aux enfants l'habitude de la prière continuelle. Non seulement le commencement et la fin de la classe sont sanctifiés par la prière, mais à chaque action principale, à chaque demi-heure, lesélèvessont invités à se recueillir un instant pour se rappeler la sainte présence de Dieu et renouveler leur intention de n'agir que ]»our lui. Cette pieuse coutume d'interrompre le travail aux heures et aux demies, pour réciter une très courte prière, est de celles dont on a dit qu'elles donnent à l'École chrétienne sa physionomie propre. Elle fait épanouir l'âme dos enfants dans une atmosphère de pi(Hé, et jaillir de leur cœur de saintes aspirations. Et comme, par ailhnirs, elle n'esl incompatible avec aucun règlement scolaire, il serait très regrettable; qu'on la laissât tomber en désuétude dans certaines classes où, en raison même de l'âge des élèves, ces pratiques porteraient plus de fruit.
Veillez à ce que toutes les prières prescrites soient récitées avec respect, calme, recueillement, et d'un ton modéré. Tenez, à ce que les pauses se fassent avec ensemble, et que les voix s'Iiarmonisenl. Faites choix d'un récitateurqui s'acquitte i)ieusement de cette fonction, tant pour les prières du malin et du soir que pour les invocations au cours de la journée. Vousmême, unissez-vous à la prière, avec une modestie et un sentiment de foi qui animent les élèves à la ferveur.
■■' Aulrefois, c'était pendant le déjeuner et le gojiler que les élèves récitaient les réponses de la sainte Messe. {Conduite 170(j, 1720 et suivantes : Qe ce qui se pratique pendant le déjeuner et le goûter.) Pour donner plun «l'assurance aux servants de messe, la Conduite dit qu' « un écolier fera la répélition de ce que le prêtre doit faire, ainsi qu'il est marqué dans son office ; nu autre, étant à côté de lui, répondra et fera ce que doit faire le ser^fant. »
' Exercices de piété qui se font pendant le jour dans les Écoles chré- Hennés, p. \C\. — ^ Devoirs d'un chrétien, TI* Partie, ch. IX.
Il convient d'apporter une attention spéciale à certaines prières que, si l'on n'y prend garde, les élèves récitent avec beaucoup trop de précipitation : le chapelet, le Veni sancle Spfyittis, le Sub tuum et le De profundis. Les paroles du texte latin doivent être prononcées correctement, et les pauses observées où il convient. Et pour donner aux enfants lintelligence de ces formules, on les leur commente de temps en temps ; le bon sens indique l'utilité de cette pratique.
Voici les recommandations renfermées dans une ancienne Conduite, relativement à la « posture et aux devoirs des maîtres et des écoliers pendant les prières :
« Pendant toutes les prières, les maîtres se tiendront sur ou devant leur siège ; ils auront soin de garder la modestie et la retenue que leur inspirent leurs lièglefi, la vertu de religion et leurs fonctions.
« Ils ne tiendront rien en main pendant ce temps, excepté le livre de prières, afin de n'être pas distraits de l'alleution qu'ils doivent avoir sur leurs écoliers, alors plus que jamais.
« Ils quitteront tout au son de la cloche, afin que leurs élèves apprennent de leur exemple à se trouver prêts pour faire le signe de la croix, aussitôt qu'elle aura achevé de sonner.
« Ils veilleront à ce que les prières se fassent, ainsi que le veut le chapitre XXIX des Règles communes (art. 26), dun ton médiocrement haut, très posément, distinctement et sans traîner ; que la voix du récitaleur domine toujours celles des écoliers pour les diriger, sans qu'il soit besoin de crier trop haut pour cela.
a S'il arrivait que les écoliers eussent de la peine à faire les pauses ou à s'accorder, les maîtres pourraient exiger qu'ils disent les prières le livre en main, et cux-mèuies auraient en main le livre et le signal, alin d'avertir les élèves de faire la pause à l'endrcjil oii l'ile doit être faite.
« 11 ne sera pas permis à un maître de faire recommencer la prière de la fin de l'école, pour quelque raison que ce soit.
« Ils n'interrompront la prière que lorsqu'ils ne pourront
EnUCATION KELItilEUSn: — PIÉTÉ 149
faire autrement, et s'ils sont vigilants, ces occasions seront rares.
a Les réprimandes et les corrections ne se feront pas pendant ce temps, sinon dans des cas extraordinaires et li("'s rares [Règles communes, vni, 7).
« Pendani toutes les prirres, les écoliers seront dans une grande modestie, ayant le corps droit, les yeux baissés, les bras croisés ou les mains jointes '. »