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DIRECTION DE L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE

En éducation intellectuelle, on entend par méthodes actives, ou suggestives, l'application des procédés d'enseignement qui ont pour but de faire travailler l'enfant par lui-même. Ces méthodes s'ingénient à l'intéresser, à é^veiller son attention, à piquer sa curiosité, à provoquer sa réflexion et ses efforts personnels, qui seuls sont efficaces. L'expérience ne cesse, en effet, de donner raison à Mgr Dupanloup disant : « Ce que fait le maître est peu de chose ; ce qu'il fait faire est tout. »

Ce travail personnel est aussi le seul vraiment attrayant pour l'écolier. Nous ne disons pas amusant, car, en général, amusement et travail sont incompatibles : enlever le sérieux à la science,, c'est la ravaler ; de même qu'épargner l'effort à l'élève, c'est l'inviter à la paresse.

Pour toutes les spécialités de renseignement, le maître s"ins[>ire de ces méthodes, dont le caractère essentiel consiste à faire regarder, à faire réfléchir, à faire parler, à faire raisonner et à faire composer '.

Faire regarder. — Regarder^ ou observer, c'est appliquer l'attention à un objet extérieur. Le besoin de connaître est une inclination native de l'intelligence humaine; et certes il est particulièrement vif chez l'enfant, dont rien ne lasse et ne contente iavide curiosité. Mais si l'enfant jette les yeux sur tout, cependant il regarde peu, car il n'arrête guère son attention sur les détails. Les objets lui font éprouver un grand nombre de sensations, dont il se rend peu compte et surtout qu'il ne classe pas.

A cette curiosité superlîcielleet dispersée, substituer l'habitude d'analyser la forme et la situation des objets, de faire des dénombrements exacts et méthodiques de leurs parties, c'est mettre l'esprit en garde contre bien des erreurs. L'enfant acquiert la plupart de ses idées par le monde extérieur : l'initier à bien voir, c'est multiplier ses pensées. L'enseignement par l'aspect, les leçons de choses, le dessin d'après nature, l'enseignement des sciences naturelles, la description détaillée, orale ou écrite, des objets et des sites familiers aux élèves, sont les moyens principaux dofit le maître se sert avec profit.

Faire réfléchir. — Faire réfléchir l'enfant^ c'est l'exciter à replier son esprit sur lui-même, à porter son attention sur ses opérations intellectuelles. Gela est capital, car le travail routinier, allât-il jusiiu'au surmenage, est à peu près stérile, puisqu'il laisse inactif l'esprit des écoliers. En vain le professeur parlerait-il jusqu'à sépuiser, s'il ne fait réfléchir ses élèves, leur faculté pensante reste passive; tout au plus jouet-elle le r(jle d'un mauvais miroir qui renvoie, déformée et incomplète, l'image des objets. Dans ces intelligences, la parole du maître est tombée abondamment, mais comme la semence sur le grand chemin ; il lui a manqué d'être recueillie,

' L'applicaliun de ces ini'lliodes l'ait Fobjet d'abondants commentaires dans la partie de cet ouvrage qui traite de V Enseignement.

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soumise à une action intérieure qui la transforme et la développe. Concluons ([u'au lieu de bourrer de mots la tète des enfants, de la garnir d'un « savoir de perroquet ' », de cultiver trop exclusivement en eux la mémoire, il faut ouvrir leur esprit, les provoquer à juger, puis rectifier, s'il y a lieu, les jugements qu'ils émettent.

La forme des interrogations, la nature des devoirs en composition française, mathématiques, histoire et géographie, doivent être telles, qu'elles excitent l'écolier à un effort de pensée. Un double écueil est à éviter : trop demander à la rétlexion de l'enfant, qu'on ne guide pas assez dans son travail, ou rendre inutile l'exercice même de cette réflexion, parce qu'on lui a d'abord fourni tout ce qu'elle aurait dû trouver par son activité propre. La bonne règle est la suivante : donner des explications suffisantes, en termes clairs et précis, mais laisser à l'élève le soin et la joie de compléter, par une recherche personnelle, les idées qui lui ont été soumises.

On ne saurait trop prendre de précautions pour ne rien faire apprendre et ne dicter ni résumés ni notes, que les élèves ne comprennent. Pour s'assurer qu'ils ont l'intelligence de ce qu'ils lisent, écrivent ou récitent, on multiplie les questions, afin que la pleine lumière se répande dans leur esprit ; car si l'on n'y veille, ils réciteront imperturbablement, comme des phonographes, le texte de l'Évangile, des définitions de grammaire, des leçons de mathématiques et de sciences, dont ils ne saisiront ni les idées ni peut-être les mots. Le livre, aussi bien que la leçon orale, est indispensable aux enfants ; mais il ne saurait être qu'un aide : les vrais instruments de travail sont les facultés actives.

Faire raisonner. — Faire raisonner, c'est appliquer la réfl(^xion de l'enfant, du jeune homme surtout^ à des enchaînements logiques d'idées ; c'est l'habituera suivre une marche directe et rigoureuse dans les déductions, à en éliminer l'inutile, à tirer d'un raisonnement toutes les conclusions qui s'ensuivent, et celles-là seulement.

Aucune étude ne soumet plus efficacement l'esprit à cette

' Leibnilz désignait ce savoir sous le nom de paillacisine.

gymnastique fortifiante que les mathématiques. On doit raisonner juste sur toutes sortes d'idées qui leur sont étrangères ; mais parce que les vérités mathématiques sont les plus simples, on leur applique les lois du raisonnement avec plus de facilité qu'à toute autre. Elles demeurent, pour tout esprit, une sorte d'instrument d'un mécanisme commode qui met en exercice la faculté raisonnante, qui la développe, l'assouplit et lui communique une dextérité, une sûreté, quelle porte ensuite dans la vie pratique. Alors même qu'un jeune homme instruit ne devrait pas, dans sa carrière, utiliser des connaissances mathématiques un peu étendues, on aurait tort de ne pas l'initier à ces sortes d'études. Elles lui font acquérir le besoin du vrai nettement connu et exposé, l'habitude de la méthode, l'horreur des notions vagues et des hypothèses que rien ne justifie : de tels résultats valent qu'on les assure par une sérieuse application aux sciences exactes. Lors donc que les élèves démontrent un théorème ou résolvent un problème au tableau noir, lorsqu'ils développent par écrit une solution, exigez que le raisonnement soit rigoureux ; n'admettez que' les termes justes, précis, et assurez-vous, par des interrogations, que l'esprit possède le sens vrai des formules employées.

De ce î.que les mathématiques exercent si utilement la faculté de raisonner, on ne peut rien conclure contre les autres sciences à ce même point de vue. La méthode géométrique de raisonnement n'est pas la seule, et elle n'est pas applicable à tout. On peut, et il le faut, développer aussi le raisonnement des élèves par la discus;?ion des faits historiques, des idées morales et littéraires. L'étude des lettres doit se joindre à l'étude des mathématiques : elle assouplit l'esprit, lui communique la finesse et le préserve de la tendance à vouloir tout réduire à des règles invariables, à des principes absolus.

Faire parler. — Faire 'parler et laisser parler sont choses bien différentes : laisser parler les enfants, c'est leur permettre de se servir d'expressions vulgaires, banales ou incorrectes; les faire parler, c'est éveiller en eux des idées claires et les leur faire exprimer correctement, par des termes qu'ils comprennent.

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Les élèves, surtout ceux qui ne reçoivent pas toujours dans la famille l'exemple. d'un langage correct^ ont une grande diCticulté à parler en phrases suivies. Encouragez-les beaucoup ; reprenez-les avec patience, pour les fautes de grammaire elles expressions impropres ou vicieuses. Laissez-leur le loisir de développer leur pensée, quand ils récitent ; ne les interrompez pas à chaque instant pour parler ou réciter, sous prétexte de leur venir en aide. De temps en temps, faites exposer pendant quelques minutes, par un écolier des plus avancés, une question qu'il aura préparée sous votre direction.

Faire composer. — Dans un sens général, on entend par composition tout exercice qui combine des éléments fournis par l'observation personnelle, l'enseignement du professeur ou l'étude d'un livre, pour en former un ensemble logique, dont l'agencement des parties soit bien le travail de l'élève.

Ainsi les écoliers composent quand, avec les idées que leur a suggérées la préparation d'une narration, d'une description, d'une explication de pensée, d'une amplification ou d'une dissertation, ils écrivent un sujet judicieusement ordonné, et qui porte la marque de leur esprit. Ils composent, quand ils développent une question synthétique d'histoire ou de géographie, dont la solution les conduit à groufier des notions diverses dans un ordre autre que celui de leurs manuels. Ils composent, lorsqu'ils trouvent par eux-mêmes et rédigent la démonstration d'un théorème mathématique ou la solution d'un problème. Ils composent en dessin, quand, avec des documents donnés et suivant une direction déterminée, ils agencent un motif d'ornement ou dressent un petit plan qui soit leur œuvre personnelle.

Les exercices de composition peuvent être très simples et mis à la portée de toutes les intelligences. Ils sont des plus efficaces pour exciter l'activité intellectuelle, et l'expérience atteste que les élèves prennent un vif intérêt à ces travaux, quand on sait en graduer les difficultés.

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