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CHAPITRE H L'AUTORITÉ MORALE DE L'ÉDUCATEUR

L'autorité morale d'un éducalcnir sur ses élèves est rascendant que lui donueni ses qualités intellectuelles, morales el professionnelles. Instinctivement , l'enfant cherche en son maître ce qui lui manciue à lui-même : faible, ignorant, versatile, souvent i-ebelle à Tetlort et surtout à la lutte morale, il reconnaît la supériorité du guide en qui il trouve une affection franche et cordiale, une science étendue, solide, ingénieuse à se communiquer, et la constance courageuse d'une âme toujours soumise au devoir. Alors il s'abandonne avec confiance aune direction dont lisent l'utilité et le besoin. Et lorsque le jeune homme a quitté l'école, le souvenir des leçons el des exemples qu'il a reçus de ce maître aimé et respecté l'accompagne dans la vie, comme une lumière, un encouragement, et parfois un salutaire reproche.

L'autorité de l'éducateur religieux est divine dans sa source ; elle est à la fois une délégation de l'autorité des familles, el une mission conférée par l'Église, qui approuve les Instituts enseignants; mais, dans .«on exercice, elle est soumise h des conditions qui lui assurent le succès. Ces conditions, ou soutiens de l'autorité morale sont : le re.spect el l'estime que les écoliers ont pour la vertu et la science de leur formateur; l'affection réciproque qui les unit à lui ; la douceur, la fermeté , le tact et la constance dont il fait preuve dans l'exercice du commandement, enfin l'appui que sa direction rencontre dans les familles de ceux qu'il élève.

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I. — I" SOUTIEN DE L'AUTORITÉ : LE RESPECT ET L'ESTIME DES ÉLÈVES POUR L'ÉDUCATEUR

Les élèves ont sans cesse les yeux sur le maître et, si jeunes qu'ils soient, ils ne s'abandonnent à sa direction qu'en raison de ce qu'ils voient en lui de vertu et de dévouement, de savoir et de talents.

Par une pente naturelle, l'estime de l'enfant va vers celui qui incarne à ses yeux un haut idéal de perfection morale. Peu de chose suffit à déprécier le maître dans l'esprit d'un élève et à lui faire penser que celui qui enseigne les autres ne s'enseigne pas lui-même; au contraire, il se laisse entraîner par les exemples de vertu dont il est chaque jour témoin. Ainsi, vous ne réclamerez jamais plus efficacement des écoliers ^obéissance à vos ordres et l'union cordiale entre eux, que si votre respectueuse soumission aux Frères Directeur et Inspecteur, aussi bien que votre afTectueuse entente avec vos collègues, est reconnue de tous. Avant de demander aux hommes l'obéissance à la loi nouvelle qu'il leur apportait, Jésus-Clirist commença par pratiquer ce qu'il venait enseigner : voilà le modèle proposé aux éducateurs.

Le savoir de l'éducateur ne saurait à lui seul assurer sur les âmes une autorité féconde, mais il est nécessaire. L'action morale d'un professeur qui ne serait que brillant est stérile ; mais l'autorité de celui à qui manqueraient les connaissances et les talents professionnels serait bien limitée. En effet, l'enseignement repose sur un acte de confiance du disciple en la science de son maître : si les enfants ou leurs parents constataient que les leçons d'un professeur ne sont pas aussi instructives qu'elles le doivent être, sa personne et son enseignement seraient bien vite dépréciés. ■..

W.-T SOUTIEN DE L'AUTORITÉ: L'AFFECTION RÉCIPROQUE DES ÉLÈVES ET DES MAITRES

Nous l'avons dit au chap. IV du II* livre : l'affection et le dévouement demeurent, parmi toutes les autres industries du

zèle, Je grand secret de raclion de lédiicaleur sur les âmes.

Les élèves aiment un guide dont la bonté constante, généreuse, impartiale, dilate les cœurs et les dispose à se soumettre à son autorité. Au contraire, si la tristesse, la lassitude ou le dégoût dont soufVrirait un maître se manifestent en classe, l'ennui, Tirritabilité et l'insuljordination ne tardent pas à s'y développer. Toutefois que Téducaleur se garde de briguer le douteux honneur d'être tenu pour populaire; cette popularité est achetée le plus souvent par de lâches concessions aux caprices des enfants, et ce petit peuple^ lui aussi, a bien vite brisé son idole ".

Ici s'impose une remarque relative aux internats. Encore qu'ils y soient bien traités, les enfants n'en sont p;is moins privés des attentions qui, chaque soir, accueillent les externes au foyer paternel. Un bon maître a pour eux une partie de ces prévenances : il dissipe leurs ennuis, console leurs chagrins, surtout à leur entrée au pensionnat. Sont-ils malades, il les visite à l'infirmerie. Il veille sur leurs besoins, et toujours il a pour eux la bonne parole qui encourage, anime ou relève. S'il a dû sévir, il ne garde pas rancune, et ne condamne pas le délinquant à porter pendant de longs jours le poids dune tristesse à laquelle rien ne fait diversion : il sait qu'à tous égards, elle serait la plus funeste des conseillères.

Dans l'intérêt de ses élèves, l'éducateur fait aimer sa classe, comme une famille dont les membres sont solidaires les uns des autres, et gardiens de son honneur et desai-éputation. Il fait aimer l'école et tout ce qui s'y rattache, afin que les enfants la fréquentent avec plaisir et assiduité; que, plus tard^ ils s'en souviennent avec bonheur et y reviennent avec joie, pour donner leur concours aux œuvres de [)ersévérance qu'on y a organisées. Certes, la moralité de l'homme n'aurait rien

» « Le moyen de gagner l'eslime des élèves est d'avoir pour eux un sincère attachement, de les obliger avec affection en tout ce que l'on peut, de montrer un grand zèle pour leur instruction, de l'aflabilité, de la fraiicliise, de la politesse, de l'application à ne se rebuter jamais de la mulliplicité des répétitions, des leçons de toutes sortes. Si ces bons offices et ces qualités aimables ne sont pas rabaissées par des petitesses et des familiarités, elles auront le double effet de capter l'amour des élèves et de les poricr à les miter. » Conduite pour les Pensions, Manuscrit n" 42, p. 42.

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à p;aii;nor.s"il ne se souvenait des années de son ('ducatioii que connue d'un inlernemeat lorcé ou dune servitude.

Pour obtenir que les enfants s'attachent à leur école, il n'y a pas de meilleurs moyens que de maintenir parmi eux l'esprit de soumission à l'autorité et de cordiale union avec les condisciples ; de bannir tout ce qui altère la paix, c'est-à-dire le péché et ses occasions; enfin d'exciter une grande émulation au travail.

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