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III. — 3^ SOUTIEN DE L'AUTORITÉ : UN SAGE COMMANDEMENT

Les principales qualités d'un sage commandement sont : la douceur, la fermeté, le tact et la constance ou esprit de suite.

La douceur dans le commandement. — La puissance de la douceur, dans l'exercice du commandement, est attestée, garantie par cette promesse de Jésus-Christ ': « Bienheureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre ' » ; la terre, c'est-à-diie les hommes qui l'habitent, les doux semblent en disposer à leur gré, comme on fait d'une propriété ; ils sont maîtres des cœurs et des volontés. <( La douceur et la sagesse jointes à la prière, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, ont souvent plus d'efficacité sur les âmes que tous les autres moyens qu'on puisse imaginer -. » C'est la doctrine de tous ceux qui ont une longue expérience de la conduite des hommes. « De même qu'il est impossible d'avoir crédit auprès de Dieu sans la foi, dit saint Bernard, il est également impossible d'avoir autorité sur les hommes sans la douceur. » Jamais un ordre intimé avec rudesse n'a disposé une âme à l'obéissance; au contraire, la douceur du commandement prévient ou apaise les résistances et les murmures ; elle met si bien les rebelles dans leurs torts, qu'ils n'ont aucune excuse à alléguer pour se disculper de leurs fautes ou pour atténuer leurs manquements.

ICn quelque disposition que se trouvent les élèves ou qu'il soit lui-même, un éducateur doit donner ses ordres avec calme et douceur. Cette modération est plus proche de la

' S. Matth., V, 4. — - Méditation pour la fête de saint Léon (11 avril).

justice que la sévérité; elle communique à Taulorilé un cachet de force et de noblesse qui impose l'obéissance ; elle empêche les plus malintentionnés, parmi les enfants, de penser que leur maître est capricieux ou arbitraire; elle laisse celui-ci en pleine possession de lui-même pour exposer avec clarté et dignité ce quil demande ; enfin elle fait éviter l'exagération dans les conseils, lesi-éprimandes ou les punitions-^.

La fermeté dans le commandement. — La fermeté dans le commandement résulte de la force de* la volonté, de l'énergie du caractère, qui fait triompher de soi-même et des autres, de l'inconstance et du caprice. Elle garantit l'unité de conduite et l'esprit de suite, car elle rend celui qui dirige indépendant des influences de temps et de personnes. Elle assure le maintien des justes décisions qui ont été prises, el décourage les indisciplinés ou les brouillons qui voudraient les faire rapporter.

« Un maiti-e a tout gagné, dit Bossuet, quand il peut tempérer si bien les choses, qu'on l'aime et qu'on le respecte, » c'est-à-dire quand il sait allier la fermeté à la douceur dans l'exercice du commandement. Loin de s'exclure, ces deux qualités ?e complètent l'une l'autre dans un maître : on peut même affirmer que celui-là seul est vraiment doux qui sait se montrer ferme.

La fermeté est nécessaire à l'éducateur pour ne pas laisser mépriser son autorité par les élèves, et pour leur inspirer une salutaire crainte d'enfreindre leur devoir. Si, par mollesse de caractère, puérile recherche de la pcpiilai-ité ou utopie sys-

î^ « La douceur est une vertu singulièrement admirable, puisqu'elle a 'humilité pour compagne, et que, lorsqu'elle est patiente, elle est même la pcrfention de la charité... Sous ce secuml rapport, qui fait son caractère le plus distinctif, elle se concilie l'amiiié des écoliers. C'est un principe général que l'amour s'achète par l'amour : un maîl.re doit donc, avant tout, prendre pour eux des sentiments de père, et se rt-garder comme tenant la place de ceux qui les lui ont conflits. La douceur lui inspire à leur égard l'atrection, la sensibilité, la bienveillance, les manières engageantes et persuasives ; elle ôte au commandement ce qu'il a de dur et d'austère, et elle en émousse la pointe. Ainsi elle t'ait le bonheur des entants, en les attachant au maître; et, s'ils sont raisonnables, ne céderont-ils pas toujours bien volontiers à l'insinuation et à la douceur, plutôt qu'à la crainte et à la violence? » Douze Vertus, p. 80.

l'autorité morale de l'éducateur 173

tématiqiie, il n'était dans sa classe que « bon prince », il ne larderait pas à voir le désordre s'y installer, car où il n'y a pas de chef, tout le monde commande.. Que le maître soit bon mai^ ferme, très bon mais très ferme, pour être en même temps aimé et craint. La crainte doit fortifier latTeclion que les écoliers ont pour leur formateur, sinon il lui faudrait bientôt craindre lui-même ceux qui ne le craindraient plus. D'ailleurs l'observation de la loi divine et du règlement disciplinaire est en grand danger, si la fermeté du maitre ne la protège contre l'inconstance et la légèreté des enfants, contre leur indocilité et leur indolence. Enfin, seule la vigueur dans la direction d'une classe permet, sans péril pour l'autorité, de faire sentir aux élèves une affection et une confiance qui les charment : cette dernière considération a bien encore son prix.

Par ce sage tempérament de fermeté et de douceur, la crainte des écoliers n'est pas servile, mais liliale. S'ils n'enfreignent pas les ordres reçus, c'est moins pour éviter une répression, que pour ne pas contrister le maître qu'ils aiment et estiment. Un signe, un regard, une parole qui manifesteraient son mécontentement et sa peine, leur seraient une sensible punition, qu'ils ne veulent pas mériter.

Le tact dans le commandement. — Le tact est une qualité complexe, à laquelle concourent le bon sens ou justesse de l'esprit, la délicatesse du cœur et laflabilité des manières. C'est une sorte d'intuition qui fait deviner l'opportunité d'un acte, d'un procédé, d'une parole, ou les raisons de s'en abstenir; c'est le discernement des moyens à employer dans nos rapports avec les personnes; c'est le sentiment intime des circonstances de temps et de mode qui doivent accompagner un ordre, eu égard aux dispositions habituelles ou passagères de ceux qui vont le recevoir. 11 permet à l'éducateur de refuser sans froisser^ de réprimander sans blesser, d'exiger sans heurter ; il lui inspire la mesure juste dans l'éloge et le J)lâme, dans l'excitation et la répression.

Il est impossible d'indiquer toutes les occasions oîi le tact doit se manifester, puisqu'il est constamment utile. En voici quelques-unes :

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