‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 72 sur 179 · Lorsqu'un maitre prend possession d'une classe, ce serait · texte numérisé non relu

Lorsqu'un maitre prend possession d'une classe, ce serait

manquer de lact et de prudence que de vouloir y opérei' trop vite de nombi-euses réformes. Si elles ne sont, pas nécessaires, il passe, ou pour un lioinme difficile, qui ne trouve rien de bien, ou pôur un esprit allier, qui cherche à montrer sa supériorité. Sont-elles urgentes, le meilleur moyen de les faire accepter est de procéder graduellement, avec patience et modération. En tout cas, il est sage de se rendre compte des nécessités qui auraient fait tolérer quelques usages, abusifs sous certains rapports, et d'examiner si ce qu'on va y substituer ne sera pas plus défectueux encore.

2. Lorsqu'un maître établit quelque réglementation nouvelle, qu'il se demande si elle est justifiée, s'il pourra la maintenir, et si elle ne deviendra pas une gène pour celui qui, bientôt peut-être, devra lui succéder.

3. Ne punissez et ne récompensez, ni trop souvent, ni trop d'élèves à la fois : vous seriez bientôt désarmé. Sachez pardonner, quand l'indulgence est plus opportune que la punition. Différez parfois cette punition, et promettez de la supprimer si l'élève fait de réels efforts pour se corriger.

4. N'intimez pas un ordre pénible à un enfant mal disposé, à moins que vous ne puissiez attendre; et, dans ce cas, cherchez le moyen de le faire accepter sans opposition.

5. Montrez-vous habituellement satisfait de l'ensemble de votre classe. Le procédé contraire vous aliénerait les cœurs.

6. Etes-vous chargé d'un service qui entraîne le contrôle sur un ou plusieurs de vos confrères (surveillance générale, inspection, examens), gardez si bien pour vous vos propres appréciations, que les élèves n'en connaissent jamais rien qui soit défavorable à leurs maîtres.

7. Ne vous permettez aucune remarque de nature à blesser les familles de vos élèves, eussent-elles même des torts réels à votre égard ; ni aucune critique sur les mœurs ou les traditions du pays que vous habilez.

La constance ou esprit de suite dans le commandement. — La constance affermit l'autorité, parce que le maître, voulant toujours les mêmes choses, ou ne les voulant pas, finit par s'idrmtifier, aux yeux des élèves, avec les raisons qu'ils ont eux-mêmes de les vouloir ou de ne les vouloir pas; et ainsi

l'autorité morale de l'éducateur i75

son autorité devient en tjuelque sorte impersonnelle comme le devoir, et ses prescriptions oljligaloires comme celles de la loi morale. Seule, la constance s'oppose efticacement à la mobilité perpétuelle des enfants et leur donne l'exemple de la fidélité aux résolutions mûrement délibérées. Elle leur prouve que le maître n'est point un homme d'impressions et. d'humeur changeante, et elle leur fait ainsi concevoir une idée avantageuse de sa vertu. Elle supprime en eux les hésitations sur ce qu'ils ont à faire ou à éviter, les doutes sur la certitude des récompenses promises ou de la répression qui suivrait leurs fautes; et elle les maintient ainsi dans le devoir. Enfin, elle leur donne confiance en un professeur qui est assez sûr des procédés qu'il emploie, pour n'en pas changer à chaque inslant.

Cette constance n'est pas une marque d'obstination ou d'entêtement : elle a sa source dans la justesse d'un esprit qui s'attache aux principes vrais; dans la droiture d'une volonté qui domine les passions, ne s'inspire que de l'équité et ne poursuit que le bien ; dans l'humilité, qui ne s'étonne pas de la persistance des obstacles, et dans la confiance en Dieu, qui compte sur le succès promis à la persévérance. Chez l'éducateur religieux, l'esprit de suite s'appuie encore sur des traditions d'Institut qui ont fait leurs preuves, et qu'il serait au moins téméraire d'abandonner pour des innovations hasardeuses; mais il ne rejette pas les modilicalions qui sont un réel progrès, celles que justifient les exigences légitimes des temps ou qu'imposent les transformations survenues dans la société.

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