II. — L'ÉMULATION
Nature et légcitimité de l'émulation. — L'émulation n'est pas, comme l'envie, le désir de déposséder le prochain d'un bien matériel ou moral dont il jouit ; c'est une excitation de notre volonté à imiter, égaler ou surpasser nos semblables en des actes louables.
A l'école, elle établit parmi les enfants une concurrence ardente et pacifique pour la conquête des récompenses les plus enviées et des meilleures places dans les compositions et les examens : c'est Vémulation au travaU ; elle excite aussi les cœurs et les volontés à la pratique du J)ien, par le spectacle des actes vertueux : c'est V émulation à la vertu.
L'émulation est légitime si son fondement est noble. Elle aspire au plus haut degré de vertu et d'application au travail, elle recherche ce qui est honorable : son fondement est donc l'honneur. Or l'honneur étant, parmi les biens naturels, le plus excellent, il rond h'gitime l'émulation.
Nécessité et avantages de l'émulation. — La nature même de cette petite société qu'est une classe montre la nécessité et les avantages de l'émulation. Dans un groupement d'enfants, et surtout de jeunes gens, il n'y a guère de milieu entre l'émulai ion au travail et à la vertu, et l'émulation à Tindiscipline et au mal, tant sont continuelles et fortes les influences réciproques qu'exercent les élèves les uns sur les autres. L'émulation à la vertu affaiblit parmi les écoliers l'empire du respect humain, et elle les dispose à écouter les instructions du maître. L'émulation au travail est l'une des conditions du succès dans les études : tandis que l'oisiveté appesantit l'âme, l'énervé et la laisse sans forces pour les luttes intimes, l'énergie au travail occupe et développe les facultés, fait la joie du cœur et donne à la volonté une puissance d'action qui est la meilleure ressource pour la formation du caractère. Elle est aussi le moyen assuré de diminuer la fréquence des reproches et des punitions.
L'émulation est l'un des plus puissants leviers par lesquels un éducateur puisse soulever la volonté de ses disciples ;
elle les rend capables d'efforts que souvent l'amour seul du savoir ne pourrait obtenii-. Cependant plusieurs écrivains ont souhaité qu'on n y recoure pas, parce qu'elle peut dégénérer en jalousie et en orgueil. Mais alors, autant vaudrait condamner ramifié, parce que Tégoïsme peut s'y glisser; rauniùnt", parce que plusieurs l'exercent par ostentation, et l'instruction, parce que des malfaiteurs en ont abuse'.
Conseils relatifs à la direction de l'émulation. — Gomme les autres sentiments, l'émulation a besoin d'être dirigée, pour que ses écarts soient prévenus ou redressés. A ce sujet, voici quelques conseils :
1° Ne pas laisser les écoliei-s pi-endre le change sur ce qui doit exciter leur émulation : ce qui est honorable, c'est moins le succès même h'gitime et la récompense qui l'accompagne, que l'effort consciencieux qui les a procurés; ce qui est plus honorable encore, c'est de s'acquitter de ses devoirs avec une application croissante, en vue de Dieu.
2° Ne pas estimer le succès plus que le mérite ; ne pas punir un élève moins doué et obtenant, malgré son application, des résultats moindres que ceux de ses camarades plus brillants : de tels pi-océdés développeraient chez les uns un(^ insupportable vanité, et chez les autres la jalousie, la tristesse, le découragement.
3° Amener les élèves à se comparer moins à leurs condisciples qu'à eux-mêmes ; récompenser chacun de leurs efforts vers le mieux, en excitant ainsi une émulation exempte de danger.
4° Lorsqu'on anime les enfants au travail, faire fréquemment appel aux motifs d'ordre surnaturel. Incliner les élèves les plus vertueux à n'agir que pour plaire à Dieu.