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III. — MOYENS D'EXCITER ET DE MAINTENIR L ÉMULATION

Nombreux sont les moyens de créer et d'entretenir, dans l'école, l'émulation à la vertu et au travail. Après avoir fait cette réserve que tous doivent emprunter au principe moral leur meilleure puissance d'action, on peut les ranger en deux

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i;i-oupes : les uns cxcilenl spécialement Teflort moral ou inlelleelucl, et les autres le récompensent.

L'elTort moral est excité par les instructions religieuses, la tlireclion du confesseur, l'exemple des maîtres et des camarades, les congrégations pieuses, et par lencouragement proprement dit. Leflort intellectuel est sollicité par le soin que l)rend le maître de se tenir toujours à la portée des élèves, et (["entretenir leur activité par les interrogations, la correction (les devoirs, les compositions, les conférences ou expositions (le questions, les examens, les concours entre camps rivaux (rime même classe, et entre élèves de classes ou d'écoles (liflérentes.

Il ne suffit pas d'exciter l'etTort, il faut le récompenser pour le rendre durable. Dans ce but, on emploie les notes, les lions points, les billets de satisfaction, les charges de conliance, les distinctions honorifiques et les récompenses proprement dites.

Plusieurs de ces moyens d'émulation ont été précédemment exposés ; d'autres le seront dans la II" Partie de cet ouvrage : nous parlerons seulement ici de l'encouragement, des notes et des récompenses.

L'encourag-ement. — Savoir encourager est l'un des meilleurs secrels de l'art de gouverner.

Les formes principales de rencouragemeni sont la parole réconfortante et l'éloge.

Sans doute, les notes et les récompenses constituent aussi un encouragement pour l'élève ; mais les unes sont surtout un contrôle, et les autres, la constatation d'un succès : c'est l»ourqu()i nous les classons à part,

La parole réconfortante. — Le travail scolaire est accompagné de joie, puisqu'il développe normalement l'activité intellectuelle; mais à certains moments, par exemple après un (■(•hec, il apporte aussi à l'enfant la lassitude, la d(''faillance et même le découragement. Dans la vie mor;de surt(uit, aucun • 'lève n'échappe aux tlucluations qui, à l'élan pour le bien, l'fjnt succi'der l'atfaissement et une ap|>arenle impuissance, tjue di^it faire alors l'éducateur? Rappeler l'obligaticm du devoir, le b(jnheur intime que procure son accomplissement,

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relTicacilé de la luUe pour tremper le caraclère, la uécessilé de se préparer à conquérir dans la société une place )ionorable? Cela est insultîsant. 11 faut parler afîectueusciiient à l'élève, le stimuler par une courte exhortation, par un conseil venu du cœur; il faut lui inspirer la conjiance que, par un eftbrt i-énéreux, il triomphera de l'obstacle : ainsi soutenu, l'enfant, un moment découragé, se remet au travail, et la tristesse, qui peut-être allait le dévoyer oq le récjuire à l'inertie, se dissipe bientôt.

L'éloge. — L'éloge excite, chez les élèves, le sentiment de l'honneur et leur fait goûter plus vivement la satisfaction (jui accompagne le devoir accompli'. S'en servir est donc légitime; mais il convient de prendre certaines précautions pour qu'il .atteigne le résultat cherché.

1° L'éloge doit être juste. Tout éloge immérité déconsidère celui qui la Iresse, gène celui qui le reçoit et blesse ceux qui l'entendent. Rien n'est fatal à l'autorité du maître comme la partialité qui prodigue les éloges aux uns, et les refuse à d'autri'S qui en sont également dignes, (juand un enfant est publiquement loué, que ce soit poui- un fait (\\\\ iuqtosc l'approbation même aux élèves portés à la jalousie.

2° L'éloge doit être mesuré quant à l'usagi''', et discret

•'' « l^a récompense par louange, dit une ancienne Conduite, consiste ?i témoigner par des paroles nalteuse?, honnêtes et engageantes, la satisfaction que Ion ressent de ce quun écolier s'et.t bien acquitté de son devoir.

« Il faut prendre garde de ne pas recourir à ces sortes de récompenses à tout propos, pour la moindre chose, et envers toutes sortes de caractères et d"àges : car s'en servir trop fréquemment, ce serait les rendre de nulle valeur : il en serait de même si on les employait pour ce qui ne le mérite guère, et plus encore si on les mettait en usage envers des élèves qui, par leur âge trop tendre ou leur caractère peu susceptible (indifférent) seraient hors d'état d'en faire profit. »

'' « On peut faire un excellent usage des louanges à l'égard des écoliers qui sont capables de les sentir ; mais il faut les employer avec discernemont, sobriété et prudence. Donner des louanges à un enfant qui n'est pas capable d'en connaître le prix ni d'y trouver un motif d'émulation, c'est perdre son temps. Rendre les louanges trop fréquentes, envers ceux mêmes qui les méritent, c'est leur donner lieu de les mépriser. Les donner sans discrétion, c'est quelquefois donner lieu k l'enflure de l'orgueil et faire naître dans l'esprit de certains écoliers l'estime de leur propre excellence jusqu'au mépris de ceux qu'ils voient au-dessous d'eux. » Conditile en quatre parties. Manuscrit^ n°4'». p. 21t5.

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(|uantà kl manière. A ne louer jamais les élève?, on i-isque de les décourager ; à les louer trop souvent ou avec exagération, on les rend vaniteux, et les appréciations du maître perdent de leur prix.

3° En louant les élèves, il convient de leur montrer un idéal plus élevé que le résultat obtenu, et de leur faire entendre qu'ils sont capables de nouveaux elTorls pour se surpasser eux-mêmes.

4" Il est utile d'insister un pei| sur l'éloge, soit pour mieux faire accepter un hlâme, soit pour exciter au travail un élève médiocre qui aurait mieux réussi qu'à l'ordinaire.

5" Puisque la louange est un puissant moyen d'émulation, il est sage de la réserver surtout poi|r les moments oi'i les élèves ont le plus besoin d'être stimulés.

6" La publicité donne de l'éclat et du prix à la louange. Quand cela est utile, on attend une occasion solennelle pour faire un éloge ; mais dans ce cas, il vaut mieux louer un groupe, qu'un élève en particulier.

Les notes. — Les notes sont une appréciation chiirrée (jui sert de contrôle au travail ou à la conduite d'un écolier. On en dislingue de plusieurs sortes.

Leii notes de récitation sont un stimulant très actif; il ne faut donc pas les négligea. Est-il à propos d'en donner pour toute leçon, pour toute réponse à une interrogation ? — Avec les jeunes enfants, la multiplicité des notes maintient l'ardeur au travail; avec les grands élèves, on en simplifie la distribution. En général, on ne donne de notes que pour les interrogations de conliôle, c'est-à-dire celles par lesquelles on se rend compte si un élève a étudié ce qui était prescrit ; les interrogations posées au cours d'une leçon, et celles dites socratiques, qui ont pour but de faire trouver par l'enfant une notion à sa portée, ne sont ordinairement pas sanctionne'es par des notes. Toutefois chaque professeur s'inspire des conditions spéciales dans lesquelles il est placé, ainsi que de ses propres dispositions ou de celles des élèves.

11 est désirable que les notes de devoirs soient justifiées, sur le cahier même de l'élève, par un commentaire écrit et très bref. Il est bon de donner une double note : l'une pour la

valeur du travail, l'autre pour l'application et le soin apportes à rexéculion de ce devoir (propreté, écriture, arrangement). Les appréciations chillrées sont prélérables aux mots bien, assez bien,passabli\ qui sont moins précis^ et qui surtout ne peuvent entrer dans un calcul de moyenne. Il convient d'adopter un rnème maxiMUini pour tous les devoirs (10 ou 20).

Les noies de compusitions sont données aux résultats, au succès, et non à l'application. Elles sont ordinairement le total des nol"s ou ptiints nK'rilT's |»our chacune des questions dont la solution édail demandée. La composition française est appréciée par une double note : l'une pour les idées et leur enchaînement, l'autre pour le style et rorlhoji!,raphe. Dans les compositions de langues vivantes, la note est obtenue en retranchant d'un maximum {20 par exemple) le nombre de fautes ou de groui)es de fautes relevées dans un thème ou une version. Le même proci'dé s'applique aux compositions d'orthographe.

Les noies de travail quotidien constatent lellort plus que le succès. Elles sont surtout des notes d'application, et tout élève studieux, fût-il d'intelligence très médiocre, peut en obtenir de satisfaisantes. 11 y a plusieurs manières de les établir : 1° en faisant la moyenne des notes de récitations et de devoirs ; 2° en retranchant d'un maximum convenu (10 ou 20) les mauvaises notes que lélève aurait méritées.

Les notes de conduHe quotidienne se calculent d'après le second de ces procédés.

Les noies hebdomadaires et les )iotes tnensuel/es sont, ou la somme, ou la moyenne des notes journalières de conduite et de travail.

Les notes doivent être données avec justice, modération et constance ; sans excès de sévérité ni acception de personnes; enfin sans caprice, de telle sorte que les meilleures notes ne soient pa-, sans motif plausible, tantôt prodiguées et tantôt rendues inaccessibles. Eu retranchant des notes à un enfant coupable, ce serait une injustice de lui faire perdre, pour une seule faute, tout(>s les notes gagnées par plusieurs jours de sérieuse application.

Le bon maître cherche à exciter si bien l'éuiulalion dans sa

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classe, qiio la généralilé de s<*s ("li'ves inérilo d'oxcellentes noies d'applicalion ; surluut, il n'a pas d'écoliers voué^, pour ainsi dire, aux mauvaises noies, car ces enlanls s'imai^ineraient bienlôl quon leur en veut, el ils feraient de moins en moins d'ellorts pour se corriger de leurs défauts. Les enfants découragés, qui semblent avoir pris leur parti des mauvaises notes, donnent un exemple funeste dont il faut préserver la classe.

Cahier de discipline ou d'observations g-énérales. — Plusieurs motifs ont fait établir, dans les iiensionnals surtout, l'usage du cahier de discipUiie ou d'observations qcnérales. 1° Quelque vigilance qu'il exerce, l'Inspecteur ou le Frère Préfet ne saurait remartjuer toutes les infractions au règlement ; et cependant il convient, qu'étant responsable de l'ordre général dans l'école, il soit renseigné sur les manquements auxquels il doit remédier. 2° 11 est bien convenu, et les élèves en sont dûment avertis, (|u'un maître a autorité sur tous les écoliers sur lesquels il exerce une surveillance. 3° Tous les maîtres d'une école s'intéressent à la bonne tenue des élèves qui la composent ; mais, en dcbors de l'exercice d'une surveillance, ils n'ont pas mission de reprendre directement les délinquants qui ne sont pas de leur classe.

Que les élèves appartiennent ou non à la classe des professeurs qui les ont trouvés en faute, ceux-ci inscrivent leurs remarques sur le cahier de discipline, en termes modérés el précis, et ils les signent. L'Inspecteur ou le Frère Préfet joint ces observations à celles qu'il aurait faites de son (rùté, et il inflige aux coupables un avertissement ou un blâme, accompagné ou non d'une diminution de notes, en rajiport avec la nature de leurs fautes.

Les observations écrites sur le eahier de discipline signalent des fautes contre le bon ordre ou la politesse, fautes commises lorsque les élèves n'étaient pas placés sous la surveillance de leur professeur. A moins cfue le signataire n'y consente, on ne fait pas connaître aux élèves le nom de celui qui a formulé des observations sur leur compte.

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