V. — LA SURVEILLANCE DANS LES INTERNATS
Dans les internats, la surveillance a, sinon des exigences particulières, car elle doit èlre 1res active dans toutes les écoles, du moins des applications spéciales, Nous les exposerons très brièvement, par quelques considérations sur le rôle du Frère Préfet, et par des remarques sur la surveillance du réfectoire, du dortoir, du parloir, des promenades, des salles de leçons particulières, du service de la chapelle et «des séances récréatives, enfin, sur les relations entre les élèves internes et les externes.
Rôle du Frère Préfet. — Dans les internats, le Frère Directeur est secondé, pour la direction intellectuelle et disciplinaire de la maison, par un ou plusieurs Inspecteurs, nommés Frères Préfets '. Le rôle du Frère Préfet est ordinairement celui d'un surveillant général déiudes et de discipline, à moins qu'il ne soit trop absorbé par le professorat, ((.auquel cas le Frère Directeur lui marquera si Lien de quelles parties il sera chargé, qu'il ne puisse jamais survenir de difficultés -. »
A l'égard du Frère Directeur, ses relations sont toutes de déférence et de soumission, de confiance cordiale et de dévouement. Avec lui, il étudie les améliorations à introduire dans les programmes d'enseignement et dans l'emploi des moyens d'émulation.
Il répartit les surveillances entre les professeurs, s'assure qu'ils s'y rendent avec exactitude et il supplée, au besoin, celui qui ne pourrait se trouver à son poste. ((Son premier soin est de s'attacher ses confrères en leur montrant un caractère liant, égal, droite obligeant, doux et sans hauteur... Et
' Conduite })our le^ Pensions, Manuscrit n" 42, p. 6. — - Ihid., p. 10.
s'il n'est pas assez heureux pour dissiper toute divergence de sentiments, il faudra qu'il écarte des pensionnaires jusqu'aux moindres occasions même de la soupçonner... Son exactitude à tous ses devoirs particuliers sera pour ses collègues l'exhortation qui les portera le plus efficacement à remplir les leurs, et sa ponctualité à la règle de la pension les engagera à lui ressembler immanquablement du côté de l'exactitude. Il évitera soigneusement de leur rien faire ou rien dire d'humiliant; il ne parlera d'eux qu'avec estime ; il les verra souvent dans les classes, particulièrement les nouveaux et ceux qui auraient de la peine, pour les aider de ses conseils, les soutenir, les encourager, leur donner de l'autorité autant que de besoin... En toutes rencontres, il se fera un plaisir de leur rendre tous les bons offices qui dépendront de lui... 11 doit les défendre contre des accusations injustes ou déraisonnables... Il ne leur donnera, en présence des pensionnaires, ni dessous ni désaveu... Il n'oubliera pas que si sa place le met au-dessus d'eux dans la direction de la pension, elle ne doit pas moins le mettre au-dessus de leurs petits manquements, s'il leur en échappait contre lui '. >i
Il surveille les élèves au réfectoire, au dortoir, à la chapelle, ])endant les mouvements généraux et les promenades ; il s'assure que la tenue des pensionnaires est convenable quand ils sont demandés au parloir et chaque fois qu'ils sortent de la maison. Toutefois la vigilance qu'il exerce ne dispense nullement les professeurs de leur devoir de surveillants en ces diverses circonstances.
Gomme Inspecteur des classes, il donne et corrige des compositions; il aide les professeurs et le Frère Directeur à faire les examens; avec celui-ci, et selon la mesure qui lui a été prescrite, il partage l'assujettissement de se rendre au parloir lorsque les parents des enfants ont quelques observations à présenter.
Surveillance au réfectoire. — Que les professeurs soient placés, pour prendre leurs repas, à l'extrémité des tables des élèves ou, ce qui est de beaucoup préférable, sur des estrades
* (Conduite pour les Pensions, Manuscrit n" 4"i, p. 10-H.
d'où ils les dominent, ils doivent exercer une active surveillance. Ils la font porter sur la tenue, la politesse et la conduite des enfants à table, et sur la manière dont ils sont servis. Ils n'oublient pas que rien n'échappe aux regards des pensionnaires : le moindre écart, tout défaut de savoirvivre de la part des maîtres, peut provoquer de fâcheux commentaires et nuire à leur autorité.
Surveillance des récréations. — Aux remarques déjà faites à propos des récréations, nous ajoutons les suivantes :
Les classes, les dortoirs, les vestiaires doivent être fermés à clef pendant les récréations. Aucun élève ne peut s'éloigner des cours sans une autorisation spéciale du surveillant ou du Frère Préfet, qui lui remet un cachet ou tickel de circulalion ; et comme il n'y a qu'un seul ticket par division, plusieurs élèves ne quittent jamais le jeu en même temps. Ceux qui ont afîiiire à l'infirmerie, à la lingerie, au magasin d'effets classiques, à la coupe des cheveux, etc., y sont accompagnés par des professeurs.
Surveillance des dortoirs. — Une exacte modestie et un silence absolu doivent être gardés au dortoir ; aucune parole, aucun signe, aucune espèce de dissipation n'y sont tolérés.
Un bon système d'aménagement intérieur peut faciliter la surveillance; mais celle-ci n'est vraiment efficace que par la scrupuleuse exactitude des maîtres à s'acquitter de cette fonction. Ils se placent à un endroit d'où ils peuvent voir l'ensemble du dortoir, et ils ne s'y promènent pas continuellement d'un bout à l'autre, avec une monotone régularité.
Il faut au moins deux maîtres couchant dans le dortoir même, et non dans une chambre vitrée contiguë ; le mieux c'est qu'ils soient trois ou quatre. Leur devoir strict est d'être tous à leur poste pendant le coucher des élèves et de ne pas quitter le dortoir. Us ont soin d'y entretenir la nuit une lumière suffisante.
Kn arrivant, les élèves se mettent à genoux près de leur lit, et le surveillant récite à haute voix l'acte de contrition. En certaines maisons, on ajoute une invocation à la très sainte Vierge, puis une dizaine du chapelet pendant que les élèves
Si' couchent. Le matin, au réveil, on récite lacté d'offrande de la journée.
Dans les grands établissements, les rondes de nuit sont confiées à des veilleurs spéciaux, ce qui n'empêche pas le Frère Directeur ou le Frère Préfet de faire des inspections lorsqu'ils les jugent utiles.
On sait quels inconvénients il y a de réveiller les élèves avant l'heure fixée : les maîtres prennent donc de grandes précautions pour se lever sans bruit et pour ouvrir ou fermer doucement les portes.
Les fenêtres des dortoirs sont garnies de volets, afin que, dans les grands jours d'été, la lumière n'y puisse pénétrer avant le lever des élèves.
Surveillance des visites au parloir. — La surveillance des visites que les élèves reçoivent au parloir incombe surtout au Frère Préfet. Il Veille à ce que les pensionnaires ne s'y rendent qu'à des heures déterminées par le règlement et il s'assure qu'ils y sont demandés par leurs parents ou par quelque personne munie d'une autorisation expresse. La Conduite des Pensions ajoute cette sage recommandation : « Si les élèves étaient demandés par des jeunes gens de leur âge et qui ne fussent pas leurs parents, et que le Préfet (ou le Frère Directeur) ne connaîtrait pas parfaitement, ils pourraient quelquefois se trouver en mauvaise compagnie, ce qui mérite attention '. »
Surveillance des sorties. — Les jours de sortie, le Frère Directeur ou le Frère Préfet délivre les billets de sortie aux élèves qui remplissent les conditions stipulées par le règlement. On ne confie les enfants qu'à leurs parents et aux personnes agréées pour être leurs mandataires ou correspondants. De même qu'un pensionnaire ne saurait sortir seul, il doit être accompagné à son retour ".
■■■ » Les pensionnaires peuvent sortir avec leurs parents fous les quinze jours. Ils seront rentrés avant six heures du soir; s'ils se mettent en retard, ils perdent la sortie suivante... Ils ont demi-congé et promenade le mardi et le jeudi, et récréalion le dimanche, de quatre heures à six... La veille
' Conduite pour Icx Pensions, Manuscrit n° 'i2, p. 25.
On recommandera aux élèves d'avoir, pendant les sorties, une tenue très digne et un langage réservé, de ne pas fumer en public lorsqu'ils sont revêtus de l'uniforme delà maison, et de ne donner lieu à aucun jugement qui leur serait défavorable ''.
La même Conduite, à laquelle nous avons déjà fait bien des emprunts, s'exprime ainsi au sujet de ce que les enfants peuvent rapporter à l'école les jours de sortie : « On doit veiller attentivement afin d'empêcher que les sorties ne soient des facilités pour faire entrer dans la pension des gravures indécentes, de mauvais livres, des romans, des comédies ou des ouvrages suspects pour la doctrine, toujours dangereux par le poison mortel qu'ils renferment *. »
Surveillance des promenades hebdomadaires '. — Dans une certaine mesure, la réputation d'une maison est engagée par la conduite et la tenue des élèves durailt les promenades.
Avant le départ, le surveillant de chaque classe et le Frère Préfet procèdent à une minutieuse visite de propreté et placent les élèves par rangs de trois ''.
Ordinairement, la promenade se compose d'une marche pour atteindre le lieu déterminé d'avance, puis d'un jeu général et animé qui délasse les esprits, excite la gaieté, et en même teriips éloigne les conversations suspectes. Il convient que la marche ne soit ni trop courte ni trop longue, ni trop rapide ni trop lente.
Celui qui conduit la promenade évite les rues tumultueuses,
des sorties et des promonades, le Préfet réunit les maîtres pour s'entendre dans le cas oiî l'on aurait des élèves à retenir. Cette pénitence se donne de temps en temps. » Reglemenl de Saint-Yon.
— Le IVeglement pour les l'eiisionnats, selon les arrélés de i77R, par le F. Af/athon, porte aussi « deux promenades par semaine, mardi et jeudi. »
a « Les pensionnaires auront tellement attention de g-arder en ville les règles de la bienséance et de la retenue, qu'ils ne méritent pas ensuite le refus d'y aller pour y avoir manqué. » Conduite pour les Pensions, p. 26.
'> « Lorsque les jeunes gens sont deux à deux, ils peuvent former des projets, des cabales ; le troisième décompose (fait échouer) tout: ceci est d'expérience... Lorsqu'on voit des jeunes gens qui ont trop d'assiduité ensemble, il faut prendre un prétexte pour les séparer. » Manuscrit n° Ai.
1 Conduite pour les Pensions, Manuscrit n° 42, p. 28.
celles où quelque exhibition aux vitrines des magasins provoquerait de fâcheuses réflexions parmi les élèves, et les endroits qui présentent un danger de quelque nature que ce soit.
Pendant la promenade, chaque professeur se tient auprès de sa classe, mais non pas toujours auprès des mêmes rangs, ïl maintient la bonne humeur, l'entrain, et il suit discrètement les conversations. Pendant les haltes, il veille à ce que les enfants ne dépassent pas les limites assignées pour les jeux et qu'ils ne se dérobent pas à sa vue.
La surveillance ne doit pas s'exercer moins activement après le retour, durant le temps libre qu'il est d'usage d'accorder alors aux pensionnaires.
Les élèves qui, pour des motifs divers, ne participent pas à la promenade, — ce qu'on rend aussi rare que possible — sont attentivement surveillés dans une salle spéciale. En plusieurs établissements on a organisé, pour les enfants faibles ou maladifs, des sorties plus courtes où l'allure de la marche est très modérée.
Lorsque le mauvais temps empêche la promenade, l'aprèsmidi est occupée par un travail libre ou des lectures en classe, et une récréation sous les préaux couverts ; les élèves ne sont jamais abandonnés par leurs surveillants.
 ces conseils relatifs aux promenades, se rattachent ceux qui ont rapport à la surveillance des bains froids. Les responsabilités du maître sont de deux sortes : les unes lui font prendre toutes les précautions utiles pour éloigner les indispositions et les accidents; les autres lui dictent les recommandations et lui font exercer la vigilance qui doivent sauvegardi^r Tordre et les convenances.
Surveillance des grandes promenades. — Vers la fin de Tannée scolaire, il est d'usage d'accorder aux élèves, à titre de récompense, des promenades plus longues que les sorties hebdomadaires : ce sont les promenades des congréganistes, des musiciens, des académiciens, etc. En raison même de la liberté qui donne à ces sorties leur charme spécial, elles deviendraient fort dangereuses pour les âmes, si la surveillance n'y était pas très active. Lorsque le lieu de l'excursion
n'est pas sufiisamment connu, le Frère Directeur a soin d'y aller lui-même d'avance ou d'y envoyer quelqu'un, pour que les professeurs soient instruits de ce qui doit le plus éveiller leur sollicitude. On choisit pour les jeux un endroit bien délimité et suffisamment découvert pour permettre une exacte surveillance. Chaque groupe d'élèves est placé sous la garde de deux maîtres au moins. Enfin, l'organisation matérielle de ces promenades est réglée dans les moindres détails.
Surveillance des relations des élèves entre eux. — Les services du pensionnat sont organisés de manière à éviter, autant (|ue possible, les relations entre élèves de divisions différentes.
La présence simultanée d'internes et d'externes, dans une même classe, facilite les commissions irréguticres : échanges de correspondances, achats de livres, de brochures, d'objets de fantaisie. Le Frère Préfet et les professeurs ont une attention spéciale sur ce point.
Service de la chapelle. — Si l'on n'y veille, tout ce qui sépare les élèves de l'ensemble de leurs condisciples peut leur devenir nuisible. Le service de la chapelle réunit, parmi les enfants de chœur ou dans la chorale, des élèves de classes et d'âges différents : on compose donc ces groupes avec beaucoup de tact ; le professeur qui les dirige s'acquitte de ses fonctions avec dignité, et on lui adjoint, à titre de surveillant, un maître estimé pour son expérience, son tact et sa bonté.
Service des séances récréatives. — Les vrais éducateurs savent quelles inquiétudes morales cause la préparation des aéances récréatives, surtout des séances dramatiques. Le professeur chargé do cette préparation doit toujours être aidé par un surveillant au moins, et tous deux s'eflbrcent de concilier les exigences qu'imposent les rôles à tenir, avec le souci autrement grave de ne point exposer les âmes au péril. Lordrc est de rigueur durant les répétitions, et il ne faudrait .pas hésiter à renoncer au concours même très appréciable d'élèves dont la conduite n'offrirait pas des garanties suffisantes. Pendant les séances, les professeurs exercent sur tous les enfants une active surveillance, dont rien ne doit pouvoir les distraire.
Les séances de projections lumineuses, utiles sous plus d'un rapport, sont très répandues aujourd'hui ; mais elles présentent des dangers spéciaux, en raison de l'obscurité qu'elles réclament. Cette obscurité ne devra jamais être telle que la surveillance devienne illusoire.
Surveillance des salles de leçons particulières. — Les salles oîi se donnent les cours particuliers, les répétitions, les leçons d'arts d'agrément ne sont ni trop à l'écart ni laissées sans surveillance. « Les élèves, dit la. Conduite pour les Pensions, ne seront pas tellement abandonnés à ces maîtres externes, pendant leurs leçons, que les Frères n'aient la précaution de s'assurer de leur conduite pendant ce temps ^ »
Surveillance pendant les congés et Içs vacances. — Les élèves qui ne participent pas à une sortie, sans être toutefois en retenue, sont conduits en promenade sous la surveillance de leurs professeurs.
Il est fort à souhaiter qu'aucun enfant ne reste au pensionnat durant les vacances : les maîtres, aussi bien que les élèves, ont besoin de ce temps de repos. Si des considérations exceptionnelles obligeaient le Frère Directeur à conserver quelques pensionnaires, il aurait soin de les bien faire surveiller, et d'établir un règlement où les heures de travail et les délassements fussent combinés de façon à éloigner le désœuvrement et l'ennui.
La discipline répressive est l'ensemble des moyens dont l'éducateur dispose pour améliorer le caractère de ses élèves, en les corrigeant de leurs défauts.
' Conduite pour les Pensions, Manuscrit n» 42, p. 24,