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M. — OPPORTUNITÉ DE LA RÉPRESSION

De ce que la répression constitue un devoir pour l'éducateur, il ne s'ensuit pas qu'il soit toujours opportun d'y avoir

^ Les Douze Vertus indiquent un quatrième mode de répression : la réprimande. La réprimande étant une punition, et des plus sensibles, nous l'avons rangée dans ce dernier groupe.

' Deuxième Méditation pour le temps de la Retraite. — ^ II Tim., ir,26. — 3 Onzième Méditation pour le temps de la Retraite.

recours à l'égard de tous les délinquants. Il est des manquements qu'il ne faut pas punir ; plusieurs appellent un simple avertissement; d'autres enfin réclament une punition*.

Infractions qu'il convient de ne pas punir. — La punition, étant une peine, ne peut être infligée justement que pour une faute dépendante de la volonté de l'enfant.

Ne punissez donc pas les manquements causés par une ignorance excusable du règlement. Ce n'est pas par des punitions qu'on apprend le règlement de l'école à un élève nouveau, surtout s'il est venu en classe après l'époque où les prescriptions disciplinaires ont été expliquées. Instruisez-le sans retard de ses principales obligations, et enseignez-lui la conduite qu'il doit tenir''.

Ne punissez pas, pour le peu de succès qu'ils obtiennent, les enfants dépourvus de moyens intellectuels, s'ils ont d'ailleurs fait preuve de bonne volonté. Soyez très bon, très compatissant à leur égard : ils sont à plaindre, puisque l'étude n'a pour eux que de pénibles difficultés, a II ne faut pas exiger ce qui est au-dessus de leur portée, ni s'en rebuter, mais faire en sorte qu'ils avancent, les exciter de temps en temps et se contenter du peu dont ils sont capables ^ » Rendez-leur relativement facile ce que vous demandez d'eux, afin qu'ils comprennent, si vous êtes obligé de sévir, que c'est leur indolence, et non leur peu de résultats que vous punissez. Ainsi vous vous attacherez leur cœur et, plus lard peut-être, ils seront les plus reconnaissants de vos obligés.

N exigez pas de l'enfant maladif, qu'afl'aiblissent une croissance pénible ou des infirmités chroniques, la même application ni le même calme que de l'écolier vigoureux. Patientez,

* « On doit bien discerner les fautes qui méritent d'être punies et celles qu'il faut pardonner. D'ailleurs, on ne doit pas imposer la même punition à des fautes involontaires et d'inadvertance, qu'à celles qui sont réfléchies et de malice. » Douze Vertus, p. 11 i.

^ La Conduite pour les Pensions dit : « C'est à l'arrivée d'un nouvel élève qu'il faut lui faire connaître la manière de se comporter partout, lui faire lire les règlements dès les premiers jours, et le mettre de suite à la pratique de tous ses devoirs. »

< Con'hdte (1720). p. 166.

ot rappelez-vous combien est à charge à lui-même celui qui souftVe d'une indisposition, même passagère.

Ne punissez pas un élève pour une faute dont il n'est pas responsable, comme serait une absence dont ses parents vous auraient donné la raison.

Ne punissez pas une faute douteuse : vous vous exposeriez à être injuste et à fermer ainsi une âme à votre action.

Ne punissez pas pour une faute commise à votre égard ; autrement les élèves pourraient voir en vous de la passion, et vous perdriez dans leur estime.

Ne consentez pas à punir un élève pour une faute qu'il a commise dans la famille : ce serait le moyen infaillible de lui faire détester l'école : « Si, dit la Conduite, les parents viennent accuser leurs enfants et demandent qu'on les corrige, il ne faut pas les corriger pour cela.., mais faire entendre aux parents qu'ils les corrigent eux-mêmes ^ » D'ailleurs les parents qui n'ont pas assez d'énergie pour châtier leurs enfants, sont ordinairement les plus prompts à se plaindre de la sévérité des maîtres, même quand ils l'ont provo(iuée.

Les infractions légères qui, chez l'enfant intelligent, naissent du besoin de mouvement et de la vivacité même de son esprit, se corrigent d'ordinaire par le seul regard du maître. Cette joyeuse exubérance se calme avec l'âge en ces natures d'élite, tandis que trop de sévérité les irrite ou les brise*.

Infractions qu'il suffit de réprimer par un avertissement. — Dans la plupart des cas indiqués ci-dessus, l'avertissement

» u Entre les fautes qui doivent être pardonnées, il faut comprendre celles dans lesquelles les écoliers tombent par inadvertance, par ignorance, attendu qu'il n'y a ni malice ni mauvaise intention. Il faut encore observer quel est le caractère de l'écolier, s'il est pétulant ou rassis, si la faute est habituelle ou unique, involontaire ou réfléchie, ou causée subitement par quelque événement extraordinaire. » Conduite en quatre parties. Manuscrit 0° 44, p. 389.

— « Il ne faut pas punir les fautes que l'enfant fait par ignorance, ni celles qui viennent de l'âge et ne tirent pas à conséquence. Un coup d'oeil jeté à propos suffit ordinairement pour le remettre dans le devoir, ou bien on l'avertit par quelque signe, ou on le tient près de soi (on le place dans les premiers bancs), s'il est sujet à se dissiper trop souvent. » Conduite en onze chapitres, Manuscrit n» 40, p. 11.

' Conduite (1720), p. 168.

est salutaire. « Les avertissements pour les fautes ordinaires doivent être fréquents et toujours honnêtes, faits avec bonté et dune manière qui engage à les bien recevoir ; il faut donc éviter de faire penser aux écoliers qu'on est prévenu, de peur qu'en attribuant les avertissements à la prévention, ils ne se défendent par là des défauts qu'on leur fait remarquera »

Faut-il avertir pour chaque infraction légère au règlement, comme sont les manquements passagers à l'exactitude, au silence, au bon emploi du temps ? — Il est habile et opportun de tenir une juste mesure entre la trop grande indulgence, qui ferme les yeux sur toutes les fautes légères, et le rigorisme. qui n'en laisse passer aucune si minime soit-elle, sans la relever de suite par une observation. La répression sage et très modérée des petits manquements maintient la vigueur de la discipline ; elle prévient les fautes graves et empêche les enfants de prendre l'habitude d'un continuel laisser-aller.

L'avertissement peut d'ailleurs se faire par la simple indication de la maxime ou sentence transgressée. Les sentences en usage dans nos classes permettent au maître de faire des avertissements silencieux, qui n'en sont souvent (jue mieux compris.

Fautes qu'il convient de punir. — Ne punissez jamais qu'à regret, après avoir essayé les moyens de persuasion propres à faire sentir à l'enfant sa faute et la nécessité de la réparer. Toutefois, le simple avertissement ne sufht plus lorsque la faute a une réelle gravité ou qu'étant habituelle, elle indique un défaut qui s'enracine. Ces fautes qu'il convient de punir sont la dissipation persistante, le manque ordinaire d'application, la désobéissance, le mensonge, les murmures, l'indiscipline accompagnée ou non d'un manque de respect, les fautes contre la probité et la pudeur '\

a II faut, dit la Conduite de 1720, punir les menteurs pour les mensonges les plus légers... Ceux qui auront dérobé

a « Il y a cinq vices qu'il ne faut point ordinairement pardonner : le me»soBge, les batteries, le larcin, l'impureté et l'immodestie dans l'Église. » Conduite (1720), p. 157.

» Douze Vertus, p. 120.

quelque chose, de quelque peu de valeur que ce soit, seront punis, et si on les remarque sujets à ce vice, ils seront renvoyés de l'école *. » S'agit-il d'un acte public d'indiscipline, d'un accès de colère insolente, on doit imposer une sérieuse réparation : elle est nécessaire à cause du mauvais exemple qui a été donné, et pour la sauvegarde du principe d'autorité. Il en est de même des autres fautes graves que la discipline d'une maison chrétienne ne saurait tolérer. Pour les fautes contre le respect dû au maître, il convient de renvoyer lé coupable à l'Inspecteur, au Frère Préfet ou au Frère Directeur. Les menaces. — « Comme les menaces annoncent la punition, elles doivent être rares. Il ne faut les employer que pour des sujets bien légitimes, et jamais sans avoir examiné auparavant si l'on pourra ou si l'on devra les exécuter*; autrement il faut s'en abstenir, car si l'on en faisait quelques-unes mal à propos, elles deviendraient inutiles et les coupables s'enhardiraient dans leurs fautes par une espèce d'assurance de l'impunité -. »

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