EMPLOI DE LA LUMIÈRE OXYCALCIQUE
Lorsqu’on n’a pas à sa disposition le gaz d’éclairage, on peut le remplacer par l’alcool, qui a l’avantage de donner assez de chaleur, et n’a pas l’inconvénient de faire charbonner la mèche, comme d’autres liquides plus ou moins carburés. Il suffit de diriger un jet d’oxygène à travers la flamme d’une lampe à alcool ordinaire, et de lancer le dard ainsi obtenu sur un bâton de chaux, pour obtenir une vive lumière. La lampe a une forme spéciale représentée par la fig. 8.
Le réservoir A, reporté en arrière de façon â être en dehors de l’appareil, reste toujours froid ; de plus, il est â niveau constant et Æssez grand pour contenir une ' • notable provision d’alcool.
L’oxygène arrive par le robinet D.
Ayant rempli le réservoir, placé une mèche de coton F dans le pofte-mèche, et mis'le bâton de chaux G sur sa broche, on allume la mèehe et l’on fait arriver l’oxygène.
Comme pomf le chalumeau oxhydrique, l’intensité de la lumière est plus .ou moins forte, suivant la façon dont on opère, la mèche étant tirée plus ou moins donnera
Fig. 8.
une lumière plus ou moins vive; la chaux, rendue mobile en desserrant le bouton H, doit être approchée de la mèche jusqu’au contact.
Le réglage du robinet, tout en n’ayant pas ici la même importance que lorsqu’on emploie deux gaz pour produire la lumière, ne doit pas cependant être entièrement négligé ; il faut encore tourner plus ou moins la clé, car l’excès, comme l’insuffisance d’oxygène, empêcherait d’obtenir tout ce que le chalumeau peut donner. Avant d’allumer la mèche, il est bon de verser dessus quelques gouttes d’alcool, afin de bien l’imbiber et d’éviter qu’elle ne se carbonise au moment de l’allumage.
11 "ne faut pas oublier non plus que le chalumeau oxycalcique doit être disposé horizontalement : car, si l’appareil était penché en arrière, l’alcool n’arriverait plus à la mèche en quantité suffisante.
Par contre, si l’instrument est incliné en avant, l’alcool s’échappe par le porte-mèche.
On peut, il est vrai, munir les chalumeaux d’une articulation permettant de les ramener à la position horizontale, quelle que soit l’inclinaison de l’appareil.
Il existe des chalumeaux à deux ,,fms, construits de manière à servir à volonté pour l’une ou l’autre de ces deux espèces de lumière.
Dans le cas où on fait usage de Id lumière oxycalcique, le sac contenant l’oxygène doit être notablement moins chargé que pour la lumière oxhydrique.
APPENDICE : PRÉPARATION DE l’oXYGÈNE
Il existe plusieurs moyens de se procurer l’oxygène, nous nous contenterons d’indiquer celui par le chlorate de potasse, qui nous paraît le plus simple et le plus écomique.
L’appareil avec lequel se prépare l’oxygène est composé de deux pièces principales : la cornue A (fig. 9), en fonte; et le laveur F, que nous fabriquons maintenant en métal, car nous avons renoncé depuis longtemps aux laveurs en verre, qui, en réalité, ne présentent aucun avantage et ont l’inconvénient d’être fragiles.
La fig. 9 représente la disposition de l’appareil. On voit dans le haut de la figure le sac prismatique destiné à recevoir le gaz.
Les sacs sont de deux grandeurs : le sac de 125 litres, pour une séance de 3/4 d’heure à 1 heure, et celui de 250 litres lorsque la séance doit durer 1 h. 1/2 ou 2 heures.
Les sacs sont de prix très différents, selon le mode de fabrication. Les sacs du prix le plus élevé sont plus solides et résistent à un plus long usage.
Nous croyons devoir ajouter que les sacs deviennent parfois assez durs, lorsqu’ils sont restés longtemps exposés au froid sans servir. Il suffit, pour leur rendre leur souplesse primitive, de les disposer, pendant quelques heures, à deux ou trois mètres d’une cheminée ou d’un poêle, ou bien de verser à l’intérieur quelques litres d’eau à une température d’environ 40°. Nous avons
ainsi ramené à leur état primitif des sacs qui n’avaient pas servi depuis une dizaine d’années *.
Pour remplir un sac de 250 à 270 litres, il faut i kilogramme de chlorate de potasse et 1 kilogramme de peroxyde de manganèse, ce dernier ayant été préalablement calciné.
1. Pour protéger les sacs contre les frottements extérieurs il it bon de les recouvrir d’une housse en toile forte.
Il est bien entendu que, pour remplir un sac d’une capacité moitié moindre, la quantité de produits sera également moitié.
Les produits ne doivent pas être mis l’un après l’autre dans la marmite; mais au contraire, mélangés d’avance. A cet effet, on les verse sur une feuille de papier, où il est facile, à l’aide d’un couteau de bois, d’effectuer ledit mélange.
Les produits étant dans la marmite, on coule dans la rigole du plâtre à mouler, gâché, ni trop liquide, ni trop épais ; on met en place le couvercle G, dont le tour doit être pareillement plâtré.
. Au bout d’une demi-heure environ, c’est-à-dire quand le plâtre est bien sec, la marmite est prête à être chauffée.
Au tuhe D de la marmite s’adapte un tube de caoutchouc E, dont l’autre extrémité se fixe à la tubulure du laveur F. Sur cette tubulure, se trouve écrit le mot ENTRÉE. A l’autre tubulure portant le mot sortie, s’adapte le tube de caoutchouc G, dont l’autre extrémité doit être chaussée plus tard sur le robinet du sac.
On remplit à moitié avec de l’eau du laveur F, dans la grosse tubulure duquel on introduit un tube en verre H, traversant un bouchon de liège ou de caoutchouc.
Pour purifier complètement l’oxygène, il est hon de faire dissoudre un peu de potasse dans l’eau du laveur ou d’y metlre de la chaux en poudre.
Le tout étant ainsi disposé, on allume le feu sous la marmite; ce feu peut être entretenu, soit avec du charbon de bois, soit même avec de petits fagots, ce qui est préférable, parce que la flamme du bois peut envelopper la marmite. Un chauffage au gaz d’éclairage pouvant être modéré à volonté, est aussi d’un très bon emploi, et, si l’on a le gaz à Sa disposition, on ne devra pas hésiter
à s’en servir. Il nécessite, à la vérité, l’emploi d’un petit fourneau spécial, mais qui présente l’avantage de n’exiger que peu de surveillance, une fois l’opération mise en train.
Aussitôt que l’influence de la chaleur se fait sentir, on entend un barbotement dans le laveur; c’est le gaz qui commence à se dégager.
On laisse perdre la première partie du gaz qui se dégage, car elle emporte l’air qui se trouvait à l’intérieur de l’appareil. Au bout de quelques instants, lorsque le barbotement devient plus rapide, on essaye le gaz au bout du tube G, en présentant à l’orifice du tube une allumette éteinte, mais encore en ignition; elle doit se rallumer aussitôt, si le gaz qui sort du tube est de l’oxygène pur.
Dès que la pureté de l’oxygène a été constatée, on adapte le tube G au robinet du sac, en ayant soin de tenir ce robinet ouvert, ce qui est facile à constater par la position de la clé. Quand elle est en travers, le robinet est fermé; c’est le contraire qui a lieu quand elle est en long.
On continue à entretenir le feu, et l’opération suit son cours.
Au bout d’environ trois quarts d’heure, le barbotement se ralentit et cesse assez brusquement.
Il faut à ce moment fermer le sac, qui est alors plein et retirer immédiatement le tube E de la marmite.
Lorsque la marmite est refroidie, on enlève le couvercle et, avec le premier morceau de fer venu, on détache le résidu qui s’y trouve. Ce résidu ne doit pas être jeté, ' car il y aura lieu d’en faire emploi, comme on le verra plus loin.
Pendant l’opération, n’oublions pas de faire remarquer que le laveur doit être placé plus bas que la mar-
mite et que le sac doit, au contraire, être tenu plus élevé.
Quand l’appareil est monté, il est bon, avant de commencer, de souffler au travers des tuyaux, afin de s’assurer qu’ils sont libres de tout obstacle.
Remarque. Nous recommandons d’employer du peroxyde de manganèse, préalablement calciné et en grains plutôt qu’en poudre, parce que le peroxyde de manganèse, tel qu’on le trouve dans le commerce, contient presque toujours des impuretés, telles que du cbarbon, de la paille, de petits morceaux de bois et d’autres produits végétaux, qui ont l’inconvénient de produire une combustion dans la marmite et, par suite, de faire manquer l’opération.
Il faut donc, lorsqu’on fait un nouvel achat de peroxyde de manganèse, le calciner avant de l’employer, ce qui est facile. On le dispose, à cet effet, sur une plaque de tôle ou dans une poêle à frire, et on chauffe. Cette calcination ayant pour objet de détruire toutes les matières organiques qui peuvent s’y trouver, il faut chauffer assez fortement pour rougir la plaque, et la maintenir dans cet état pendant un quart d’heure environ.
Un résidu provenant d’une opération précédente, a l’avantage de ne pas contenir ces matières. On peut donc s’en servir de nouveau ; mais auparavant, il faut le laver à grande eau et le faire sécher complètement.
Quand on vide la marmite, le mieux est de jeter le résidu dans un seau en bois plein d’eau ou dans un vase de terre, mais non dans un vase de métal. On le laisse séjourner dans l’eau pendant quelques heures, puis on rince une ou deux fois, en changeant cette eau ; enfin, on étend le résidu au soleil ou devant le feu pour le sécher complètement. Il faut éviter avec soin qu’aucun Corps étranger ne vienne se mêler au résidu pendant
qu’il Sèche. Ce résidu peut ainsi servir indéfiniment.
Le manganèse calciné n’agit que comme corps inerte, servant à diviser le chlorate de potasse. 11 rend la répartition de la chaleur plus égale; mais il n’est pas d’une nécessité absolue que les deux produits soient mélangés par parties égales : pour un kilogramme Je chlorate par exemple, on peut n’employer que SOO, 600 ou 700 grammes de peroxyde de manganèse, mais alors la décomposition se fait moins régulièrement.
Dans le cas où l'on opérerait sur un mélange contenant une faihle proportion de peroxyde de manganèse, il faudrait conduire le feu plus lentement. Le chauffage au gaz, très hon pour les préparations de ce genre, devient excellent en cette circonstance, puisqu’on peut à volonté donner plus ou moins de flamme.
11 faut avoir soin d’employer le chlorate de potasse en paillettes ou en cristaux et de ne pas le réduire en poudre; sans cela, on s’exposerait à un dégagement de gaz trop violent.
Avant de mettre le sac en communication avec 1 appareil, il est hon de le rouler très serré sur lui-même, le robinet restant ouvert ; on chasse ainsi l’air qui peut se trouver à l’intérieur et qui nuirait à la qualité de l’oxygène. Cette précaution est surtout indispensable lorsque le sac a été rempli précédemment d’hydrogène. Du reste, il est préférable de ne pas se servir du même sac pour y mettre successivement l’un ou l’autre de ces deux gaz. Si on y était obligé par les circonstances il faudrait, au préalable, gonfler le sac d’air, puis le vider complètement avant d’introduire le nouveau gaz.
Pendant la préparation de l’oxygène, il faut éviter de laisser refroidir l’appareil, même un seul instant.
En effet, ce refroidissement déterminerait une condensation du gaz et ferait remonter l’eau du laveur dans
l’intérieur de la cornue. L’eau, en contact avec les produits en fusion, serait décomposée, et il pourrait en résulter un accident.
Un fait de ce genre nous ayant été signalé, nous croyons devoir appeler l’attention du lecteur sur ce détail. Cette possibilité d’accident nous avait frappé il y a bien des années. Aussi avions-nous conseillé, à une certaine époque, de placer entre le laveur et la cornue, un laveur sec ne contenant pas d’eau. Si l’absorption vient à se produire, l’eau passe dans le laveur sec et ne peut pas remonter dans la cornue, les tubes du laveur de sûreté étant disposés à cet effet.