‹ Encyclopédie chimique. Tome IV.- Analyse chimique. Méthodes analytiques appliquées aux substances agricolesChapitre 122 sur 285 · I. — ANALYSE DES TOURTEAUX · texte numérisé non relu

I. — ANALYSE DES TOURTEAUX

On donne le nom de tourteaux aux résidus solides que Ton obtient des graines ou des fruits oléagineux, après qu’on en a retiré l'huile par expression. Les tourteaux considérés au point de vue alimentaire sont analysés comme les graines ; on y dosera l’humidité, l’azote, la matière grasse, l’amidon; dans certains cas, la cellulose sous ses différentes formes, et, si le tourteau doit être employé comme engrais, on recherchera dans les cendres l’acide phosphorique et la potasse.

Nous n’insisterons pas sur les procédés déjà passés en revue, mais il y a un autre point de vue qu’il faut fréquemment envisager. Les tourteaux sont fréquemment constitués en tout ou en partie par des résidus nuisibles en raison de leur provenance ou des altérations qu’ils ont subies depuis leur fabrication.

L’examen microscopique fournira des indications utiles, on recherchera l’amidon, qui n’existe pas dans tous les tourteaux; il faudra souvent désagréger les fibres avec de l’acide azotique ou de la potasse concentrée.

Nous énumérerons ici les principaux tourteaux alimentaires ; il est nécessaire de faire remarquer que certains tourteaux ne conviennent qu’à l’alimentation de quelques animaux et sont nuisibles pour d’autres.

Tourteaux d'arachides. — Les plus estimés nous viennent du Sénégal; on connaît deux espèces de tourteaux d’arachides, les tourteaux bruts et les tourteaux obtenus avec des graines décortiquées. Lorsque les graines qui ont servi à leur préparation sont altérées, les tourteaux possèdent un goût qui répugne aux animaux.

Le tourteau d’arachides décortiquées de bonne qualité est blanc jaunâtre, le tourteau brut est jaune rougeâtre ; quand on les pulvérise grossièrement, ils se divisent facilement dans l’eau. Les mauvais tourteaux sont plus foncés et se prennent en grumeaux dans l’eau. Dans les tourteaux d’arachides on retrouve de l’amidon en ajoutant de l’iode; ce sont presque les seuls tourteaux de graines oléagineuses qui renferment de l’amidon en quantité appréciable.

On peut juger de la valeur d’un tourteau d’arachides et de son degré d’altération

en le délayant dans l’eau et en ajoutant quelques gouttes d’iode dissous dans l’iodure de potassium. Les tourteaux frais donnent une teinte franchement bleue, tandis que les tourteaux altérés donnent une teinte verdâtre sale, due sans doute à l’altération de l’amidon.

On a observé dans les tourteaux d’arachides des moisissures comme l’Aspergillus flavus et l’Aspergillus niger. La première de ces moisissures s’observé, après quarante-huit ou soixante heures de repos, à la surface de l’eau, quand on délaye la farine de tourteau, avec très peu d’eau;. la seconde se trouve par le même procédé, sur les parties sèches de la farine. Quelques mucors comme le Mucor stolonifer et le Mucor circinellus se trouvent aussi dans les tourteaux d’arachides.

Tourteaux de sésame. — La graine de Sésame (Sesamum indicum) est cultivée dans l’Inde, en Chine, au Japon; cette semence a une couleur variable, blanche, marron ou noirâtre et quelquefois les graines différemment colorées sont mélangées. On distingue le tourteau de sésame blanc, et le tourteau de sésame plus ou moins coloré.

Les tourteaux de sésame renferment rarement des graines étrangères ; ils ne doivent pas, avec l'iode, donner la réaction bleue de l’amidon.

Tourteau de coprah ou de coco. — Le coprah est l’amande du fruit du cocotier qui nous vient d’Afrique. Son tourteau est jaunâtre, farineux, assez friable, sa masse est homogène et sa cassure granuleuse.

Tourteaux de palmiste. — Il provient de l’amande d’un coco produit par un palmier (Liais guineensis). Cet arbre croît en Guinée et en Guyane. On reçoit en Europe l’amande décortiquée ; le tourteau qui reste, après expression de l’huile, est considéré comme le plus mauvais ; il est très friable, presque toujours en poudre jaune qui ressemble à du sable.

Tourteaux de coton. — Les graines du cotonnier nous viennent principalement d’Amérique et des Indes. Le tourteau, lorsqu’il est récent, est vert (plus tard, il devient brun ou noirâtre), présente dans sa contexture une plus ou moins grande quantité de brins de coton et les débris noirâtres de l’épisperme.

On distingue : 1° les tourteaux de coton du Levant ou d’Alexandrie,, dans lesquels on ne trouve pas de brins de coton, ce sont les meilleurs ; 2° les tourteaux de coton cotonneux, qui contiennent beaucoup de ces débris. En Angleterre, on trouve des tourteaux de graines décortiquées et de graines non décortiquées. La valeur de ce tourteau, très employé en Angleterre pour l’alimentation du bétail, est fixée surtout par son état de fraîcheur et par l’absence d'organismes pouvant en déterminer la décomposition. On ne doit pas, avec la solution d’iode, observer la coloration bleue de l’amidon. Le testa de cette graine est formé de cellules en palissades caractéristiques et très visibles au microscope avec un grossissement de 200 diamètres. Il faut en même temps s’assurer de l’absence des brins filamenteux de coton.

Tourteaux de cameline. — La eameline (Myâgrum sativum) est cultivée dans

Je Nord. Ce tourteau, lorsqu’il est frais, est rouge jaunâtre, il est assez friable et exhale une odeur d’ail assez prononcée. Il n’a pas une grande valeur.

Tourteaux de colza. — Le colza (Brassica oleracea campestris) est cultivé en Angleterre, en Belgique, en Hollande et dans le nord de la France. La couleur du tourteau est brun verdâtre, chiné jaune noir et rouge; il est mince et assez friable, son odeur rappelle un peu celle de l’huile de colza. Le tourteau exotique est dur, cassant, à cassure granuleuse fine. Les tourteaux mélangés de graines étrangères sont noirs; ils sont quelquefois falsifiés avec de la graine de moutarde.

Tourteaux de navette. — Toutes les graines de navette donnent une huile semblable. Le tourteau de navette est mince, assez friable, à cassure grenue, de couleur jaune verdâtre, parsemé de nombreux points noirs.

Tourteaux de lin. — Le tourteau de lin est un des plus estimés : il est brun

Fig. 63.

A Tourteau de semences de lin. — B Tourteau de chènevis. — C Tourteau de semences de navette-

rougeâtre; on distingue facilement dans sa cassure les débris rougeâtres de l’épisperme enchâssés dans une gangue jaunâtre. On remarquera au microscope les cellules quadrangulaires de l’épisperme. Le prix élevé des tourteaux de lin a tenté les

fraudeurs ; on trouve souvent des tourteaux de colza mélangés au tourteau de lin. On peut se rendre compte de cette falsification de la manière suivante : on délaye du tourteau de lin avec de l'eau chaude et on laisse déposer. Il se forme une seule couche et le liquide qui surnage est incolore et ne subit aucun changement de coloration par l’addition de potasse on de soude. Le tourteau de colza traité de la même manière se dépose en deux couches, la couche inférieure de pellicules, d'un rouge brun foncé, occupe le fond du vase ; on observe au-dessus une poudre de couleur jaune comme celle de la farine de pois; le liquide qui surnage possède une teinte ambrée. On étend le liquide avec de l’eau pour faire disparaître cette coloration ; l’addition de potasse fait réapparaître la coloration jaune. Il est possible ainsi de trouver 5 pour 100 de colza dans le tourteau de lin.

L’huile des crucifères renferme, comme l’on sait, une certaine quantité de soufre. M. Mailhe a proposé une méthode qui permettrait de caractériser la présence du colza dans les tourteaux de lin. On fait bouillir, pendant quelques minutes, 5 grammes de l'huile* extraite du tourteau au moyen de l’éther, avec 0»r,2 de soude en solution alcoolique; on ajoute quelques centimètres cubes d'eau, on filtre sur un filtre mouillé et dans la liqueur on plongera un papier imbibé d’acétate de plomb ou d’azotate d’argent. Le papier noircira si on a ajouté au tourteau des graines de crucifères.

La figure 63 montre l’aspect que présentent au microscope des coupes de tourteaux de lin et des tourteaux de chènevis et de navettes, qui y sont souvent mélangés.

Tourteaux de mais. — Ce tourteau est blanc, dur, rugueux dans sa cassure, présentant de nombreux points jaunâtres, l’ougeâtres ou violacés suivant la couleur de la graine. On leur donne souvent la forme d’un disque de 40 centimètres de diamètre.

Tourteaux nuisibles à l'alimentation. — On certain nombre de tourteaux sont regardes comme nuisibles à l’alimentation, ce sont :

Les tourteaux d’amandes amères et de fruits à noyaux. — L’amygdaline que renferme ces tourteaux réagit sur l’émulsine, qui en fixant de l’eau donne de l’essence d’amandes amères et de l’acide cyanhydrique.

Les tourteaux de belladone, qui retiennent tous les principes narcotiques de cetfè plante. Ils sont très dangereux.

Tourteaux de moutarde noire ou blanche. — Ce tourteau peut renfermer de l’essence de moutarde qui est très irritante. On peut rechercher qualitativement la présence de l’essence de moutarde de la manière suivante : il suffit d’introduire un peu de tourteau en poudre dans un flacon bien bouché, d’agiter avec de l’eau et d’abandonner le tout pendant quelques heures ; au bout de ce temps on verse un peu d'eau chaude dans le flacon et l’on reconnaît facilement l’essence à son odeur vive, pénétrante et désagréable.

Tourteaux de pignons d'Inde. — Ils sont dangereux parce qu’ils renferment de l’huile de croton et des principes âcres comme la crotonine et la curcasine.

Les tourteaux de ricin sont vénéneux, ils sont encore plus nuisibles que les semences, qui sont excessivement purgatives.

On ne falsifie pas très couramment les tourteaux. Il faudra avant tout, si l’on n’a pas affaire à un échantillon suspect, en déterminer la valeur alimentaire par les procédés de l’analyse des fourrages énumérés plus haut.

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