PROPRIÉTÉS COMMUNES DES HUILES
Les huiles sont toutes légèrement colorées en jaune ou en brun. Leur odeur
faible, sauf celle des huiles de poisson qui sentent fortement l’animal duquel on les a extraites.
Celles dont nous venons de faire l’énumération sont toutes liquides à la température ordinaire, moins l’huile de palme. Leur densité varie de 0,90 à 0,93.
Les huiles tachent le papier, le rendent transparent sans que la chaleur fasse perdre cette transparence. Elles s’incorporent facilement aux corps poreux avec lesquels on les met en contact. Elles sont insolubles dans l’eau et très peu solubles dans l’alcool, sauf les huiles de ricin et de croton qui s’y dissolvent en proportion sensible. L’éther les dissout facilement, ainsi que le sulfure de carbone, la benzine, les pétroles. Les huiles sont neutres au papier de tournesol, sauf l’huile de baleine qui est acide.
L’air les rend acides en leur communiquant une saveur âcre et désagréable. L’action de l’oxygène est d’abord lente ; elle fait perdre aux huiles leur couleur et une partie de leur fluidité ; en même temps leur densité augmente.
Les moyens employés pour caractériser les différentes huiles sont, soit physiques, soit chimiques :
1° Moyens pkysiqucs. — Les plus usités sont basés sur la densité.
Les aréomètres proposés pour distinguer les huiles grasses prennent le nom d’oléomètres. L’alcoomètre de Gay-Lussac peut également servir pour ces déterminations. On prend l’eau pour unité ; -c'est l’acide oléique qui a la plus faible densité et l’huile de ricin la plus forte, toutes les autres huiles sont comprises entre ces deux limites extrêmes.
Oléomètre à froid de Lefebvre. — 11 a la forme d’un aréomètre ordinaire, seulement le réservoir cylindrique est grand et la tige est très longue. Elle porte une échelle qui commence à 00, indiquant 9.000 (le premier et le dernier chiffre ont été supprimés à cause du manque de place) et se termine au degré 9400 marqué 40. En face de la densité sont inscrits les noms des huiles, avec une couleur se rapprochant de celle que prend chaque espèee sous l’influence de l’acide sulfurique (Heydenreieh).
L’oléomètre a été gradué à -+- 15° ; les essais doivent donc être faits rigoureusement à cette température, car la densité des huiles varie avec cette dernière. Lorsqu’on opère à une température différente de 4- 15°, la différence dans la densité est de 0,001 en plus ou en moins pour 0°,5 au-dessous ou au-dessus de H- 15°.
D’autres oléomètres ou densimètres ont été construits après celui de M. Lefebvre, mais le principe de l'emploi est toujours le même.
M. Pinchon a fait construire un aréomètre thermique, disposé de telle façon qu’il y a toujours concordance entre les degrés indiqués par l’aréomètre et celui que marque un thermomètre placé dans son intérieur ; mais il faut pour chaque espèce d'huile un aréomètre spécial.
L’instrument se compose d’un grand aréomètre ayant une tige graduée longue, mince et plate, portant des graduations liées à celle du thermomètre. On y trouve inscrites les densités du liquide aux différentes températures. La tige se rattache à un gros flotteur qui se termine par une boule contenant du lest. Au-dessus de
celui-ci, dans l’intérieur du flotteur se trouve un petit thermomètre dont la tige recourbée s’applique contre la paroi interne du flotteur.
Pour faire l’essai, on plonge l’aréomètre dans l’huile. Au bout d’un quart d’heure à une demi-heure, le thermomètre a pris la température du liquide dans lequel il est plongé. En même temps l’aréomètre s’enfonce à un point déterminé ; on fait "alors les deux lectures, les chiffres obtenus doivent être concordants si l’huile est pure. Ainsi l’aréomètre marquant 12° par exemple, le thermomètre doit également marquer 12°; si l’un marque 12 et l’autre 14, l’huile ne peut pas être regardée comme pure. Chaque huile doit avoir son aréomètre spécialement gradué pour son usage, et qui ne peut servir que pour la constatation de la pureté de l’huile à l’intention de laquelle il a été construit.
Procédé oléométrique de M. Donny. — Ce procédé consiste à colorer l’huile à essayer d’un peu d’orcanette ou de coralline et à en porter avec précaution une goutte, au moyen d’un tube effilé, au milieu d’une certaine quantité d’huile type contenue dans une éprouvette à pied. Suivant que cette goutte reste stationnaire, s’élève ou descend, on en conclut que sa densité est égale, inférieure ou supérieure à celle de l’huile à laquelle on la compare.
La connaissance du poids spécifique d’une huile, pris par les moyens précédents ou encore par la méthode ordinaire du flacon, peut aider à en établir la nature; mais on doit toujours compléter ces indications, données par la densité, par les autres caractères physiques et surtout par les réactions chimiques, dont nous donnons plus loin la description.
Congélation. — Le point de congélation des huiles est variable avec leur nature. On peut donc en tenir compte dans la détermination des huiles, mais c’est un caractère qui manque en général de netteté. Souvent quelques amas cristallins ïse forment, d’autres fois la masse entière se prend. Ce sont les proportions relatives de graisse liquide et de graisses concrètes qui influent sur le dépôt de matières solides.
Chaleur dégagée au contact avec l’acide sulfurique. — M. Maumené, M. Fehling, ont remarqué que lorsqu’on mélange de l’huile avec de l’aeide sulfurique, le liquide s’échauffe d’une façon différente, selon l’huile employée. On peut mettre à profit cette variation de température pour reconnaître dans une certaine mesure la pureté des huiles du commerce.
Les huiles siccatives s’échauffent bien plus que les huiles non siccatives.
Yoici comment on opère : on note la température de l’huile et celle de l’acide, on pèse 50 grammes d’huile (Maumené) et on ajoute 10 centimètres cubes d’acide sulfurique à 66° Baumé, on les mêle en agitant vivement avec un thermomètre sensible et on observe l’élévation maxima de la température.
M. Fehling n’emploie que 15 grammes d'huile et la même proportion d’acide sulfurique.
2° moyens chimiques. — Les moyens chimiques employés pour reconnaître les huiles sont nombreux; nous n’indiquerons que ceux qui nous paraissent avoir
la plus grande valeur et qui, par leur réunion, permettent de déterminer la nature des huiles et d’indiquer avec une précision suffisante les fraudes dont les différentes huiles grasses sont l’objet.
Procédés Poulet et Boudet. — En 1819, M. Poutet proposa, pour reconnaître la pureté des huiles d’olive, l’emploi d’une solution acide de mercure dans l’aeide azotique.
Préparation du réactif. — On fait dissoudre 6 parties de mercnré dans 7,5 parties d’acide azotique à 55° Baumé, on met le tout dans un flacon bien bouché que l’on agite. On ne doit se servir que du réaclif récemment préparé.
Mode d'emploi. — On place l’huile dans dans un flacon avec 1/12 de son poids du réactif, on agite vivement le mélange pendant quelques instants, de dix à dix minutes, pendant deux heures. On porte ensuite le flacon dans un endroit frais (température d’environ 10°) ; sous l’influence du réactif, l’huile s’épaissit et se concrète dans un temps variable avec la nature de l’huile : on peut donc se servir de ce fait pour caractériser les huiles. L’huile d’olive est celle qui se concrète le plus rapidement; le temps nécessaire à la solidification est d’une heure quatre mi- . nutes ; l’huile de chènevis demande pour acquérir la même consistance onze heures trente-six minutes : ce sont les deux extrêmes.
Vingt-quatre heures après l’emploi du réactif, toutes les huiles sont solidifiées ; on observe alors l’aspeet de la masse qui est soit grenue, soit unie, et la coloration. Toutes ces observations peuvent fournir des indications utiles.
M. Boudet a reconnu que le réaetif Poutet agissait surtout par l’acide hypoazotique produit, Comme le réactif devait être récemment préparé pour donner de bons résultats, il a conseillé l’emploi d’un mélange d’acide hypoazotique et d’acide azotique dans la proportion de 1 d’acide hypoazotique pour 5 d’acide azotique à 55° Baumé (en poids). On évite ainsi les longueurs d’une nouvelle préparation avant chaque essai.
On agite 2 ou 5 parties du mélange avec 1 00 parties d’huile, et on opère comme précédemment pour l’essai et les observations.
Nous indiquerons dans le tableau général des réactions les résultats obtenus par le procédé Poutet ainsi modifié.
Acide azotique. — M. Diesel a marqué l’acide azotique comme réactif des huiles; cet acide en effet les colore diversement; voici comment il convient d’opérer : sur une palette en porcelaine, ou dans de petites capsules on-dépose 10 à 20 gouttes de l’huile à essayer et on y ajoute 4 ou 5 gouttes d’aeide nitrique à 35°. On agite avee une baguette et on observe, immédiatement après, les coloratious produites.
Nous décrirons plus loin un autre mode d’emploi de l’acide azotique pour la production de réactions colorées.
Colorations par l'acide sulfurique. — L’acide sulfurique colore différemment et donne des caractères très tranchés. C’est sur cette action que sont basés différents
procédés colorimétriques d'une valeur très grande au point de vue de la reconnaissance des huiles et de la constatation de leur pureté, procédés qui ne varient que par les proportions d’acide employé.
Procédé Heydenreich. — On place au moyen d’un agitateur ou d’un comptegouttes 8 à 10 gouttes d’huile sur un verre de montre reposant sur du papier blanc; sur cette huile, oh dépose une goutte d’acide sulfurique à 66° et on observe ce qui se produit au contact de deux liquides, puis on agite avec une baguette de verre et on observe de nouveau.
M. Persot indique 20 gouttes d’huile pour une d’acide et opère dans de petites capsules de porcelaine.
Nous avons reconnu que les meilleurs résultats nous ont été donnés par l’emploi de 30 gouttes d’huile pour 8 gouttes d’acide sulfurique. L’intensité de la réaction se manifeste aussitôt et atteint son maximum au bout de 6 ou 7 minutes; e’est à ce moment qu’il convient d’observer le résultat de la réaction.
Comme dans toutes ces réactions colorimétriques il faut opérer comparativement, le mieux est de faire l’opération sur une palette en porcelaine blanche, dans laquelle sont pratiqués des creux en forme de godet.
Méthode de M. Garola. — Sur une assiette on fait tomber -13 gouttes d’huile qui forment un cercle de la grandeur d’une pièce de deux francs. On dépose au centre, avec un agitateur, une goutte d’acide sulfurique monohydraté; on observe, jusqu’à ce que la coloration ne change plus (1). On mélange le tout et on observe encore (2) ; puis on ajoute 5 nouvelles gouttes d’acide, on mélange bien et on observe une troisième fois (3).
Ces trois observations, faîtes comparativement avec des huiles de nature connue, fournissent des indications utiles, surtout l’observation (3).
Dans l’observation (1), les faits les plus saillants sont la couleur de la place où tombe l’acide, la couleur que prend la zone qui l’entoure, et la présence ou l’absence d’une auréole colorée, floconneuse, entourant le tout. Dans la liste des caractères généraux, nous indiquerons ces réactions par les numéros (1), (2), (3).
Action des alcalis. — M. Fauré a indiqué l’ammoniaque pour reconnaître la pureté des huiles. Il examine la couleur produite, la consistance et l’aspeet de la matière. On opère sur une partie d’ammoniaque pour 10 parties d’huile 'en poids.
M. Crace Calvert emploie la soude à l’ébullition. On mélange intimement 5 volumes d’huile et 1 volume de soude à 1 ,34 de densité, on chauffe à l’ébullition, puis on examine la coloration et la rapidité de la solidification. Cette réaction a une certaine valeur pour reconnaître la nature des huiles.
Pour terminer l’examen des réactions générales, il faut encore décrire les procédés Cailletet, Audoynaud et Levallois.
Procédé Cailletet. — M. Cailletet a indiqué plusieurs procédés de recherche des falsifications des huiles grasses. Nous indiquerons celui qui nous a paru donnerJes meilleurs résultats, avec les modifications que nous avons trouvées les plus avanta-
geuses. Il est basé sur la coloration que l’acide nitrique chargé d’acide nitreux donne aux huiles avec lesquelles on le mélange.
Préparation du réactif. — 5 grammes de mercure sont traités par 100 centimètres cubes d’acide azotique à 56° Baumé dans un flacon de verre, bouché à l'émeri et presque entièrement rempli. Le mercure se dissout peu à peu et la liqueur prend une belle teinte verte. Avant de s’en servir, .on agile pour la rendre homogène.
Mode opératoire. — Dans un tube à essai d’environ 0m01 de diamètre sur lequel on a fait à l’encre une graduation approximative correspondant l’une à 4 centimètres cubes, l’autre à 7 centimètres cubes, on verse 4 centimètres cubes d’huile et on ajoute ensuite 3 centimètres cubes du réaclif ;, on bouche le tube avec un doigt par l’intermédiaire d’une lame de caoutchouc et l’on agile vivement pendant environ un demi-minute. Le tube est aussitôt plongé dans l’eau froide pour diminuer réchauffement; au bout de peu de temps, les deux liquides se séparent, l’huile vient surnager à la partie supérieure. On fait une première observation au bout d’une demi-heure environ et une seconde le lendemain.
La première observation coïncide avec la séparation des liquides. L’huile vient surnager avec des colorations diverses, celle de l’huile d'olive est d’un beau vert pur, celles des autres huiles de graines d’un vert sale, allant jusqu’au brun. La présence d’huiles donnant des teintes brunes, dans l'huile d’olive, se découvre ainsi par l’altération de la teinte vert pur dont nous avons parlé.
La deuxième observation s'effectue lorsque la masse huileuse s’est concrétée; elle prend alors, suivant la nature de l’huile, ou suivant celle des mélanges, une coloration allant du blanc pur au jaune et au brun. Cette seconde observation doit servir h confirmer et à compléter la première.
Procédé à l'acide nitrique. — L’acide nitrique à 36° Baumé peut également être employé comme réactif des huiles; le mode opératoire est absolument le même que pour le réactif de Cailletet. Pour certaines huiles, les différences sont encore plus sensibles. Suivant la nature des huiles la teinte devient gris très clair, ou gris plus plus ou moins foncé, ou même brune.
Procédés Audoynaud. — M. Audoynaud a donné deux procédés comparables aux précédents tant pour la sensibilité que pour le mode opératoire.
1° Dans un tube h essai de 0m15 de long et de 0m015 de diamètre, divisé en centimètres cubes, on met 2 centimètres cubes d’huile et 0*rl de bichromate de potasse en poudre ; on agite afin de mélanger les deux corps, mais sans fermer le tube avec le doigt; on ajoute 0CC3 d’aeide sulfurique pur à 66° Baumé. On agite de nouveau et on abandonne au repos pendant quelques minutes. Puis on verse de l’alcool amylique jusqu a la division 5, correspondant à un volume total de 5 centimètres cubes ; on mélange de nouveau et on laisse reposer quelques instants encore, puis on ajoute de l’eau jusqu’à la division 10 (volume total 10 centimètres cubes). La solution alcoolique se sépare, elle est un peu trouble et ne s’éclaircit que lentement.
Après 24 heures, elle est devenue limpide et les colorations 'sont alors apparentes et caractéristiques.
2° Pour opérer plus vite, M. Audoynaud a indiqué un second procédé qui donne des résultats un peu moins sensibles. On prend un tube à essai de 15 centimètres de long et de 15 millimètres de diamètre, divisé en centimètres cubes. On mesure 2 centimètres cubes d’huile et on ajoute (M de bichromate de potasse; on mélange par agitation et on verse de l’acide azoto-sulfurique de manière à obtenir un volume de 4 centimètres cubes ; on agite de nouveau, la liqueur brunit ; après un repos de une à 'deux minutes, on ajoute de l’éther à 65° de manière à compléter le volume à 5 centimètres cubes ; une dernière agitation mélange le tout, La liqueur verdâtre tend alors par le repos à se diviser en deux couches ; mais après quelques instants, une vive effervescence se manifeste, des vapeurs rutilantes se dégagent et l’huile vient à surnager. On ajoute de l’eau jusqu’à la division 10, l’huile tend à s’élever, on facilite son ascension en tournant le tube, on observe la couleur de l’huile.
Procédé de M. P. -J. Mills, modifié par M. Levallois. — En saponifiant les huiles, et mettant ensuite en liberté les acides gras qu’elles renferment, on constate qu’une partie de ceux-ci sont constitués par des corps appelés non saturés et qui sont susceptibles de se combiner à des corps simples tels que le brome. La quantité de brome qui se combine à ces corps constitue un mode de dosage des acides non saturés qui peut être utilement employé dans l’examen des huiles, puisque la proportion en est différente d’une huile à l’autre.
Voici comment il convient d'opérer :
5 grammes d’huile sont pesés dans un tube à essai de 15 centimètres de long et de 20 millimètres de diamètre, on ajoute 10 centimètres cubes d’une solution au cinquième de potasse dans l’alcool à 93°. Par l’agitation, l’huile se dissout; le tube est alors bouché imparfaitement et chauffé au bain-marie, à la température nécessaire pour obtenir une légère ébullition dans le tube. Au bout d’un quart d’heure, la saponification est terminée. Le volume du liquide est amené, avec de l’alcool, à 50 centimètres cubes. Après agitation, on prend 5 centimètres cubes de cetle solution alcoolique que l’on additionne de 5 centimètres cubes d’alcool fort ; le tout est placé dans un tube pouvant être fermé par un bouchon de verre, on acidifie avec l’acide chlorhydrique pour décomposer Je savon et, à l’aide d’une burette graduée, on verse dans le tube une solution concentrée de brome dans l’eau. On agite fortement après chaque addition d’eau bromée qui se décolore en se combinant aux acides non saturés, et on s’arrête lorsque le liquide a pris une légère teinte jaune persistante. L’indice de la fin de l’opération est facile à saisir ; le brome a en effet un pouvoir colorant très grand et il suffit qu’il y ait une goutte d'eau bromée en excès pour donner une coloration sensible à toute la masse. On fait d’ailleurs par un essai à blane la correction relative à cet excès. Les quantités de brome employées peuvent donner des indications utiles dans les recherches sur la nature et la pureté des huiles.
Il y a d’autres réactions que nous n’indiquerons pas dans cet exposé des méthodes générales et qui sont spéciales à certaines huiles. Nous les décrirons en parlant des huiles qu’elles caractérisent.