HUILES DE POISSON
Les huiles de poisson sont quelquefois mêlées aux huiles végétales employées dans l’industrie, surtout à celles que l’on utilise dans l’éclairage. Quand elles sont en grande quantité on peut facilement les reconnaître à leur odeur; mais souvent on en ajoute des quantités moindres et alors les propriétés organoleptiques ne peuvent en déceler la présence, quoique la fraude existe. Pour la constater il faut avoir recours à d’autres procédés.
M. Craee Calvert a proposé l’emploi de l'acide phosphorique sirupeux pour reconnaître le mélange des huiles végétales et des huiles de poisson. La réaction indiquée plus haut, se fait à froid, mais elle est beaucoup plus sensible à chaud qu’à froid.
En opérant à l’ébullition avec 5 volumes d’huile et 1 volume de soude, voici ce qu’on obtient :
Les huiles de baleine, de dauphin, de foie de morue, d'autres poissons, acquièrent par l’emploi de la soude une coloration rouge très intense quand elles sont pures.
Les autres huiles prennent des couleurs variant du jaune au brun jaune, 1 pour 100 d’huile de poisson peut être découvert dans toute autre huile par ce procédé.
M. Fauré indique l’emploi du chlore gazeux qui décolore ou fait peu varier la couleur des huiles végétales et qui colore immédiatement en brun ou brun noir les huiles animales et de poisson, sauf l’huile de raie et l’huile de pied de bœuf. Nous avons indiqué comment on pouvait reconnaître ces deux huiles animales quand elles sont mélangées avec des huiles végétales.
L’huile de foie de morue est souvent fraudée par des huiles végétales. Pour masquer cette fraude, on ajoute à ces derniers de l’iode ou des iodures, substances dont la présence est une des caractéristiques de l’huile dé foie de morue. Mais cette addition est facile à reconnaître.
On ne peut jamais extraire l’iode ou l’iodure de l’huile de foie de morue, lorsqu’on la traite par l’eau ou par l’alcool, tandis que par ce moyen on les extrait d’une huile qui n’est que mélangée artificiellement à l’iode ou àl’iodure, et dans ces liquides on peut constater les réactions de ce corps. Dans l’huile naturelle, l’iode se trouve à un état de combinaison qui n’en permet pas la séparation par les dissolvants.
Ce rmême état se manifeste également par l’action de la température. L’huile mélangée d’iode ou d’iodure, directement soumise à la calcination, donne un charbon qui contient de l’iode ; le contraire a lieu pour l’huile pure, l’iode combiné à la matière organique s’étant volatilisé avec celle-ci. L’iode ou les iodures d’une huile artificielle se retrouvent dans les eaux mères après la saponification. Le même fait ne se produit pas pour l’huile naturelle.
ACIDE OLÉIQUE.
L’acide oléique étant plus léger que les autres corps gras liquides est quelquefois employé pour affaiblir la densité de certaines huiles, et la ramener à celle des huiles que l’on veut feindre. L’acide oléique communique aux huiles une odeur de ranee, et de plus il les rend capables de rougir le papier de tournesol. Mais quand il existe en petite quantité il faut pour le reconnaître employer le procédé Jacobsen, basé sur l’insolubilité de la rosaniline dans une huile neutre.
La teinte que cette matière colorante communique aux huiles falsifiées par l’acide oléique est d’autant plus accentuée qu’elles contiennent plus d’acide.
Au contact de l’air, les huiles rancissent et deviennent acides, leur acidité est dans ce eas très faible et ne peut être confondue avec celle que leur communique l’acide oléique ajouté frauduleusement. La falsification par cet acide n’est en effet avantageuse que lorsqu’on en ajoute assez pour amener une différence de prix suffisamment forte.
Il est cependant quelquefois utile de reconnaître ou de mesurer la rancidité de l’huile; on peut le faire en se basant sur l’acidité. La méthode que nous allons indiquer pour déceler la présence de l’acide oléique produit naturellement est assez sensible pour en découvrir de petites quantités. Voici la marche à suivre dans l’emploi du procédé.
On ajoute à l’huile à essayer une quantité connue de solution alcoolique de rosaniline, on agite vivement, puis on chasse l’alcool au bain-marie; si l’huile est neutre, la matière tinctoriale se dépose en totalité; si elle est acide, l’acide oléique en retient une quantité proportionnelle à son abondance. Si on connaît le titre en rosaniline de la solution alcoolique, et le pouvoir disolvant de l’acide oléique pour cette même matière colorante, il est facile de déterminer la quantité d’acide contenue dans l’huile.
Prenons un exemple :
Ajoutons à 100 centimètres cubes d’huile suspecte 10 centimètres cubes d’une solution alcoolique contenant une quantité N de rosaniline. Si l’huile est neutre, après évaporation de l’alcool, cette quantité N se déposera tout entière. Si elle est acide il ne se déposera qu’une quantité N' plus petite que N. L’acide oléique de l’huile a donc retenu N — N' de rosaniline. On sait d’avance que 100 centimètres cubes d’acide oléique dissolvent P de rosaniline. L’huile essayée contient donc
pour 100 centimètres cubes * — — d’acide oléique.
Burstynn a indiqué un mode de dosage des acides libres dans les huiles qui peut suffire dans la pratique, il est basé sur la propriété que possède l’alcool fort de dissoudre les acides gras, tandis que les huiles neutres y sont à peine solubles.
Voici comment on procédera pour faire l’essai :
On agite fortement un mélange de 100 centimètres cubes d’huile à essayer et de 100 centimètres cubes d’alcool à 90°, puis on laisse reposer quelques heures. Il se forme alors deux couches, une d’huile privée d acides gras et l’autre d’alcool contenant les acides gras et une petite quantité d’huile. On prend alors 20 centimètres
cuLes de la solution alcoolique acide dont on détermine l’acidité au moyen d’une solution titrée de soude. Lorsqu’il y a plusieurs acides en présence, on se sert dans le calcul de l’équivalent de l’acide oléique qui est généralement en plus forte proportion (ceci est surtout vrai pour les huiles non siccatives) .