MARCHE A SUIVRE POUR RECHERCHER SI UN VIN EST COLORÉ ARTIFICIELLEMENT
A. — On dépose deux gouttes du vin à essayer sur la surface d'un bâton de craie imprégné d’une solution d’albumine et séché; au bout d’une demi-heure on observe la nuance de la tache, on obtient ainsi des colorations qui donnent une présomption, mais sans conduire à aucune certitude :
Gris franc, )
Gris plus ou moins nuancé de bleu, ) Gris avec nuance violacée,
Gris avec nuance verdâtre,
Bleu verdâtre,
Rose violacé,
Rose franc.
Rose plus faible,
Vins naturels.
Présomption de campêche.
— sureau.
— mauve.
— orseille.
— fuchsine.
— cochenille.
B. — On procède ensuite à un autre essai en traitant le vin par l’eau de baryte dans un tube à essai jusqu’à ce que la couleur vire au vert ; on ajoute de l’éther acétique, on agite vivement en bouchant avec le doigt ; on laisse reposer jusqu’à ce que les deux liquides soient bien séparés, et l’on observe la couche supérieure. Elle est :
Incolore : vins naturels.
Violette: orseille.
Rose : présomption de rouge de Biebrich ou de roccelline. Verte : présomption d’amido-azo-benzol.
On décante celte couche supérieure et l’on ajoute de l’acide acétique. Après ce traitement elle est :
Incolore : vins naturels.
Rose : présomption de fuchsine, de safranine.
Jaune : présomption d’amido-azo-benzol, de clirysoïdine, de chrysaniline.
Violette : présomption de violet de méthyle, de mauvéine.
C. — Le troisième essai consiste à ajouter 2 ou 3 centimètres cubes de solution de potasse à 5 pour 100 à 10 centimètres cubes de vin; le liquide devient ■vert ; on additionne de 2 à 5 centimètres cubes d’acétate mercurique en solution au cinquième, le mélange qui est légèrement alcalin.
Les matières colorantes du vin naturel forment avec l’oxyde de mercure un précipité insoluble.
La liqueur surnageante est :
Incolore : vins naturels.
Colorée : présomption de dérivés azoïques sulfoconjugués ; de jaune de roccelline, de crocéine, de ponceau, etc.
La liqueur acidulée par l’acide chlorhydrique ou par l’acide acétique est :
Incolore : vins naturels1.
Colorée en rose : présomption de sulfo de fuchsine.
D. — L’essai suivant a pour but de produire une laque colorée avec l’alumine. Dans ce but, on mélange 10 centimètres cubes de vin avec 5 centimètres cubes d’une solution d’alun au Vio et 4 à 5 centimètres cubes d’une solution de carbonate de soude au l/10; on agite et on filtre.
Le dépôt est :
Vert-bouteille sans bleu ni violet : vins naturels.
Rosé : présomption de cochenille, de Fernambouc, de Campêche.
Bleu violacé : présomption de sureau, d’hièble.
Le liquide surnageant est :
Vert franc, ou devient vert par l’addition de carbonate de soude : vins naturels.
Violet ou rose : présomption de cochenille, de phylolacca, de betterave.
E. — On sature 10 centimètres cubes de vin par du carbonate de soude à 5 pour 100, jusqu’à apparition d’une teinte violacée; on ajoute 10 centimètres cubes d’une solution d’acétate d’alumine à 5 ou 4 pour 100.
On obtient une nuance :
Grenat ou lilas vineux plus ou moins intense : vins naturels.
Bleue ou violacée : présomption de mauve noire, de myrtille, de sureau, d’hièble, de troène, de vigne vierge.
F. — 10 centimètres cubes de vin sont additionnés de 5 centimètres cubes de sous-acétate de plomb moyennement concentré.
Le précipité a une couleur :
Bleu grisâtre, ou verdâtre : vins naturels.
1. Quand on a à examiner des vins de cépages américains (Jact|uez) très colorés, il peut se faire ,que la laque formée avec l’oxyde de mercure ne retienne pas toute la matière colorante naturelle.
' Dans ce cas, avant de conclure à la présence du sulfo de fuchsine, il faut teindre un brin de lame avec la solution filtrée ; la matière colorante du vin naturel ne teindra pas la laine.
Le liquide surnageant est :
Incolore : vins naturels.
Coloré : présomption d’orseille, de pliytolacca, de betterave.
Dans l’essai B, une coloration avant ou après l’addition d’acide acétique indique toujours un colorant tiré du goudron de houille à caractère basique.
La coloration, avant ou après l’addition d’acide, dans l’essai C, indique un dérivé de la houille à caractère acide.
La réaction de l’essai C serait plus sensible, d’après M. Ch. Girard, en chauffant le vin avec les réactifs.
M. Bellier, pour éviter l’excès d'alcali, dans ce même essai, emploie la magnésie calcinée au lieu de la potasse. La laque formée par l’oxyde de mercure avec la matière colorante du vin, n’est pas décomposée à l’ébullition, alors même qu’il y a un excès de magnésie. Quand le vin est exempt de colorants étrangers, le liquide passe incolore.
On prépare un mélange d’acétate mercurique solide et de magnésie calcinée qu’on peut conserver. Pour faire un essai on ajoute une pincée de cette poudre à quelques centimètres cubes de vin, contenus dans un tube à essai; on agite et on fait bouillir. En filtrant on a une solution incolore dans le cas d’un vin pur, ou dans le cas de la présence de traces de sulfofuchsine. Mais en ajoutant un peu d’acide acétique au liquide filtré on voit apparaître dans ce dernier cas une coloration rose qu’on n’obtient pas avec le vin naturel.
Le chauffage est nécessaire pour que le précipité mercurique ne retienne pas la rosaniline.
Ce procédé décèle le sulfoconjugué de la fuchsine, ainsi que la plupart des dérivés azoïques sulfoeonjugués.
Les dépôts que l’on trouve dans les bouteilles ou dans les fûts, devront faire l’objet d’un essai spécial, les matières colorantes étrangères y sont très souvent précipitées.
Préparation de la craie albuminée.
On prépare une solution d’albumine d’œuf à 10 pour 100, on y plonge des bâtons de craie ordinaire que l’on sèche à l’air, puis on dessèche à 100°. Les bâtons sont légèrement grattés à leur surface avant l’emploi.