‹ Encyclopédie chimique. Tome IV.- Analyse chimique. Méthodes analytiques appliquées aux substances agricolesChapitre 209 sur 285 · ALCOOLS · texte numérisé non relu

ALCOOLS

Les eaux-de-vie du commerce sont presque exclusivement composées d’alcool éthylique; d’autres alcools ne s’y trouvent qu’à titre d’impuretés. On ne trouve aujourd’hui que de faibles quantités d’alcools étrangers, depuis que l’industrie dispose de moyens de rectification perfectionnés.

On détermine la richesse alcoolique au moyen d’un alcoomètre de Gay-Lussac, en faisant la correction de température que nous avons indiquée à propos du dosage de l’alcool dans le vin.

Si l’alcool à essayer renferme des matières minérales ou s’il contient du sucre,

comme c’est le cas dans les liqueurs, il faut distiller avant de prendre le titre alcoolique.

On mesurera, à cet effet, un volume connu de l’alcool à essayer, que l’on soumettra à la distillation, en recueillant une fraction connue du volume total, variable avec la richesse alcoolique. Ce dosage s’effectue comme nous l’avons dit pour le vin.

Pour s’assurer si un alcool a été bien rectifié, il faut procéder à une distillation fractionnée. On prend pour cette opération un litre d’alcool, que l’on place dans un ballon d’un litre et demi surmonté d'un appareil à fractionnement de MM. Henninger et Le Bel.

Cet appareil à fractionnement porte généralement trois plateaux ; on a construit des appareils semblables à douze plateaux, qui assurent une séparation plus rapide et plus parfaite.

La colonne à fractionnement de M. Claudon donne de très bons résultats et se règle au moyen du courant d’eau qui circule au centre.

Nous donnons un exemple de distillation fractionnée, en supposant le mélange constitué presque exclusivement d’alcool éthylique, comme c’est à peu près toujours le cas. On sépare à une première distillation l’alcool en trois fractions :

Une première fraction passant au-dessous de 7 8°, portant le nom de mauvais goût de tête et renfermant surtout de l’aldéhyde, de l’éther acétique, de l’alcool méthylique, de l’acétone ;

Une seconde fraction passant entre 78 et 80°, presque uniquement formée d’alcool éthylique ;

Une troisième fraction, constituant le mauvais goût de queue, passant au-dessus de 80° et dans laquelle se concentrent l’alcool propylique, les alcools amylique et butylique.

Les alcools et produits étrangers varient suivant l’origine de l’alcool.

On a trouvé dans les alcools de pomme de terre des acides gras volatils et de l’alcool amylique; dans les alcools de grains, de l’acide margarique, les acides caprylique et capriquc.

Si l’on désire séparer plusieurs alcools, on fractionnera, comme nous venons de le dire, en observant les points où le thermomètre reste un instant stationnaire. Chaque fraction sera étiquetée et pesée; on reprendra à une seconde distillation chacune de ces fractions, que l'on séparera comme on l’a fait la première fois en réunissant les portions qui passeront entre les mêmes limites d’ébullition. Apres deux ou trois distillations on Verra certaines portions s’accroître notablement au détriment des portions intermédiaires ; il suffira de les rectifier une dernière fois pour pouvoir établir, en les pesant, la richesse du mélange en alcools ou en produits de diverses natures.

Plus on opère sur de grandes quantités de matière, plus la séparation pourra être rendue parfaite et les dosages précis.

Recherche des alcools étrangers dans l’alcool éthylique. — On pourra rechercher ces alcools, soit dans l’alcool à analyser, soit encore dans les portions qui les renferment après qu’on les a concentrées par une première distillation.

Alcool amylique. — On a indiqué le procédé suivant, qui permet de séparei

l’alcool amylique des autres alcools : on ajoute à l’alcool un volume semblable d’éther rectifié, puis on double le volume total avec de l’eau, on agite et on sépare l’éther, qui a dissous l'alcool amylique que l’on retrouve par évaporation spontanée de l’éther à l’air.

On caractérise l’alcool amylique, d’après M. Jarissen, de la manière suivante : Dans un tube à essais on mesure 10 centimètres cubes de l’alcool à essayer; on ajoute o gouttes d’acide sulfurique étendu de son volume d’eau et 10 gouttes d’aniline et on agite. Le mélange rougit s’il renferme de l’alcool amylique.

Alcool méthylique . — D’après MM. Porters et Ruyssen, on peut retrouver l’alcool méthylique dans l’alcool éthylique, en ajoutant à 10 centimètres cubes du liquide soumis à l’essai, 5 centimètres cubes d’alcool récemment saturé de potasse caustique et 3 centimètres cubes d’alcool ammoniacal. On verse ensuite dans ce mélange quelques gouttes de réactif de Nessler. Si l’alcool est exempt d'esprit de bois, il se forme un précipité rouge brique clair; le précipité est blanc avee 11 pour 100 d’aleool méthylique, jaune pâle avec 5 pour 100 et jaune brun avec moins de 4 pour 100.

MM. Riche et Bardv, en se basant sur la propriété que possède la méthylaniline de donner par oxydation une matière colorante violette, alors que l’éthylaniline fournit des couleurs jaunes, ont trouvé une méthode qui permet de caractériser l’alcool méthylique.

Ou traite l’alcool par de l’iode et du phosphore amorphe. Il se forme des iodures que l’on isole par distillation, et qu’on chauffe ensuite avec de l’aniline. On distille une seconde fois en présence d’une solution alcaline et on isole ainsi l’éthylaniline et la méthylaniline formées. En faisant digérer ces produits pendant dix heures à 90° avec un mélange oxydant formé de : sel marin 2, sable 100, nitrate de cuivre 5, on obtient une masse que l’on épuise par l’alcool. La solution alcoolique est d'autant plus violette que l’alcool renferme plus d’alcool méthylique. On pourra se servir d’une échelle eolorimétrique pour en apprécier les quantités.

Aldéhyde. — On retrouvera l’aldéhyde dans l’alcool à essayer ou dans les premières portions passées à la distillation, en chauffant l’alcool avec du nitrate d'argent ammoniacal qui se réduira, en présence de l’aldéhyde, en donnant un miroir métallique.

Une nouvelle méthode, imaginée par M. D. Savalle, permet d’apprécier la pureté des alcools en se servant du diaphanomètre, et en ajoutant à l’alcool un réactif, dont la composition est tenue secrète. L’alcool prend une coloration particulière, que l’on compare à une série de dix types établis d’avance.

Dosage de l'acide cyanhydrique dans le kirsch et dans les alcools. — Le procédé de M. Buignet est basé sur l’absence de coloration du cyanure double d’ammoniaque et de cuivre, et sur la coloration intense du sulfate de cuivre ammoniacal. L’acide cyanhydrique ajouté à ce dernier le décolore; dès qu’il ne se forme plus de cyanure double d’ammoniaque et de cuivre, le sulfate de cuivre ammoniacal conserve sa coloration. L’apparition de la coloration sert ainsi à indiquer le terme de la réaction. Une solution titrée de sulfate de cuivre permettra de calculer ' quantité d’acide cyanhydrique.

On prend 100 centimètres cubes de liquide à essayer, que l’on place ave» 10 centimètres cubes d’ammoniaque dans un verre à précipité posé sur une feuille de papier blanc. Une burette graduée en dixièmes de centimètres cubes contient une solution de sulfate de cuivre, que l'on verse jusqu’au moment où une teinte bleue persiste.

Préparation cle la liqueur de sulfate de cuivre. — On prépare une solution de 23sr,09 de sulfate de cuivre pur et cristallisé, on étend au litre, avec de l’eau ;

1 centimètre cube de cette solution correspond à 0sr,01 d’acide cyanhydrique.

Falsifications de l'alcool. — Les falsifications que l’on observe le plus souvent sont les mélanges avec les alcools bon goût d’alcools mauvais goût ou de qualité inférieure. La dégustation est un des meilleurs moyens pour reconnaître ces mélanges frauduleux.

Un procédé très usité consiste à verser un peu d’alcool dans le creux de la main, à frotter les mains l’une contre l’autre pour activer l’évaporation et à constater l’odeur qui reste sur la peau.

Les alcools mauvais goût sont caractérisés par une odeur empyreumatique spéciale.

On pourra aussi déterminer si l’alcool renferme des alcools étrangers en en imbibant un papier buvard, l’agitant dans l’air et voir après l’évaporation de l’alcool éthylique si le papier conserve l’odeur des alcools supérieurs moins volatils.

Les alcools de grains renferment souvent de petites quantités d 'aldéhyde, la présence de ce corps peut indiquer l’origine de l’alcool. Pour le constater, il suffit de l’exposer à la lumière avec du nitrate d’argent ammoniacal qui noircit.

On y trouve aussi quelquefois de l’acide acétique ajouté avec intention ou provenant d’une mauvaise préparation. Pour le rechercher on ajoute un peu dépotasse, caustique à l’alcool à essayer et on évapore à sec. Le résidu salin renfermera de l’acétate de potasse que l’on décomposera par l’acide sulfurique, pour mettre l’acide acétique en liberté.

On a signalé aussi la présence, dans l’alcool, d’éther butyrique, d’éther amylique (acétate d’amyle), d’essence de poire, de pomme et d’autres éthers d’une composition plus complexe. En évaporant une plus grande quantité d’alcool en présence d’un peu de potasse, on aura un résidu qui renfermera, sous forme de sel de potasse, l’acide de l'éther correspondant ; on pourra l’isoler par l’acide sulfurique et le caractériser par son odeur particulière.

Le chlorure de calcium a été ajouté quelquefois à l’alcool pour augmenter sa densité et diminuer ainsi en apparence le titre alcoométrique. Il se reconnaît facilement dans le résidu de l’évaporation.

Le bouquet des eaux-de-vie peut-être modifié artificiellement par l’additioii d’ammoniaque, d’acétate d’ammoniaque, d’acide sulfurique.

L’ammoniaque communique à l’alcool une légère alcalinité ; on le recherchera comme s’il était en solution aqueuse.

I/acétate d’ammoniaque se trouvera dans le résidu sec, si l’on évapore avec précaution.

L’acide sulfurique rougit le tournesol, on le précipitera par le chlorure de

baryum en s’assurant que le précipité est bien du sulfate de baryte, insoluble dans les acides étendus.

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