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ANALYSE D’UN EXTRAIT DE TANNIN

Depuis quelques années on se sert fréquemment, dans l’industrie des cuirs, d’extraits retirés par dissolution des matières tannantes végétales; généralement ces matières sont divisées mécaniquement, épuisées par l’eau chaude et ensuite concentrées. Les extraits renferment donc toutes les parties qui sont solubles à chaud, en y comprenant les tannins résinoïdes dont il vient d’être parlé. Il y a en outre des matières colorantes provenant de l’altération et surtout de l’oxydation des matières organiques diverses et du tannin, qui a été modifié sous l’action de la température. Aussi la plupart de ces extraits ont-ils la propriété de se troubler lorsqu’on les additionne d’eau froide. Si les extraits eux-mêmes ne sont pas troubles, cela tient à ce que ces différentes matières insolubles dans l’eau froide sont solubles dans une solution concentrée de tannin.

Les extraits les plus usités sont ceux qui proviennent du bois de châtaignier, du bois de chêne, du bois de quebracho, de l’écorce de l’hemlock et de divers conifères. En général ces extraits ont l’avantage d’une action plus rapide sur le. cuir, souvent aussi d’un prix de revient inférieur, par suite de leur concentration qui diminue les frais de transport.

Lés extraits sont plus ou moins concentrés et plus ou moins riches en tannin. Ils ont généralement une densité minima de 18° B. et une teneur minima de 15 pour 100 de tannin. Leur densité maxima est de 35° avec une richesse de 30 à 40 pour 100 de tannin. Il y a cependant des extraits encore plus concentrés, très épais ou même solides. Ces derniers sont plus riches encore que les précédents.

Il convient, pour l’analyse, de prendre des quantités d’extrait d’autant plus petites que leur richesse est plus grande; pour ceux qui ont une densité voisine de 20° Baumé, on prendra 20 grammes d’extrait qu’on étendra au volume de 200 centimètres cubes. Pour les extraits approchant de 30°, on ne prendra que 10 grammes pour un volume final de 200 centimètres cubes. Enfin, pour ceux qui sont très épais ou solides, 5 grammes seront suffisants pour ce même volume.

Lorsque les extraits ne se délayent pas facilement dans l’eau froide, il faut commencer à les dissoudre dans de l’eau chaude, en les écrasant et les agitant à l’aide d’une baguette de verre aplatie à son extrémité. Mais, cette dissolution obtenue à chaud, il faut avoir soin de laisser refroidir avant de compléter le volume. Quoi qu’il en soit, une fois le volume obtenu et l’homogénéité établie par l’agitation, on laisse déposer, on prélève 20 centimètres cubes de la solution claire qu’on évapore. Le résidu donnera l’ensemble des matières solubles à froid contenues dans la ^ partie de l’extrait employé. Le reste de la solution claire est introduit dans la presse filtrante, on opère comme il est dit précédemment et on prélève encore 20 centimètres cubes du liquide qui a traversé la peau. Le résidu de cette nouvelle évaporation donne l’ensemble des matières non tannantes qu’on désigne fréquemment sous le nom d’extractifs. En le retranchant du poids du résidu de la première évaporation, on a le poids du tannin soluble contenu dans la dixième partie de l’extrait employé.

Quant au tannin qui s’est précipité sous l’action de l’eau froide, on le lave par décantation à l’eau froide, à deux ou trois reprises, sans s’astreindre à obtenir des eaux de lavage complètement incolores. On laisse sécher à l’air, puis on dissout sur le filtre même par de l’alcool et on lave à l’alcool jusqu’à ce que celui-ci passe presque incolore. La solution alcoolique est reçue dans une capsule à fond plat et évaporée à sec; ce résidu représente la totalité du tannin insoluble contenu dans la matière employée. Il est formé des tannins résinoides préexistants dans le végétal dont l’extrait a été retiré et en partie par la transformation du tannin soluble pendant le cours de la fabrication de l’extrait.

Les trois déterminations qui précèdent, celle de l’ensemble des matières non tannantes, celle du tannin directement soluble et assimilable, celle enfin des tannins insolubles dans l’eau froide et d’une assimilation plus lente, suffisent en général pour apprécier la valeur commerciale d’un extrait.

Mais il est bon d’y joindre d’autres recherches, celles par exemple qui consistent à déterminer s’il n’y a pas dans l’extrait trop de sels calcaires, ce qu’on reconnaît en incinérant quelques grammes d’extrait, traitant des cendres par de l’acide chlorhydrique et recherchant la chaux par l’oxalate d’ammoniaque, dans la dissolution rendue ammoniacale. Un extrait de bonne qualité ne contient que quelques millièmes de son poids de chaux. Si l’on en trouve une plus grande quantité, ce qui tient souvent à l’emploi d’une eau très calcaire, l’extrait sera de qualité moindre.

Il y a encore intérêt à rechercher la présence des acides minéraux. Qn additionne souvent les extraits, dans le but de les clarifier ou de les décolorer partiellement, cle petites quantités d’acides sulfurique ou chlorhydrique. Lorsque cette addition ne dépasse pas 3 à 4 grammes par kilogramme d’extrait, elle peut être considérée comme n’ayant pas d’effet nuisible. Une addition plus forte est nuisible à la qualité des extraits et a une influence fâcheuse sur le cuir.

Pour rechercher si un extrait contient des quantités d’acide trop considérables, on se servira d’une solution de cet extrait au dixième dont une goutte, placée sur un papier bleu de tournesol, ne doit rougir ce papier que très légèrement. Si ce papier devient immédiatement rouge vineux, l’acide existe en trop grande quantité.

On recherchera au moyen du chlorure de baryum, dans cette solution étendue et acidulée par l’acide chlorhydrique, si c’est à de l’acide sulfurique qu’on a affaire.

Dans le cas affirmatif on procédera à nn dosage sur 5 grammes d'extrait étendu à 50 centimètres cubes, sans se préoccuper de la matière organique. Les combinaisons barytiques autres que le sulfate resteront en solution à la faveur de l’acide chlorhydrique ajouté. Seulement, comme dans les extraits se trouvent naturellement de petites quantités de sulfate, il ne faudrait pas attribuer tout le sulfate de baryte formé à de l’acide sulfurique ajouté.

Pour déterminer la proportion de ce sulfate et la retrancher de la quantité qu’on vient de trouver, il faut incinérer 5 grammes d’extrait, les reprendre par de l’acide azotique très concentré en faisant bouillir, puis étendant d’eau, et procéder à un nouveau dosage de l’acide sulfurique. Le deuxième résultat retranché du premier donnera la proportion d’acide sulfurique existant à l’état libre dans 5 grammes d’extrait.

Pour rechercher l’acide chlorhydrique on étendra 5 grammes d’extrait de 20 centimètres cubes d’eau, on les introduira dans une petite cornue et on distillera jusqu’à ce qu’on ait recueilli 10 ou 15 centimètres cubes de liqueur. C’est dans ce liquide distillé, qu’on aura additionné d’un peu d’acide azotique, que le nitrate d’argent décéléra la présence de l’aeide chlorhydrique. Pour opérer le dosage de l’acide chlorhydrique libre, on distillera 10 grammes d’extrait avec 20 centimètres cubes d’eau. Quand on aura recueilli 20 centimètres cubes de liquide, on rajoutera dans la cornue encore 20 centimètres cubes d’eau et on continuera à distiller. On rajoutera ainsi de l’eau à mesure qu’elle distille, jusqu’au moment où les liquides qui passent n’ont plus de réaction acide. Dans les liqueurs distillées réunies on dosera l’acide chlorhydrique à l’état de chlorure d’argent.

On introduit souvent aussi dans les extraits du sel marin, de l’hyposulfite de soude, etc. Pour rechercher leur présence on incinérera quelques grammes d’extrait; la présence dans les cendres de notables quantités de sels solubles montrera qu’il y a une addition. On recherchera d’ailleurs par les procédés usuels la nature de ces sels.

Densité. — Il est toujours utile de prendre la densité des extraits. Gette indication est loin d’avoir une valeur absolue au point de vue de la richesse en tannin. Cependant pour des extraits d’une même provenance on peut admettre, jusqu’à un certain point, qu’à une augmentation dans là densité correspond une augmentation dans la proportion de tannin. On exprime ordinairement la densité des extraits en degrés Baume, rapportés à la température de 15°.

Coloration. — Les extraits ont généralement une coloration assez foncée qui tient aux préparations qu’ils ont subies et surtout à l’action de la température et au contact de l’air. Cette coloration est une cause de dépréciation pour les extraits. Elle se communique au cuir et lui donne un aspect désavantageux. Les extraits sont diversement colorés suivant leur provenance, suivant .les traitements qu’on leur a fait subir pendant les procédés employés pour les concentrer. En règle générale on peut admettre qu’à égalité de tannin la valeur commerciale des extraits est d’autant plus grande que leur coloration est moins foncée. Pour apprécier comparativement cette coloration, on amène les extraits au centième, c’est-à-dire qu’on en dissout 10 grammes dans 1 litre d’eau; après avoir rendu homogène, on laisse déposer et

on introduit ces solutions dans des tubes à essais ayant le même diamètre. On compare l’intensité de la coloration de ces liqueurs placées devant la lumière du jour à des solutions types prises comme point de repère; il est très facile de les classer ainsi suivant l’ordre de l’intensité des colorations.

Pour avoir une notion plus précise de l’intensité de la coloration on peut avoir recours au colorimètre de Dubosc, qui permet d’évaluer directement les épaisseurs de liquide qui correspondent à une même intensité de coloration. Ces dernières sont inversement proportionnelles aux épaisseurs de liquide observées.

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