I. - DÉTERMINATION DES SUCRES EN GÉNÉRAL
On peut se trouver en présence de matières sucrées, existant en mélange avec des substances analogues et dont les caractères ne sont pas nettement tranchés, ou même qui appartiennent à des espèces non connues : dans ce cas, c’est toute une série de recherches qu’il faut entreprendre, pour être fixé sur la nature de ces corps.
Étant donné que, par les traitements au sous-acétate de plomb et au noir animal, on a éliminé la plus grande partie des substances autres que les matières sucrées, on recherchera d’abord si la substance qu’on a en vue peut être obtenue à l’état cristallisé soit directement, soit après qu’on aura ajouté à la solution sirupeuse une certaine quantité d’alcool, ce qui dans bien des cas favorise la cristallisation, soit enfin qu’on l’ait précipité par l’acétate de plomb ammoniacal, d’où on Ta retiré par les moyens que nous allons décrire. Si l’on obtient ainsi des cristaux, on purifiera ceux-ci par expression d’abord, entre des doubles de papier buvard, et puis par une ou plusieurs cristallisations dans l’alcool bouillant.
Ce corps étant ainsi à un degré de pureté assez grand, on vérifiera d’abord, en en plaçant une certaine quantité sur une petite lame de platine, s’il donne à l’incinération un résidu minéral. Puis on recherchera s’il a une action sur la liqueur de Fehling, soit directe, soit après l’ébullition avec un acide minéral dilué, ce qui ferait soupçonner dans le premier cas l’existence d’un glucose, dans l’autre celle d’un saccharose.
Si aucune de ces réactions ne se produit, on aura à chercher si Ton n’a pas affaire à une substance du groupe de la mannite. Si alors les caractères principaux : point de fusion, action sur la lumière polarisée, caractères cristallographiques, ne cadrent pas avec ceux d’une substance connue, il faudra recourir à l’analyse organique, qui montrera à quel groupe appartient le corps.
On aura recours également à l’action de l’acide azotique pour chercher si le corps peut donner naissance à de l’acide mucique.
Enfin, on déterminera le degré de solubilité dans l’eau et l’alcool, les propriétés du corps nitré qu’on peut en obtenir, et celles des acides sulfoconjugués ou de leurs
sels, lorsqu’on les unit à de l’acide sulfurique. Cette dernière combinaison s’obtient le plus facilement en dissolvant la substance à froid dans l’acide sulfurique monohydraté, étendant la solution après quelque temps de contact et la saturant par le carbonate de baryte. L’acide sulfurique en excès se trouve éliminé à l’état de sulfate de baryte et l’acide sulfoconjugué reste en solution à l’état de sulfosel barytique. En évaporant avec précaution, on aura ce sel à l’état solide. Dans quelques cas, ses propriétés donnent des renseignements utiles.
1. Lorsque la partie du végétal sur laquelle on opère est susceptible de donner du jus par le râpage, le broyage et l’expression, il est préférable d’opérer sur ce jus lui-même. Mais il faut avoir soin d’ajouter à la pulpe, au moment du broyage ou du râpage, environ 5 pour 100 d’une solution de sous-acétate de plomb très concentrée (25° B.) et de l’incorporer à la masse. Cette addition a pour but d’arrêter l’action de ferments inversifs, qui se rencontrent fréquemment dans les plantes.
2. Lorsqu’on a à opérer sur des substances sèches, il convient de les réduire, soit par la mouture, soit par le concassage au mortier, en poudre fine. Cette poudre est placée dans une allonge, munie d’un tampon de coton, et épuisée à froid par de l’alcool à 85° ; on s’arrange de manière à laisser chaque fois l’alcool séjourner pendant quelques heures sur la matière. La solution alcoolique, qui est chargée de sucre et qui n’a pas été trop étendue par les lavages, puisqu’il ne s’agit que d’essais qualitatifs et que, par suite, on ne cherche pas à extraire les dernières traces de sucre, est évaporée dans le vide au moyen d’un ballon relié à un réfrigérant et à une trompe. La température d’évaporation ne doit pas dépasser 25°. Lorsqu’on ne dispose pas d’un appareil à distiller dans le vide, on peut faire évaporer dans des assiettes, sans dépasser la température de 25° et en se plaçant sous une cheminée où l’air circule rapidement. Quoi qu’il en soit, on rapproche les liqueurs jusqu’au moment où la plus grande partie de l’alcool est chassée.
3. Dans certains cas on peut remplacer, pour les matières sèches ou peu juteuses, le traitement à l’alcool par un traitement à l’eau additionnée de 5 à 10 pour 100 de solution concentrée de sous-acétate de plomb, en broyant et délayant la matière dans un mortier avec la solution aqueuse employée en proportion telle que la dilution ne soit pas trop grande et que, par suite, on n’ait pas besoin de concentrer beaucoup de liquide.