DÉTERMINATION DE LA NATURE DU SUCRE DANS LE GRAIN DE BLÉ
500 grammes de blé ont été passés au moulin à noix, de manière à les diviser autant que possible, sans toutefois s’attacher à amener le son à l’état de poudre fine. Il suffit que le grain soit assez divisé pour pouvoir être pénétré facilement par l’alcool. La matière moulue est introduite dans une allonge dont la partie inférieure est munie d’un tampon de coton. On verse sur cette matière 200 centimètres cubes d’alcool à 85° centésimaux, et on laisse la matière s'imprégner lentement ; au bout de deux ou trois heures de contact on rajoute encore 100cc d'alcool, et ainsi de suite de temps en temps, jusqu’à ce qu’en deux jours à peu près on ait recueilli à peu près 5 ou 600 centimètres cubes d’alcool. — On sort la matière de l’allonge et on l’exprime fortement. — Le liquide obtenu. est rajouté au précédent.
Les liqueurs alcooliques sont introduites dans l’appareil à distiller dans le vide.
On évapore au bain-marie à une température de 25 à 30°, jusqu’à ce que le volume ne soit plus que d’environ 30 à 40 centimètres cubes. Le liquide restant dans le ballon contient les matières sucrées. Elles sont souillées de corps gras et résineux qui se sont séparés du liquide par suite du départ de l’alcool. On enlève, en filtrant si c’est nécessaire, la partie aqueuse et on l’additionne de sous-acétate de plomb jusqu’à cessation de précipité. On filtre et on introduit 5 ou 6 grammes de noir animal lavé à l’acide dans ce liquide, qu’il n’est pas indispensable de priver complètement du plomb en excès. Lorsque ce liquide est suffisamment décoloré on y: dose, au moyen de la liqueur de Fehling, le sucre réducteur préexistant et le sucre interversible.
Pour le glucose préexistant on opère sur le liquide tel quel. On constate que la réduction est sensiblement nulle et que, par suite, les glucoses n’existent pas dans le grain de blé en proportion appréciable.
La liqueur est passée au polarimèlre et la déviation observée aété égale à + 15,2. Le liquide a été ensuite inverti en ajoutant à 40 centimètres cubes de liqueur environ 6 ou 7 dixièmes de centimètre cube d’acide sulfurique concentré. On a chauffé dans un flacon bouché, au bain-marie, à 100°, pendant dix minutes. Après le refroidissement on a procédé au dosage du glucose formé par l’inversion ; 5 cen-
timètres cubes de la solution ont été étendus au volume de 50 centimètres cubes.
4CC,2 de cette solution invertie au Vio ont décoloré 10 centimètres cubes de liqueur de Fehling, correspondant à 0sr,051 de glucose.
Cette solution étendue contenait donc, pour 100, lsr,214 de glucose provenant de 1,15 de sucre inversible.
La solution primitive, qui avait donné une déviation de 15°, 2, contenait donc pour 100, 11,5 de sucre inversible.
Déterminons à l’aide de cette donnée le pouvoir rotatoire de ce sucre inversible en appliquant la formule :
aj:
aX 100 2 Xa ’
dans laquelle nous avons
Ce pouvoir rotatoire est très voisin de celui du sucre de canne, qui est de 66,8. Ce résultat autorise donc à penser que le sucre, contenu dans le grain de blé est du sucre de canne.
Cependant, pour avoir une certitude complète sur la nature de ce sucre, il faut déterminer le pouvoir rotatoire des produits de son inversion. Le sucre de eanne, en effet, lorsqu’il a été inverti, donne ce qu’on appelle le sucre inverti, mélange de poids égaux de glucose et de lévulose et dont le pouvoir rotatoire, à la température de 15°, est égal à — 24. Ce chiffre est la résultante de deux actions inverses, puisque le glucose proprement dit est dextrogyre, avec un pouvoir rotatoire d’environ 48 et lévulose est lévogyre avec un pouvoir rotatoire d’environ — 96. Le pouvoir rotatoire moléculaire du mélange est done lévogyre d’une quantité de ^ = — 24.
Le pouvoir rotatoire de la lévulose est influencé notablement par la température ; lorsque cette dernière s’élève, le pouvoir rotatoire diminue et cette diminution est de 0.75 pour 100 du pouvoir rotatoire pour chaque degré d’élévation de température. Il augmente au contraire dans la même proportion pour chaque diminution de température. Le chiffre que nous avons donné plus haut pour le pouvoir rotatoire de la lévulose se rapporte à la température de 15°. Il résulte de là que la température influe également sùr le pouvoir rotatoire du sucre interverti et que si celui-ci a un pouvoir rotatoire de 24° à la température de 15°, il aura un pouvoir rotatoire de 24°, 38 à la température de 14° et de 25°, 62 à la température de 16°, et ainsi de suite en ajoutant à la valeur du pouvoir rotatoire autant de fois 0°,38 qu’il y a de degrés de température au-dessus de 15° au moment de l’observation, et en diminuant d’autant cette valeur de 25.° pour chaque degré de température au-dessous de 15°. Il est done nécessaire de rapporter à cette température de 15° toutes les observations qu’on a faites sur le sucre interverti. Comme le glueose n’est pas influencé par la température, il n’y a pas lieu d’en tenir compte dans ce calcul.
Dans le cas présent la solution intervertie que nous avions à observer contenait 12,14 pour 100 de sucres réducteurs. La déviation observée à la température de 18° a été de — 5°, 3, ce qui conduisait à un pouvoir rotatoire de — 21,81 pour une
température de 18° ; en faisant la correction de la température nous trouvons que pour les 3 degrés de différence entre la température de 15 et celle de 18° il faut ajouter, pour ramener le pouvoir rotatoire à cette température de 15°, la valeur de 1°,14 ; ce qui nous conduit au pouvoir rotatoire de — 22,95 pour le sucre interverti sur lequel nous avons opéré. La différence de ce chiffre avec celui qui représente le chiffre réel du sucre de canne interverti est très faible et nous pouvons admettre que le sucre que nous avons extrait du grain de blé est bien le sacebarose ou sucre de canne normal, puisque non seulement le pouvoir rotatoire de ce sucre a coïncidé avec celui du sucre de canne, mais encore parce que le pouvoir rotatoire du sucre formé par l’inversion a coïncidé avec celui du sucre interverti, provenant du dédoublement du sucre de canne.
Ce résultat nous montre encore qu’il n’y a pas dan§ le blé d'autre sucre proprement dit que le sucre de canne.
La nature du sucre étant ainsi déterminée, si l’on veut opérer le dosage, on procède de la même manière, mais en opérant sur 50 grammes de blé seulement et en prolongeant l’épuisement par l’alcool. Les liqueurs alcooliques sont encore distillées dans le vide, séparées des graisses et des résines et précipitées par le sous-acétate de plomb ; le volume final est amené par des lavages à 100 centimètres cubes. C’est sur ce liquide qu’on dose, au moyen de la liqueur de Fehling, le glucose préexistant et le glucose formé par inversion.
Quand les matières sont plus riches que le blé en sucres, on oèpre sur moins de matière. Quand, au contraire, elles sont plus pauvres, il faut opérer sur une plus grande quantité. Le blé renferme environ 1 pour 100 de sucre de canne.