RECHERCHE DU GALACTOSE, DE L ARABIN0SE, ETC
La matière sucrée confondue sous ces deux noms n’a pas été jusqu’à présent trouvée dans la nature à l’état isolé, mais elle est le produit du dédoublement par les acides de substances très répandues dans l’organisme animal et végétal, telles que le sucre de lait, les gommes, les corps pectiques, les mucilages en général. Il y a donc intérêt, dans beaucoup de cas, à reconnaître le produit de dédoublement qui caractérise toute une catégorie de substances végétales très répandues et qui entrent pour une grande part dans l’alimentation de l’homme et des animaux.
L’étude de ces substances et la constatation de leur dédoublement en galactose offrent un intérêt tout particulier au point de vue de la présence du sucre de lait dans
les sécrétions des glandes mammaires des herbivores. Avant de parler des caractères de ce corps parfaitement défini et qu’on peut séparer à l’état cristallisé des mélanges très complexes , il est utile de montrer comment on peut le produire avec les divers corps qui lui donnent naissance et que nous avons énumérés plus haut.
1° Préparation au moyen du sucre de lait. — Il est admis, depuis les recherches de Fudakowsky et d’autres savants, que le sucre de lait se dédouble en galactose et en glucose.
Pour préparer le galactose, 100 grammes de sucre de lait sont dissous dans 1 litre d’eau ; on ajoute environ 1 2 centimètres cubes d’acide sulfurique’ et on porte à l’ébullition dans un ballon pendant 5 heures, en remplaçant l’eau à mesure qu’elle s’évapore. Le dédoublement s’est opéré, et il faut procéder à la séparation des deux sucres formés. On commence par saturer au moyen de craie pulvérisée l’acide sulfurique qui existait dans la liqueur; lorsque la saturation est complète, on filtre pour séparer le sulfate de chaux, on lave avec un peu d’eau et on évapore à une température peu élevée jusqu’à consistance de sirop très clair. Alors, dans ce liquide, on ajoute de l’alcool concentré, par très petites portions et en agitant fréquemment ; on arrête cette addition au moment oh un trouble persistant se produit dans la liqueur. On expose alors dans un endroit froid pendant 1 ou 2 jours ; au bout de ce temps, il s’est produit une poudre cristalline de galactose, on la recueille et on l’exprime fortement entre des doubles de papier buvard. Le liquide décanté, additionné d’une nouvelle quantité d’alcool, dépose encore du galactose, qu’on enlève chaque fois, avant une nouvelle addition d’alcool ; on s’arrête lorsque la poudre cristalline qui se précipite commence à s’imprégner d’une masse sirupeuse. La poudre cristalline qu’on a séparée est réduite au mortier avec un peu d’eau froide en une pâte épaisse qu’on place dans une toile, entourée de papier buvard et qu’on soumet à l’action d’une forte presse. On redissout ensuite dans l’eau, en décolorant par un peu de noir animal, de manière à avoir une solution parfaitement incolore qu’on concentre et qu’on évapore à basse température à l’état de sirop. Peu à peu les cristaux se forment et toute la masse finit par se solidifier. On la réduit alors de nouveau en poudre fine dans un mortier; on mélange avec un peu d’eau pour faire une pâte épaisse et on l’exprime de nouveau très fortement dans un linge entouré de papier buvard ; puis, à l’aide d’un couteau, on racle le gâteau obtenu, de manière à le réduire à un grand état de division. Cette matière divisée est traitée au bain-marie par environ 15 fois son poids d’alcool à 90° ; on maintient à la température d’ébullition de l’alcool pendant 1 ou 2 heures, en agitant fréquemment et en munissant le ballon d’un bouchon portant un long tube destiné à la condensation des vapeurs d’alcool. On filtre bouillant et par le refroidissement on obtient des cristaux blancs de galactose sensiblement pur. Pour le purifier complètement, on peut procéder à plusieurs redissolutions et cristallisations successives dans l’aleool.
Ainsi préparé, le galactose, qui a la fonction chimique et la composition élémentaire du glucose, a les caractères suivants : il est légèrement sucré, croquant sous la dent, fermentescible au contact de la levure de bière, il réduit la liqueur cuivrique à la manière du glucose; son point de fusion est de 187°, et le pouvoir rotatoire est égal à + 80°, 0 ; le pouvoir rotatoire n’est fixe que si l’on a eu soin de faire
bouillir la solution au préalable ou d’attendre qu'elle soit faite depuis environ 24 heures.
Le galactose est peu soluble dans l’alcool, surtout à froid ; il cristallise facilement de ses liqueurs aqueuses ; traité par l’aeide nitrique, il donne naissance à de grandes quantités d’acide mucique.
2° Recherche du galactose dans les produits de dédoublement de la gomme, de la pectine, etc. — On dissout les matières dans l'eau, de manière à avoir une solution qui renferme environ 5 à 10 pour 100 de gomme ou de pectine. Le liquide est additionné de 1.5 pour 100 de son volume d’acide sulfurique concentré; on chauffe pendant 5 heures à l’ébullition, puis ou neutralise par de la craie et on évapore à l’état de sirop. Ce sirop est introduit dans un ballon avec 2 fois son volume d’alcool à 85° ; on chauffe au bain-marie en agitant le ballon très vivement et à des intervalles très rapprochés. Cet alcool faible dissout les matières sucrées et laisse à l’état insoluble des matières gommeuses qui empêcheraient la cristallisation ultérieure des sucres. Cette matière gommeuse est épuisée à 2 ou 3 reprises par l'alcool faible; les liqueurs alcooliques sont distillées et les résidus étendus d’eau et traités par le sous-acétate de plomb jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de précipité. On filtre, on traite le liquide par l’hydrogène sulfuré en excès, on le concentre en sirop très clair et on le met en contact avec du noir animal. Ce liquide:, décoloré et amené à l’état de sirop clair, est additionné d’alcool ; il se précipite du galactose à l’état de poudre cristalline ; on fait cette extraction dans les mêmes conditions que s’il s’agissait d’extraire le galactose du sucre de lait ; seulement dans ces cas, et surtout lorsque les produits sur lesquels on a opéré contiennent beaucoup d’éléments étrangers, il ■faut attendre souvent très longtemps avant que la masse plus ou moins sirupeuse que précipite l’alcool donne naissance à des cristaux. Ce n’est souvent qu’au bout de quelques semaines ou de quelques mois que le galactose apparaît à l’état cristallin.
Dans les recherches qui ont trait à ce sucre, il est donc indispensable d’attendre souvent pendant un temps très long avant d’obtenir le résultat cherché.
Une fois qu’il est obtenu à l’état cristallisé, il est facile de le débarrasser par expression des sirops qui l’imprègnent ; des cristallisations répétées dans l’eau et dans l’alcool le donnent facilement à l'état de pureté, et on peut alors constater ses principaux caractères et notamment le point de fusion, le pouvoir rotatoire, et la production d’acide mucique.
§ 16. — RECHERCHE QUALITATIVE DES MATIÈRES SUCRÉES DE LA FORMULE C*sH*40)2 (MANNITE, DULCITE, PERSÉITE, S0RBITE)
Ces substances se rencontrent fréquemment dans le règne végétal, elles remplissent des fonctions physiologiques qui ne sont pas encore nettement déterminées, mais il semblerait qu'une relation étroite les lie à la formation des matières grasses. On les rencontre le plus souvent dans des fruits oléagineux et en quantité d’autant plus grande que la formation de la matière grasse est moins avancée.
Ces corps ont des caractères bien tranchés ; sans action sur les liqueurs cuivriques,
RECHERCHES SPÉCIALES DE PRODDITS VÉGÉTAUX. 51b
soit avant, soit après l’action des acides, ils ne peuvent pas être confondus avec les saccharoses ou les glucoses, leur action sur la lumière polarisée est nulle ou sensiblement nulle. Ils cristallisent avec une certaine facilité, et le point de fusion de ces cristaux peut en général s’observer avec netteté et constitue pour eux un caractère distinctif d’une grande valeur; ils sont solubles dans l'eau, peu solubles dans l’alcool froid, sensiblement solubles dans l’alcool bouillant, qui les laisse généralement déposer sous forme cristalline. Ils ne sont pas précipités par le sous-acétate de plomb, mais par l’acétate de plomb ammoniacal, qui forme avec eux un précipité volumineux, que l’on peut laver et décomposer ensuite par l’hydrogène sulfuré.
Les caractères de ces corps à l’égard des réactifs et de la lumière polarisée sont surtout négatifs, ce qui fait qu’il est difficile ou même impossible de les caractériser dans un mélange. Il faut en général les isoler par cristallisation, les purifier et constater ensuite leurs principaux caractères, tels que le point de fusion, la forme cristalline et surtout la composition centésimale déterminée par l’analyse organique.
Pour rechercher dans un végétal l’une ou l’autre des substances qui appartiennent à ce groupe, il faut au préalable séparer par le sous-acétate de plomb les matières gommeuses, peetiques, etc., enlever l’excès de plomb introduit dans la liqueur par l’hydrogène sulfuré, puis évaporer en consistance de sirop. Lorsqu’il y a de la mannite, de la dulcite, de la perséite, il se forme ordinairement des cristaux au bout de peu de temps. On recueille ces cristaux sur un petit linge, on les exprime et on les fait reeristalliser 2 ou 3 fois dans de l’alcool bouillant. On les obtient ainsi à l’état pur, et on peut vérifier leurs caractères, mais il arrive souvent et même dans la généralité des cas que ces substances sont accompagnées d’une quantité considérable de sucres proprement dits: glucose, saccharose, qui rendent leur cristallisation beaucoup plus difficile ou plus incomplète. 11 faut alors détruire ces dernières substances par la fermentation ; en effet, une fermentation alcoolique proprement dite et rapide ne touche pas aux matières du groupe de la mannite ; célles-ei sont alors retrouvées intactes à la fin de la fermentation qui a éliminé complètement les sucres fermentescibles. Pour effectuer cette fermentation dans les conditions les plus favorables, il faut opérer sur le suc végétal avant tout traitement et amené à un degré de con- ' centration ou de dilution tel qu’il ne contienne pas plus de 10 à 15 pour 100 de sucre fermentescible. On additionne le liquide de levure de bière dans la proportion de 20 à 50 grammes par litre de jus, on s’assure que le liquide est légèrement acide, sinon on y introduit une petite quantité d’acide tartrique. La fermentation doit s’opérer à une température de 30 à 32° et le flacon dans lequel elle se produit doit être relié à une trompe à eau qui y produit un vide partiel. Dans ces conditions, la fermentation se fait rapidement, l’alcool formé est éliminé en majeure partie sous l’influence du vide, et par suite la fermentation n’est pas ralentie par la présence de l’alcool. Au bout de 24 à 48 heures, la fermentation est achevée. On traite alors par un petit excès de sous-acétate de plomb, puis par l’hydrogène sulfuré, et on évapore le liquide en consistance sirupeuse, après l’avoir décoloré par un peu de noir animal lavé à l’acide, au moment où son volume était déjà réduit notablement.
Cependant il arrive quelquefois que cette cristallisation tarde à se produire, surtout lorsque la quantité du sucre cherché est peu abondante et que, d’autre part, il y a dans le mélange beaucoup de sels déliquescents ou de produits secondaires de la fermentation alcoolique, tels que la glycérine; dans ce cas, on peut recourir à une
réaction qui permet leur séparation d’avec ces matières. Cette réaction consiste aies précipiter par l’acétate de plomb ammoniacal. Les sucres en général et les congénères de la mannite en particulier, qui ne sont pas précipités par les acétates basiques de plomb, forment, lorsqu’on ajoute de l’ammoniaque à leur mélange avec Jes sels plombiques, un précipité abondant formé d’une combinaison de ces substances avec l’oxyde de plomb. De cette combinaison plombique on peut extraire le sucre en éliminant le plomb, par l’hydrogène sulfuré; ainsi débarrassés des substances qui les accompagnaient, ces sucres sont beaucoup plus aptes à cristalliser. Voici le mode opératoire que nous conseillons de suivre, dans le cas envisagé.
Les glucoses et les saccharoses étant préalablement détruits par la fermentation, comme il vient d’être dit plus haut, on concentre les liqueurs à un /volume peu considérable, tel par exemple qu’il représente le Vio environ du jus primitif employé; on ajoute du sous-acétate de plomb en excès; on filtre et on exprime sans laver. Le liquide dans lequel on aura maintenu un excès de sel plombique, sera additionné d’ammoniaque concentrée, aussi longtemps qu’il s’y produit un précipité. On attend pendant 1/2 heure environ, jusqu’à ce que le précipité se soit bien formé, puis on jette le précipité sur un filtre, on le lave avec une petite quantité d’eau et on exprime fortement entre des doubles de papier buvard. Cette combinaison de sucre et d’oxyde de plomb est délayée, dans un mortier, dans 10 à 15 fois son poids d’eau, et ensuite soumis à l’action d’un courant d’hydrogène sulfuré qu’on prolonge aussi longtemps, en agitant fréquemment la liqueur, que celle-ci ne conserve pas, lorsque le courant est interrompu, une forte odeur d’hydrogène sulfuré. On jette sur un filtre, et on évapore le liquide à basse température, en consistance sirupeuse. Il est bien rare que dans ces conditions, lorsqu’il y a une petite quantité des congénères de la mannite dans le jus végétal qu’on a examiné, on ne les obtienne pas à l’état de cristaux, sauf cependant la sorbite, qui met souvent un temps très long à se former en cristaux.
On les exprime entre des doubles de papier à filtrer, on les réduit en poudre fine et ensuite on les fait bouillir pendant une heure à peu près , dans dix à quinze fois leur poids d’alcool à 90° C. , en agitant fréquemment. Cette ébullition doit se faire dans un ballon placé au bain-marie et qui porte un bouchon muni d’un long tube destiné à condenser les vapeurs d’alcool ; on chauffe de manière à produire l’ébullition de l'alcool de telle sorte que l’extrémité du tube. reste froide. On filtre bouillant, en recueillant dans un verre de Bohème, qu’on recouvre immédiatement d’une plaque de verre qui empêche l’évaporation. Ordinairement la cristallisation se produit aussitôt que l'alcool se refroidit; on la laisse s’aehover pendant vingt-quatre heures; on décante l’alcool, on exprime les cristaux et on les fait reeristalliser une seconde ou même une troisième fois dans de l’alcool. Ils doivent être parfaitement blancs et, placés sur une lame de platine, ne laisser aucun résidu par l’incinération. On les dessèche à 1 00° et on les conserve dans un flacon bien bouché .
Détermination du point de fusion. — On peut opérer cette détermination avec une précision suffisante par le procédé employé par M. Berthelot. Il consiste à introduire dans un tube étiré en pointe et très mince quelques parcelles de la matière à examiner, et de manière à ce que ces parcelles s’arrêtent dans la partie étirée, sans tomber complètement au fond,
Ce tube est collé, au moyen d'une étiquette, à un thermomètre, de telle sorte que la partie contenant les parcelles de matière se trouve à la hauteur de la boule du thermomètre. On fait plonger dans un bain de paraffine contenu dans un petit verre de Bohême qu’on chauffe graduellement, en observant d’un côté le thermomètre et de l’autre l’état de la matière. Le thermomètre ne doit monter qu’avec lenteur, de manière à ce qu’on puisse saisir exactement le moment de la fusion. Il importe de ne pas laisser le système immobile dans le bain de paraffine, mais le thermomètre, tenu à la main, doit servir en quelque sorte d’agitateur, en sorte que la température du bain soit parfaitement uniforme. Il arrive un moment où l’une ou l’autre des parcelles contenues dans le tube étiré, et qui par son état cristallin et sa couleur blanche était parfaitement visible, disparaît en se transformant en une gouttelette incolore. C’est à ce moment précis qu’il faut lire les indications du thermomètre.
Ce n’est pas généralement dans une première opération que l’on trouve le point de fusion exact ; ordinairement on l’a dépassé et il est nécessaire de procéder à une nouvelle détermination dans laquelle, le point de fusion étant approximativement connu, on peut surveiller davantage l’approche du moment précis où cette fusion s’accomplit.
Le point de fusion de la mannile est compris 'entre 164 et 165 ; celui de la dulcite 185,5; celui de la perséite 185,5. Celui de la sorbite au voisinage de 110; mais ce dernier point de fusion est beaucoup moins net que les précédents.
La forme cristalline et la manière dont les cristaux sè déposent de leurs solutions aqueuses ou alcooliques constituent des caractères très nets pour les personnes qui ont une grande habitude du maniement de ces substances ; mais on ne peut pas, en général, procéder, pour des recherches de cette nature, à des déterminations cristallographiques. Le plus souvent on ne dispose que de trop peu de matière pour pouvoir obtenir des cristaux susceptibles d’être mesurés. L’èxamen au microscope, qui permet de mieux saisir la forme cristalline, est utilement employé dans ce cas.
L’analyse organique déterminera la composition élémentaire et la fonction chimique de ces corps, et ne doit jamais être négligée lorsqu’on est en doute sur la nature des corps examinés.
La mannile et ses congénères, lorsqu'ils sont parfaitement desséchés, ont pour formule :
et contiennent pour 100
Carbone . 59.56
Hydrogène, . 7 .69
Oxygène . 52.75
Enfin il est utile aussi de recourir à l’observation polarimétrique des solutions des deux substances préalablement purifiées.
La marmite donne une déviation à gauche qui est tellement minime qu’on peut la considérer comme nulle, mais lorsqu’on introduit dans sa solution du borax, on la voit devenir très nettement dextrogyre.
Ainsi 4 de mannite dans 100 d’eau donnent une déviation de — 0°,05.
Celte même solution, mise en présence d’un excès de borax et s’étant saturée de ce corps, donne une déviation de -f- 2°, 00.
Les solutions de dulcite n’ont d’action sur la lumière polarisée ni avant ni après l’addition de borax.
La perséite se comporte comme la mannite : sans action appréciable lorsqu’elle est seule, elle en atteint une dextrogyre lorsqu’elle est additionnée de borax.
Ainsi une solution de 4 de perséite dans 100 d’eau donne une déviation de 0°, 00. — Cette même solution, mise en présence d’un excès de borax et s’ctant saturée de ce corps, donne une déviation de + 0°,55.
La sorbite se comporte d’une manière à peu près analogue.
La mannite et ses congénères donnent des composés nitrés qui peuvent servir dans une certaine mesure à les caractériser ; ces corps nitrés, insolubles dans l’eau, solubles dans un mélange d’alcool et d’éther, peuvent être examinés au polarimètre; ils ont des pouvoirs rotatoires spécifiques assez nettement définis. Mais pour préparer eès corps il faut disposer d’une quantité de matière relativement considérable, soit 5 à 10 grammes. Voici de quelle manière on peut les obtenir.
Une partie de matière parfaitement sèche est réduite en poudre fine et délayée dans un peu d'acide nitrique de 1,5 de densité, ou mieux dans l’acide nitrique fumant; on broie le mélange dans un mortier jusqu’à ce que tout soit dissous ; on ajoute ensuite un peu d’acide sulfurique en agitant avec le pilon ; puis alternativement de l’aeide nitrique et de l’acide sulfurique, jusqu’à ce que l’on ait employé 4 parties et demie d’acide nitrique et 10 parties et demie d’acide sulfurique pour 1 partie de matière. — Le mélange se prend en masse cristalline qu’on met à égoutter sur un entonnoir garni d’un tampon d’amiante.
Lorsque l’égouttage est terminé, on prend les cristaux avec une spatule de platine par très petites portions, et on les projette dans un verre contenant de l’eau froide. En opérant ainsi on évite la décomposition des composés nitrés, qui se produit souvent par l’addition d’eau, à cause de l’élévation de température qui résulte de là combinaison de l’acide sulfurique avec l’eau. Souvent la masse contenue dans le mortier n’est pas cristalline, mais pâteuse ; il est alors difficile de faire égoutter dans un entonnoir; dans ce cas, on verse cette masse par très petites portions dans un grand verre contenant de l’eau froide, où le corps nitré se sépare à l’état insoluble et est ainsi débarrassé des acides qui l’imprégnaient. Dans l'un et l’autre cas, le corps nitré en suspension dans l’eau est jeté sur un filtre, lavé à l’eau jusqu’à cessation de réaction acide, exprimé et séché à l’air, ou mieux sous une cloche contenant de l’acide sulfurique. Le corps nitré sec doit être manié avec beaucoup de prudence; il détone avec violence sous le choc; pour le purifier, on le fait cristalliser dans l’alcool bouillant, et pour mesurer son pouvoir rotatoire, on en dissout un poids connu dans un mélange à volume égal d’alcool et d’éther.
Lorsque l’on hésite sur la nature de la matière sucrée sur laquelle on opère, le mieux est de procéder à toutes les réactions que nous venons d’indiquer, comparativement avec le corps qu’on cherche à déterminer et avec un échantillon du sucre pur et authentique dont on soupçonne qu’il se rapproche.
Un caractère qu’il ne faut jamais négliger dans la détermination de ces corps est celui qui consiste à rechercher si leur oxydation par l’acide azotique donne de l’acide saccharique ou de l’acide mucique.
La recherche de l’acide saccharique est très difficile et c'est plutôt une réaction négative; la production de l’acide mucique, au contraire, est facile à constater. On cherche donc si le produit examiné donne ou ne donne pas de l’acide mucique. Parmi les congénères de la mannite, la dulcite est le seul connu qui produise de l’acide mucique par l’oxydation ; sa molécule fondamentale est différente et il se rapproche des sueres du groupe des galactoses, qui donne également naissance à de l’acide mucique.
Pour obtenir la réaction qui produit l’acide mucique, on prend 2 ou 3 grammes de matière, on y ajoute 2 ou 3 centimètres cubes d’eau et 10 à 15 centimètres cubes d’acide azotique ; on met le tout dans une capsule et on chauffe doucemen t au bain de sable ; il se produit d’abord une réaction très vive ; on continue à éva porer jusqu’à ce qu’on n’ait plus qu’un volume de 3 ou 4 centimètres cubes. À ce moment on additionne de 15 à 20 centimètres cubes d’eau et on abandonne le mélange à lui-même ; s’il y a de l’acide mucique, on le voit se déposer sous une forme pulvérulente. Cette poudre se dissout à chaud dans l’ammoniaque bouillante, d’où un acide la précipite de nouveau.
Dosage. — Aucune réaction chimique d’une certaine netteté ne permet le dosage des substances dont nous venons de parler. Il faut donc se contenter, pour déterminer la quantité approximative, défaire une préparation aussi soignée que possible, en évitant, autant que possible, toute perte de matière et en purifiant les cristaux qu’on a obtenus tant par la dissolution dans l’alcool que par l’expression qui en élimine les parties sirupeuses. — On pèse après dessiccation les cristaux obtenus.
§ 17. — RECHERCHE DE Lit PINITE, DE LA QUERC1TE, DE L’INOSITE.
Il existe une classe de sucres qui ne diffèrent de la mannite et de ses analogues que par une quantité d’eau de constitution moindre ; ces matières répondent à la formule C12H12010, ce qui équivaut à la formule des mannites diminuée de deux équivalents d’eau et à une composition centésimale de :
Carbone . 43,9
Hydrogène . 7,5
Oxygène . 48,8
Pour les caractériser et les déterminer, il n’existe d'autre moyen que de les isoler par cristallisation ; comme ils ne sont pas fermentescibles au contact de la levure de bière, on peut soumettre le mélange qui les contient à une fermentation rapide avec une certaine quantité de levure ; les sucres fermentescibles sont ainsi éliminés ; on chasse par une légère évaporation l'alcool qui s’est produit et on traite par du sous-acétate de plomb ; on filtre et traite par l’hydrogène sulfuré, puis on évapore à un petit volume ; on décolore par le noir animal et on amène à l’état de sirop clair. Au bout d’un temps plus ou moins long on exprime les cristaux qui se sont formés et on les purifie par des cristallisations dans l’eau et dans l’alcool. Si la matière (graine, par exemple) qui les renferme peut être séchée
et ensuite pulvérisée, il vaut mieux traiter celle-ci, amenée à letat de poudre fine par de l’alcool bouillant. Souvent on obtient directement par le refroidissement de l’alcool des cristaux plus ou moins imprégnés de matière sirupeuse et on peut alors les isoler par expression. Si ce fait ne se produit pas, il conviendra de chasser l’alcool par distillation , et de recourir de nouveau , comme il est dit ci-dessus à l’action de la levure de bière et aux traitements ultérieurs dont nous avons parlé.
La composition élémentaire est indispensable à connaîlre pour discerner la nature de ces sucres. — On prendra de plus le point de fusion, qui
pour la quercite est situé vers . . 255°
— pinite — . 255°
— sapotillite — . 220°
Le pouvoir rotatoire spécifique est également important à déterminer ; il est pour la quercite de-|- 33°,5, de -+- 56° pour la pinite, et de -j— 22°,5 pour la sapotillite.
Inosite. — Cette substance, qui së rapproche des glucoses par sa composition, a beaucoup d’analogie, par ses propriétés physiques, avec les mannites ; elle se rencontre dans la chair musculaire et, à ce titre, elle présente une importance exceptionnelle. Nous décrirons ici sa recherche dans les végétaux; elle se rencontre en effet dans diverses plantes.
Son aptitude à cristalliser rend cette recherche relativement facile; on commence par extraire le jus, lorsque les plantes sont suffisamment aqueuses, sinon on traite par l’eau bouillante, avant d’exprimer. Le liquide obtenu est mis en présence de levure de bière dans les conditions qui activent la fermentation et dont nous avons parlé plus haut, puis en évapore à consistance sirupeuse et on laisse cristalliser. L’ inosite se dépose au bout de peu de temps et peut être séparée des eaux mères. C’est avec intention que nous n’avons pas, dans ce cas, employé le sous-acétate de plomb pour éliminer certaines substances pouvant gêner la cristallisation, car le sous-acétate de plomb a la propriété de précipiter l’inosite; celle-ci se trouverait donc éliminée dans le précipité plombique. Mais il est prudent, avant que le sirop fût tout à fait concentré, de traiter avec un peu de noir animal lavé.
On peut se servir de la propriété qu’a le sous-acétate de plomb de précipiter l’inosite pour isoler celle-ci. A cet effet, le précipité plombique est lavé et décomposé par l’hydrogène sulfuré, mais lorsqu’on se trouve en présence d’une quantité notable d’autres sucres, la précipitation par ce réactif est moins complète. G’est donc ie premier procédé que nous avons indiqué qu’ii y a en général le plus d’intérêt à suivre.
L’inosite a un point de fusion facile à observer et qui diffère notablement de celui de la plupart des autres sucres ; il est de 210°.
L’inosite n’a pas d’action sur la liqueur de Fehling, ni avant, ni après le traitement par un acide ; elle n’a pas non plus d’action sur la lumière polarisée.
Lorsqu’elle est isolée, on la reconnaît par une réaction colorée qui se produit de la manière suivante :
Quelques parcelles de matière sont placées sur une lame de platine et humectées de quelques gouttes d’acide azotique. On chauffe au-dessus d’une flamme , mais avec précaution pour éviter une décomposition de la matière, jusqu’à ce que l’acide azotique soit chassé. Sur le résidu sec on ajoute une ou deux gouttes d’ammoniaque et une goutte de solution de chlorure de calcium. On chauffe de nouveau avec précaution, jusqu’à dessiccation; l’enduit qui reste sur la lame de platine présente une belle coloration rosée.
Lorsque l’inosite se trouve mélangée à d’autres substances, la réaction se produit encore, mais elle est beaucoup moins nette.