PROPRIÉTÉS CHIMIQUES ET ANALYSE QUALITATIVE
Le SUC gastrique est toujours franchement acide; s’il est alcalin, la réaction doit être attribuée à des circonstances étrangères. Son acidité varie de 0,5 à 3,2 p. 1000.
Il ne se trouble pas à l'ébullition.
Les acides minéraux ne le précipitent pas, mais les carbonates alcalins donnent lieu il un faible précipité qui consiste principalement en sels calcaires mélangés à un peu de matière organique entraînée mécaniquement.
Le sublimé corrosif y fait naître un précîpité renfermant une certaine quantité de pepsine.
Avec le nitrate d’argent, il se produit un précipité très volumineux formé principalement de chlorure d’argent, mais emprisonnant toujours de la matière organique.
Les sels de plomb produisent également un dépôt de chlorure qui entraîne une partie du ferment stomacal.
Ces divers précipités cependant, lavés convenablement à l'eau, abandonnent de nouveau la pepsine.
Le cyanure jaune, le sulfate de cuivre, le chlorure ferrique et l’alun ne précipitent pas le suc gastrique.
Avec l'alcool on obtient un précipité qui se redissout peu à peu dans l’eau. Cette liqueur additionnée do quelques gouttes d’acide chlorhydrique jouit d’un pouvoir digestif considérable.
Quand on concentre le suc gastrique, l’acide chlorhydrique s’évapore en môme temps que l’eau; le résidu contient de nombreux cristaux de chlorure de sodium enchâssés dans une masse sirupeuse contenant généralement du lactato de sodium.
Acidité dn suc gastricfiie.
Tout en s’accordant sur la réaction acide du suc gastrique, les auteurs ont attribué pendant fort longtemps cette acidité à des causes diverses, phosphate acide de chaux, acide chlorhydrique et acide lactique. Cependant le plus grand nombre des physiologistes admettent aujourd’hui qu’elle est due à l’acide chlorhydrique, et que l’acide lactique, dont la présence ne peut être niée, est le résultat d’une fermentation produite dans l’estomac aux dépens des composés sucrés.
Dansÿn travail récent relatif à l’examen des acides du suc gastrique pendant la digestion, question longuement étudiée déjà par ses savants prédécesseurs, Ewald(t) s’applique à faire ressortir les avantages de l’emploi de la tropéoline, du violet de gentiane et de méthyle, ainsi que d’un mélange de chlorure ferrique et de phénol pour la solution du problème.
11 fait d’abord remarquer : l" que la tropéoline en solution alcoolique ou
(1) Jahresb. f. Tkier Chemie, 1883, p. 2S
aqueuse, de couleur mordorée, prend une teinte rouge rubis ou brun rouge en présence des acides chlorlijdrique et lactfquc libres;
Qu’elle se colore en jaune ou bien fournit un précipité de même couleur avec les phosphates neutres ou acides, ainsi qu'avec les lactates alcalins;
3° Que le violet de gentiane ou de méthyle devient bleu au contact de l’acide chlorliydrique et ne change pas en présence de l’acide lactique;
4” Que le chlorure ferrique additionné de phénol se décolore en présence de l'acide chlorhydrique et jaunit au contact de l’acide lactique libre on dos lactates.
Cela posé, on obtient, en versant la solution aqueuse ou alcoolique de tropéoline dans du suc gastrique, une coloration rouge ou jaune qui indique : dans le premier cas, ou bien la présence de l'acide chlorhydrique ou de l'acide lactique; dans le second, celle de phosphates neutres ou alcalins ou de lactates. Si le réactif ne change pas de couleur, il importe de rechercher la présence des acides gras volatils.
La coloration primitive est-elle rouge rubis après addition de la tropéoline et indique-t-elle par conséquent l’un ou l'autre des acides libres, chlorhydrique ou lactique, on ajoutera à une nouvelle portion de la liqueur à examiner du violet de gentiane ou de méthyle. Dans le cas où il se produit un changement de teinte et que la solution devient bleue, on a affaire à de l’acide chlorhydrique libre.
Si la couleur du violet de gentiane ne se modifie pas, on verse dans une nouvelle portion de la liqueur le mélange de chlorure ferrique et de phénol qui se décolore au contact de l’acide chlorhydrique et jaunit en présence de l’acide lactique libre ou d’un lactate.
Pour savoir, en définitive, si la liqueur primitive contient ou non de l'acide lactique libre ou un lactate, on la traite par de l’éther ; dans le cas où le véhicule ne dissout rien, la coloration jaune précédente proviendrait d’un lactate et non de l’acide lactique.
Le procédé analytique peut donc se résumer comme suit ;
gastrique | Jaune, tropéoline. j
\ décoloration.
A. chlorhydr.
a. lactique.
Rechercher
présence
.• Liqueur primitive ( “1. bleue. A. chlorhydr.
( + violet gedtiane. ) pas de col '
pas ue COI. ^ lactates.
Liqueur primitive chlorure ferrique.
+ phénol.
Décoloré.
A. chlorhydr.
\ soluble. ) *'*’*^'
t dissout^ ! Lactates.
Ewald a employé ce procédé pour étudier l’apparition des acides lactique et chlorhydrique dans le suc gastrique dans des conditions très variées d’alimentation, exclusivement azotée, hydrocarbonée ou mixte, il a constaté, avec plus de précision qu’on ne l’avait fait jusqu’à présent, que, en suite d’un régime composé uniquement de viande, l’acide lactique apparaissait en premier lieu, et l’acide chlorhydrique plus tard seulement et que celui-ci enfin, après être ro.sté
EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARXIER ET SCHLAGDEXHAUFFEN.
mélangé pendant un certain temps avec le premier, finissait, au bout de 3 heures, par constituer à lui seul l’acidité du suc gastrique.
Nous verrons cependant plus loin les objections qu’on a soulevées à propos de l’emploi de ce réactif pour le dosage de l’acide libre.
Toujours en quête de preuves nouvelles, on a proposé, il y a peu de temps (t), de rechercher l'acide chlorhydrique libre au moyen du réactif suivant qui doit être conservé à l’abri de la lumière :
Vanillinc. is".
Pliloroglucinc. Ss'.
Alcool. 305^
En chauffant doucement le liquide auquel on ajoute ce réactif, il se produit une couleur rouge cramoisi, si ce liquide renferme de l’acide chlorhydrique, même dans la proportion de Qs^Ob p. 1000 ; il ne se produit aucune modification en présence de l’acide lactique.
L’emploi de ce réactif auquel on donne le nom de Phloroglucine vanillique ou réactif de Günzburg, a été recommandé par M. le prof'' Germain Sée, dans une communication faite par lui à l’Académie de médecine, dans la séance du 17 Jan v. dernier et serait, paraît-il, à l’abri de toute critique. {J. Ch. Ph., avril 1888.)