POLARISTROBOMÈTRE DE WILD
Le polaristrobomètre de Wild présente sur les appareils précédents l'avantage de fournir des résultats plus précis. Au lieu de comparer les teintes de deux demi-disques, opération qui se fait avec un degré d’exactitude très variable, suivant la sensibilité de l’œil de l’observateur, on détermine le moment de la disparition de bandes noires vues sur fond jaune.
L’appareil se compose : 1° d’un nicol polariseur (p), mobile autour de son axe avec un disque vertical auquel il est fixé et dont le mouvement est produit par une vis d’appel; 2° au delà du tube à liquide, d'un polariseur de Savart (s) (1); 3° d’un nicol analyseur (a), et 4" d’un système lenticulaire formant lunette de Galilée (IJ ^voir fig. 13).
Fig. 13.
Le polariscope de Savart interposé sur le trajet des rayons lumineux fait naître dans le champ éclairé des franges d’interférence pour toutes les positions du polariseur et de l’analyseur, sauf dans le cas où leurs sections principales sont parallèles ou perpendiculaires. La lunette de Galilée porte en avant et à son foyer un diaphragme, muni de deux fils croisés dont on doit préciser l’image très exactement.
Une seconde lunette latérale permet de lire la graduation que porte le disque fixé au nicol mobile (p), lequel se meut en regard d’un index fixe marqué o et éclairé par une petite flamme latérale.
L’éclairage du polaristrobomètre se fait, comme pour l’appareil à pénombre, à l’aide d’une flamme monochromatique au sodium.
L’une des moitiés du disque porte une graduation allant jusqu’à 300, à droite du zéro et à 150 à gauche; chaque unité représentant 1 gramme de saccharose pure par litre, sous une épaisseur de 20 centimètres. Le côté opposé du disque est gradué en degrés et 1/3 de degré, en fout 360 degrés; cette nouvelle graduation donne, en valeur absolue, les angles de rotation du plan de polarisation.
Installation de l'appareil. — L’instrument étant bien éclairé par ses deux flammes, l’une monochromatique jaune pour le polariscope l’autre blanche et de l’intensité d’une bougie pour le cercle gradué mobile, on met l’oculaire au (1) Phijsiijue de Jamin, 3' ddit., 1881, t. III, 3' fasc., p. 461.
POLARISTROBOMÈTRE DE WILD.
point sur les fils croisés qui doivent être très nets. On observe alors une série de bandes horizontales noires dont l’intensité varie suivant la position de l’un des niçois et qui disparaissent complètement ou du moins dans la partie centrale, quand les deux niçois sont parallèles ou à 90 degrés; on ne voit plus alors que le champ jaune sur lequel se dessinent les deux fils croisés. On cherche la position où le 0 fixe est en regard du chiffre 50 de la division en degrés du cercle mobile, laquelle doit correspondre à la disparition des franges; si celles-ci persistent, on agit sur doux vis micrométriques qui font tourner le polariscopei droite ou à gauche dans son enveloppe jusqu’à ce que le champ devienne bien net. L’appareil est dès lors réglé.
Observation. — Le liquide simplement filtré, s’il est jaune et peu coloré, sinon décoloré par un moyen quelconque, est introduit dans le tube calibré de 20 centimètres et intercalé entre le polariseur et le polariscope (,t ). On corrige la déviation du plan de polarisation, si elle se produit, en tournant la vis de rappel du cercle gradué à droite ou à gauche et suivant que le chiffre trouvé au moment de la disparition des franges est < ou > que 50, la rotation est droite ou gauche. On lit enfin la déviation que l’on exprime en degrés et dixièmes de degré en plus ou en moins que 50 (point de départ).
Interprétation des résultats. — Nous prendrons encore, comme exemple de calcul, le cas de l’examen d'une urine diabétique.
Le pouvoir rotatoire spécifique de la glucose de l’urine étant {a)D = -f62,5 (Landolt), c’est-à-dire qu’une solution defOO grammes de glucose pour 100 centimètres cubes, examinée sous une épaisseur de 10 centimètres déviant à droite de 52,5, cette même solution, sous une épaisseur de 20 centimètres, déviera du double ou de 105 degrés.
1° correspond donc à ou 0,9525 de glucose p. 100, ou à 9 sl.52o par litre.
Supposons qu’on ait trouvé une déviation de 8“,6 au delà de 50 pour une urine; la quantité de glucose par litre, sera de 9s'',525x8°,6 = 8ls'',74.
On reconnaît de même que, sous l’épaisseur de 20 centimètres,
1° représente —— 0,8 928 d’albunrine p. 100 — gg^^^^^ = 0,8;i9i de lactose p. 100.
Remarque. — L’appareil de Wild peut servir tout aussi bien que le saccharimètre à pénombre à.la(détermination des pouvoirs rotatoires spécifiques; les méthodes et formules sont les mêmes que celles qui ont été décrites page 46.
Décoloration des liquides. — Quand les liquides à soumettre à l’examen polarimétrique sont très peu colorés et que la coloration est jaunâtre, sans mélange de rouge ou de brun, une simple filtration suffit comme traitement préalable, surtout pour l’appareil de ’Vlhld.
Quand la décoloration s’impose, on peut recourir à divers procédés : si l’acétate
(1) On doit éviter de trop serrer les deux disques de verre placés aux bouts du tube, sans quoi l’on comprime le liquide et l’on court le risque de ne plus pouvoir faire disparaître les franges noires.
ENCÏCLOP.
de plomb n’a pas d’inconvénient, et c’est le cas des urines diabétiques acides (si elles étaient alcalines, il faudrait les aciduler par l’acide acétique), on ajoute au liquide de l’acétate de plomb, puis on traite le liquide filtré soit par un courant d’hydrogène sulfuré, soit par du sulfate de sodium pour éliminer l’excès de plomb, et l’on soumet le produit limpide final à l’examen polarimétrique, en tenant compte de la dilution du liquide.
Le plus souvent on se sert de noir animal lavé à l'acide. On admet que le liquide décoloré a gardé sa richesse primitive en substance active, ce qui peut n’être pas toujours vrai, comme Seegen l’a démontré pour l’urine diabétique (voir Urines, p. t02J.