Procédés spectroscopiques
Les procédés chromométriques qu'on vient d’étudier ont une sensibilité limitée à cause d’un phénomène d’optique auquel on a déjà fait allusion; il arrive, en effet, que par suite de la grande quantité de lumière rouge transmise, la variation de l’absorption dans la région verte, où l'intensité lumineuse éprouve l’affaiblissement la plus notable, n’est pas très sensible à l’œil (3). Il semble donc préférable d’observer, comme l’a fait Preyer, la région spectrale comprise entre les raies D et E, où l'absorption varie notablement pour un faible accroissement d’épaisseur de la solution employée.
Le procédé de Preyer (4), modifié par Quincke et Rajewski, consiste à examiner le spectre d’une source lumineuse constante d’abord après passage à travers une solution titrée d’hémoglobine, ensuite à travers la solution du sang à analyser, et à déterminer les épaisseurs de chaque solution nécessaires pour faire disparaître l’espace vert intermédiaire aux deux bandes. Les solutions peuvent être introduites soit dans un prisme creux mobile devant la fente (Quincke, Rajewski), soit dans un lactoscope de Donné (Ritter). Ce procédé donne des résultats trop variables, à cause des oscillations de la source lumineuse, et surtout à cause des variations de sensibilité de l’organe visuel, puisqu’on opère successivement sur les deux solutions à comparer. L’erreur moyenne, qui est d’environ 2«LbO pour 100 grammes d'hémoglobine, peut dans certains cas s’élever jusqu'à 10 p. 100 (5).
Ce procédé spectroscopique, heureusement modifié, semble avoir été repris
(1) Malassez, Comptes rendus de la Soc. de Biol., 1882, p. 627-636.
(2) Voy. p. 163, une modification analogue du colorimètre Laurent.
(3) Voy. p. 16.
(4) Lambling, loc. cil., p. 94. — Voyez aussi : Hennig, Poggendorfs Ann., t. CXLIX, p.349.
(3) Voyez Branly, Dosage de l'hémoglobine, etc., in Annales de ekim. et de phys., (S),
t. XXVII, p. 241. "
166 E^•CYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAUFFEN.
avec succès par M. Hénocque dans la construction d’un hématospeclroscope. Cet instrument se compose essentiellement d’un spectroscope à vision directe associé à un hématoscope spécial. Cet hématoscope, employé à part, sert à l’analyse rapide du sang ; associé au spectroscope, il permet l’étude des spectres d'absorption du sang, de l’urine, de la bile, etc.
Vhématoscope est essentiellement constitué par deux lames de verre de largeurs inégales. Elles sont superposées de façon que, maintenues en contact à l’une de leurs extrémités, elles s’écartent de l’autre d’une distance de 300 millièmes de millimètres, limitant ainsi un espace prismatique capillaire.
Fig. 16. — Coupe de rhématoscope.
Loi-squ’on introduit du sang en nature, entre deux lames, en en déposant quelques gouttes sur la tranche inférieure, ce liquide pénètre par capillarité et s’étend en une couche dont l’épaisseur varie de gauche à droite entre 0 et 300 millièmes de millimètres ou micra. Une échelle graduée en millimètres est gravée sur l’une des lames (lame inférieure). Elle va de 0 à 60 millimètres.
Fig. 17. — Plaque hématoscopique d’émail
Il en résulte que pour calculer l’épaisseur, en millièmes de millimètres, de la couche sanguine au niveau d’une division de l’échelle,';!! suffit de multiplier cette division par 3. La capacité de l’espace prismatique^ étant de 90 millimètres cubes, il faut, en pratique, environ dix gouttes de sang pour bien remplir l’héniatoscope. En appliquant l’appareil ainsi garni sur une plaque en émail (fig. 17 et 18) portant une échelle millimétrique, des chiffres et des lettres, il est évident qu’on pourra lire d’autant plus de lettres et de chiffres que le sang sera moins chargé en oxyhémoglobine. Avec du sang d’anémique, on lira par exemple :
En lettres : hématoscope d’Hén...;
En chiffres : 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8;
Et en millimètres, on distinguera de 0 à 43.
ANALYSE DU SANG. — DOSAGE DE L’HÉ.MOGLOBINE
L’échelle en cliifiFres est construite de telle façon que le dernier chiffre, lu distinctement, indique la quantité d’oxyhémoglobine contenue dans tOO grammes de sang. Elle a été établie, dit l'auteur, à la suite de recherches multiples sur le
Fig. 18. — néinatoscope superposé à la plaque d’émail.
sang de l’homme et de divers animaux, analysé par des proédés spectroscopiques et chimiques. Bien entendu il faut, avant la lecture, faire coïncider l’échelle millimétrique de la plaque d’émail avec celle de l’appareil. L’examen se fait à la lumière diffuse du grand jour.
Nous voudrions faire remarquer que cet instrument, dont le maniement est fort simple et qui peut certainement donner des renseignements intéressants, mesure en définitif quelque chose d’assez complexe. L’opacité du sang ne dépend pas uniquement de la richesse des globules en oxyhémoglobine, mais aussi de leur nombre. A la vérité, comme cette opacité tient à une différence de l'indice de réfraction du sérum et des globules, plus est grande la richesse de ceux-ci en matière colorante, plus est grande aussi cette différence d’indice et l’opacité qui en résulte. Cela est d’autant plus vrai que l’hémoglohinc forme les 9/fO du poids des globules secs. Mais si l’on supprime par la pensée la matière colorante des globules, on ne supprime pas totalement, du même coup, cette différence d’indice, et l'opacité qui en résulte; le liquide restant n'aurait pas moins, dans une certaine mesure, l’apparence du lait, et son opacité varierait encore avec le volume et surtout le nombre des éléments figurés, supposés incolores. Or, il semble prouvé aujourd’hui qu’à une môme richesse en matière colorante peuvent correpondre des nombres de globules fort différents, et par suite, peut-être, un degré d’opacité différent. Dans les cas de leucocythémie prononcée, le degré de transparence du sang mesurerait encore moins exactement la richesse en hémoglobine.
En déplaçant l’hématoscope chargé de sang pur devant la fente d’un spectroscope, on pourra observer sous des épaisseurs variables le spectre d’absorption du sang, et constater facilement le mélange d’oxyhémoglobine, la présence de la méthémoglobine, de l’hémoglobine o.xycarbonée, etc... Dans ces conditions, l’hématoscope peut servir aussi au dosage de l'oxyhémoglobine. M. Ilénocque utilise dans ce but le phénomène de deux bandes également obscures : « Le sang contenant 14 p. 100 d’hémoglobine, examiné à la lumière du jour sous une épaisseur de 70 millièmes de millimètres, avec un spectroscope à vision directe, et à une distance ne dépassant pas un millimètre, présente les deux bandes caractéristiqués de l’oxyhémoglobine avec une teinte noire également obscure. Ces bandes ont aussi une étendue égale dans le spectre.» Le phénomène
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQL'E. — CARNIEIÎ ET SCHLAGDENHAUFFEN.
des deux bandes égales sera perçu pour une épaisseur de sang d’autant plus faible, que la richesse en hémoglobine sera plus grande. M. Hénocque a dressé une échelle de concordance qui représente la quantité d’oxyhémoglobine contenue, dans le sang sous les diverses épaisseurs auxquelles on observe le phénomène des deux bandes égales (1).