Macquer, Dictionnaire de Chimie
vèrent surtout l’atténuation de leurs propriétés actives et donnèrent à ce phénomène nouveau le nom de dulcification des acides1 ; de plus, ils remarquèrent l’odeur et la volatilité des liquides que l’on obtenait en soumettant ces mélanges à la distillation.
Mais, à travers leurs descriptions obscures et énigmatiques, il est difficile de démêler autre chose que des recettes plus ou moins bizarres, destinées à préparer diverses liqueurs éthéro-alcooliques, bases de leurs élixirs et de leurs panacées 2 * 4. Il n’est même pas douteux, d’après la description qu’il en laissa sous le nom d’huile douce de vitriol, que Valerius Cordus, à qui b on fait remonter la découverte de l’éther, n’ait eu entre les mains que de l’huile douce de vin , produit secondaire de la préparation de l’éther s.
Passons donc sur cette période d’essais infructueux et confus, et arrivons à des ouvrages plus clairs et plus précis.
Le véritable éther ne fut préparé pour la première fois que deux siècles plus tard, en 1730, par un chimiste connu seulement sous le pseudonyme de Frobenius *. Il l’obtint en distillant dans certaines conditions Y esprit-de-vin et l'huile de vitriol, et il en donna une description qui ne laisse aucun doute sur la nature du produit qu’il avait préparé. Il lui donna le nom d'éther.
Les expériences de Frobenius furent répétées et vérifiées par les chimistes de l’époque, qui furent alors conduits à faire agir dans les mêmes conditions les autres acides sur l’alcool. Ils découvrirent successivement que l’acide nitreux, l’acide marin, l’acide du vinaigre, après avoir été dulcifiés par l’esprit-de-vin, fournissaient, quand on les soumettait à la distillation, des liqueurs auxquelles ils donnèrent, par analogie, le nom d’éther, parce que : bien que différant de l’éther proprement dit ou vitriolique par quelques propriétés particulières à chacune d’elles, elles en possédaient néanmoins les propriétés essentielles 5.
Mais leur préparation étant demeurée imparfaite ou incertaine, on attribua ces légères différences à quelque portion de l’acide primitif retenu dans l’éther, et, imbus des idées qui régnaient alors tant sur la transmutabilité des acides par suite de leur engagement dans une combinaison éthérée, que sur l’acide universel qu’on croyait latent dans une infinité de composés, ignorant d’ailleurs complètement la composition des corps qu’ils mettaient en œuvre, et n’ayant guère recours pour les distinguer qu’à leurs caractères organoleptiques 6, les chimistes de l’époque considéraient généralement ces liqueurs comme iden-
1 . On entendait par dulcification en général radoucissement qu’on procure aux corps caustiques et corrosifs en les combinant à quelque autre substance. Ce nom était plus spécialement affecté à l’union des acides minéraux avec l’esprit-de-vin et aux changements de propriétés qui en résultent pour ces corps, (Macquer, Met. de Chimie .)
2. Telles sont lés liqueurs qu’on trouve désignées sous les noms de : Aqua Lulliana Aqua temperata, Oleum dulce Paracelsi, Acetum principale de Ilrünger, Esprit de nitre et Esprit de sel dulcifié, de Bazile Valentin (seizième siècle), Eau de Babel (dix-septième siècle).
5. Voir pour plus de détails l’historique de l'éther éthyl-éthylique. '