ÉTHERS DE LA GLYCÉRINE
HISTORIQUE
Les notions actuellement admises sur la constitution des corps gras naturels et sur le rôle respectif de la glycérine et des acides gras qui les composent sont dues entièrement à Chevreul et à Bertkelot.
Dans ses remarquables Recherches sur les corps gras d’origine animale, Chevreul montra l’analogie qui existe entre les corps gras neutres et les éthers composés, et par suite entre la glycérine et l’alcool. Cette analogie s’est révélée à lui par les phénomènes de la saponification, phénomènes de tout point comparables aux dédoublements des éthers composés, tant par les conditions qui les provoquent et les accompagnent, que par la nature des produits formés. Parmi les preuves les plus concluantes, et c’est là une marque merveilleuse de perspicacité, il cita le fait fondamental de l’absorption de l’eau par les corps gras neutres dans leur saponification, fait qui a été vérifié plus tard et généralisé par Dumas et Boullay dans leur travail sur les éthers.
Après avoir isolé les uns des autres par l’analyse immédiate les principes neutres et définis dont le mélange en proportions indéfinies forme les corps gras neutres, il résuma ses interprétations sous forme des deux hypothèses suivantes :
« Ou bien la stéarine, l’oléine, la butyrine, etc., sont formées d’oxygène, de carbone et d’hydrogène dans des proportions telles, qu’une portion de leurs
éléments représente un acide gras fixe ou volatil, tandis que l’autre portion, plus de l'eau, représente de la glycérine; ou bien la stéarine, l’oléine, etc., sont des espèces de sels formés d’un acide gras anhydre, fixe ou volatil, et de glycérine anhydre, constitution analogue à celle des éthers. »
Ce dernier point de vue a été depuis développé et vérifié de plus en plus. Pelouze1, Redtenbacher2, préparèrent les acides sulfoglycérique et phosphoglycèrique, et Berzélius3 les acides tartroglycériques.
On doit à Pelouze et Gélis4, ainsi qu’à Duffy8, les premiers essais de reproduction des corps gras naturels. Mais les premiers effectuèrent la combinaison de l’acide butyrique et de la glycérine en présence d’acide sulfurique ou chlorhydrique, et le corps qu’ils obtinrent était probablement une butyrine impure ou une sulfobutyrine ou une chlorhydrobutyrine. Le second montra que la quantité de stéarine qui en se saponifiant forme 1 équivalent d’acide stéarique ne perd que 2 équivalents de carbone pour former de la glycérine, mais il ne sut pas en tirer cette conclusion importante que la quantité de stéarine qui fournit par saponification 5 équivalents d’acide stéarique perd en même temps 6 équivalents de carbone pour former de la glycérine, et que par conséquent i équivalent de stéarine donne en se saponifiant 3 équivalents d’acide stéarique pour 1 équivalent de glycérine.
C’est à Berthelot6 que revient cet honneur d’avoir montré que la glycérine pouvait donner naissance à trois séries distinctes de combinaisons neutres et devait, pour se saturer complètement, se combiner à 3 équivalents d’un acide monobasique en donnant lieu à l’élimination de 3 molécules d’eau, d’avoir en un mot découvert des alcools triatomiques.
FORMATION. — PRÉPARATION
Les éthers de la glycérine formés par les oxacides, et notamment ceux formés par les acides organiques, se préparent en général en faisant réagir l’acide sur un excès de glycérine (éthers à 1 équivalent d’acide) ou la glycérine sur un excès d’acide (éthers à 5 équivalents d’acide) ; les éthers intermédiaires (éthers à 2 équivalents d’acide) accompagnent souvent les éthers à 1 ou à 3 équivalents d’acide dans les réactions qui leur donnent naissance ; leur séparation est d’ailleurs assez difficile.
On prépare les éthers d’hydracides en faisant réagir le perchlorure ou le pei'bromure de phosphore sur la glycérine et dans quelques cas particuliers en traitant directement la glycérine par l’hydracide.
Les éthers mixtes se préparent au moyen d’un éther chlorhydrique et de l’aleool sodé correspondant.
Enfin, on en obtient un très grand nombre par double décomposition en partant d’un éther mono, di, ou tri-chlorhydrique de la glycérine.