Fourcroy, Système des connaissances chimiques
2. Fourcroy et Vauquelin, Annales de Chimie, [1], XXIII, p. 203 et suiv., 1797.
agit sur l’alcool comme sur les autres matières organiques en vertu de l’affinité puissante qu’il exerce sur l’eau ; en contact avec les éléments de celle-ci qui existent à l’état latent dans l’alcool, il en détermine l’union, pendant que du carbone se précipite; il se forme alors de l’éther et la chaleur na pour but que de permettre à ce corps, qui bout plus bas que le mélange d’acide et d’alcool, de se dégager complètement ; on pourrait même changer entièrement une masse quelconque d’alcool en éther sans le secours du calorique, en augmentant la quantité d’acide sulfurique, qui n’éprouverait par là d’autre changement que d’être étendu d’eau. La température ne doit pas dépasser 80° (Réaumur), car au delà de cette limite il se forme des réactions secondaires en vertu desquelles, l’acide et l’alcool se décomposant mutuellement, il ne se forme plus d’éther : l’oxygène de l’acide se porte sur l’hydrogène et sur le carbone de l’alcool pour former de l’eau, de l’acide carbonique et de l’aeide sulfureux ; en même temps il se précipite une nouvelle quantité de carbone, lequel, se combinant à l’éther, donne naissance à l’huile douce de vin : « En résumé, disent-ils, l’alcool diffère de l’éther en ce qu’il contient plus de carbone, moins d’hydrogène et d’oxygène. »
On voit qu’ils expliquaient par une action secondaire la mise en liberté simultanée de l’éther et de l’eau qui était en contradiction avec le principe de leur théorie. De plus la formule qu’ils donnent de l’éther est inexacte.
Dabit1, par une étude minutieuse de ces phénomènes, reconnut, contrairement à l’opinion de Fourcroy et Vauquelin, que la précipitation du carbone, loin d’être une condition nécessaire à la formation de l’éther, n’est qu’une réaction secondaire, et qu’une quantité donnée d’acide sulfurique peut éthérifier un poids d’alcool plus grand qu'on ne l’aurait cru jusqu’alors ; il découvrait en même temps l’acide. sulfovinique, qu’il regardait comme un composé intermédiaire enti-e SO2 et SO3, combiné à une huile volatile qu’il laissait échapper par la chaleur.
En 1815 2 Boullay confirma ce point qu’une quantité donnée d’acide sulfurique pouvait éthérifier une quantité presque illimitée d’alcool. Il simplifia la théorie de ses prédécesseurs en démontrant que la formation d’huile douce de vin, d’acide carbonique, d’acide sulfureux, de gaz défiant, de carbone précipité, était due à des réactions secondaires étrangères à l’éthérification proprement dite, et en prouvant que ce dernier phénomène s’opérait sans que l'alcool subît d’autre changement que la perte d’une portion de son oxygène et de son hydrogène, lesquels servent à former de l’eau sous l’influence déshydratante de l’acide sulfurique. Il trouvait une confirmation de cette théorie dans l’action que les acides phosphorique et arsénique, corps également très avides d’eau, exercent sur l’alcool, action d’où résulte de l’éther identique à celui obtenu par l’action de l’acide sulfurique : il admit donc que l’éther était de l’alcool moins de l’eau.
Cette théorie si simple et si complète fut généralement adoptée. Elle reçut même, quelques années plus tard, une confirmation éclatante d’expériences
1. Annales de chimie, [I], XXXIV, p. 289 (an VIII), et XLIII, p. 101 (an X).