ISOMÉRIE DANS LES ÉTHERS
Il y a lieu de considérer plusieurs sortes d’isomérie dans les éthers.
1° La polymérie. — Les éthers polymères sont ceux qui contiennent les mêmes éléments dans les mêmes proportions, c’est-à-dire qui ont même formule empirique, mais qui présentent des poids moléculaires différents : tels sont les éthers cyaniques et les éthers cyanuriques.
2° La métamérie. — Les éthers mètamères sont ceux qui ont même composition centésimale et même poids moléculaire, mais qui renferment des radicaux différents, et tels que l’un des deux radicaux d’un éther métamère présente avec le radical correspondant du second la même différence qui distingue en sens inverse les deux autres radicaux ; on les différencie par leurs produits de dédoublement. Ainsi l’éther méthylacétique et l’éther èthylformique sont mètamères, l’éther èthylvalérique et l’éther amylacétique le sont également; mais si on les traite par la potasse, parmi les deux premiers, l’un donnera de l’alcool méthylique et de l’acide acétique, l’autre de l’alcool éthylique et de l’acide formique ; parmi les deux derniers, l’un donnera de l’alcool éthylique et de l’acide valérique, l’autre de l’alcool amylique et de l’acide acétique.
3° L'isomérie proprement dite. — Les éthers véritablement isomériques sont ceux qui dérivent de générateurs isomériques eux mêmes, c’est-à-dire possédant même composition centésimale et même poids moléculaire, mais jouissant de propriétés physiques et chimiques différentes.
Tels sont les éthers formés par l’union d’un même acide avec les deux alcools propyliques ou les quatre alcools butyliques, ou par l’union d’un même alcool avec les divers acides butyriques ou valériques; tels sont le chlorure d’éthyle et le chlorure de vinyle; tels sont les éthers maléiques et fumariques, sacchariques et muciques ; tels sont encore les éthers formés par les dérivés isomériques de la série aromatique désignés par les préfixes ortho, para et méta. On
peut également citer les éthers formés par des générateurs ne différant que par leurs propriétés physiques, comme les divers alcools amyliques actifs ou inactifs sur la lumière polarisée, les différents acides tartriques, etc.
Les représentants de cette classe detliers isomériques se distinguent les uns des autres par leurs propriétés physiques ou chimiques. Les propriétés des composants se reflètent en quelque sorte dans celles du composé, comme nous l’avons déjà établi ; ainsi, l’élévation ou l’abaissement soit du point de fusion soit du point d’ébullition du générateur isomère entraîne une variation correspondante dans les propriétés de l’éther isomère auquel il donne naissance ; son action sur la lumière polarisée entraîne une action analogue et de même sens, etc.
La formation des éthers secondaires et tertiaires, soit par éthérification directe, soit par double décomposition entre les sels d’argent et les éthers d’hydracides, est accompagnée de la mise en liberté du carbure correspondant; leur saponification par les alcalis donne lieu au même phénomène, l’alcool régénéré se scindant en carbure non saturé et en eau. Ce phénomène, peu sensible pour les alcools secondaires, est très marqué pour les alcools tertiaires, à tel point que pour les premiers la formation du carbure est la réaction accessoire, et pour les seconds elle est au contraire la réaction principale. (Ueboul).
Les éthers à liydracides des alcools primaires réagissent sur les amines tertiaires pour former des sels d’ammoniums quaternaires; les composés correspondants des alcools secondaires et tertiaires perdent tout leur acide chlorhydrique, bromhydriqne ou iodhydrique, qui s’unit à la base, pendant que le carbure non saturé correspondant est mis en liberté (Reboul).
Ces propriétés peuvent en quelque sorte se résumer dans cette considération que chez les alcools secondaires et tertiaires les deux groupements sont moins intimement soudés que chez les alcools primaires, et qu’alors ils se résolveut beaucoup plus facilement en hydrocarbures et en eau sous l’influence des divers réactifs.