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Ether mercuriel de Cadet et Lassone

avec des solutions aqueuses de ces corps, il les leur enlève en partie. Il dissout facilement et en grandes quantités les carbures, la plupart des alcalis organiques naturels, les matières grasses et résineuses. Certaines substances absolument insolubles dans l’éther anhydre sont au contraire très solubles dans l’éther additionné d’eau (acide gallique, tannique) ou d’alcool (fulmicoton, certaines variétés de celluloïdes).

L’éther brûle avec une flamme blanche et fuligineuse. Sa vapeur est très inflammable et forme avec l’air des mélanges détonants d’une grande violence ; elle est plus dense encore que l’acide carbonique et, se répandant pour ainsi dire comme lui à la surface du sol, elle peut aller causer fort loin des accidents redoutables; aussi faut-il éviter de manier ce liquide dans le voisinage des corps en ignition.

Les vapeurs d'éther jouissent de propriétés anesthésiques qui ont été utilisées avant celles du chloroforme, seul employé aujourd’hui pour cet usage. La première anesthésie par l’éther a été pratiquée par Jackson, médecin américain, en 1846.

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES

Chaleur. — La vapeur d’éther commence à se décomposer vers 500° ; à cette température il se forme de l’aldéhvde éthylique, de l’aldéhyde propionique (Schützemberger), de l’oxyde de carbone et de l’eau ; au rouge vif, le mélange gazeux renferme de l’eau, de l’oxyde de carbone, de l’acétylène, de l’éthylène, du formène, du carbone.

Hydrogène. — L’hydrogène naissant, fourni par la décomposition de l’acide iodhydrique à 280°, change l’éther en hydrure d’éthylène ;

C8H100s 4- 2H* = 2C‘H6 + 1PO*.

Oxygène. — La vapeur d’éther mélangée avec dix fois son volume d’oxygène détone violemment quand on l’enflamme ou quand on y fait passer l’étincelle électrique; il y a formation d’eau et d’acide carbonique (Boullay) :

Avec 2 volumes d'oxygène seulement, la combustion est incomplète, et il se forme principalement de l’acétylène et de l’eau (Berthelot) :

C8H100* -4- 20* = 2ClH* 4- 3H*0*.

Un courant prolongé d’air ou d’oxygène n’agit que fort lentement sur l’éther : il se forme des traces d’aldéhyde, d’acide acétique, d’éther acétique; cette oxydation est favorisée par la présence d’un peu de potasse qui élimine un des produits de la réaction à mesure qu’il se forme ; elle est très rapide quand un mélange d'air ou d’oxygène et de vapeur d’éther rencontre la mousse de platine ou un fil de platine chauffé ; l’expérience de la lampe sans flamme se réalise plus facilement avec l’éther qu’avec l’alcool ; elle donne naissance aux mêmes produits. Par un phénomène analogue à celui que présente l’essence de téré-

benthine, l’éther ayant subi un commencement d’oxydation jouit aussi de la propriété de céder à d’autres corps l’oxygène qu’il a fixé et de servir d’intermédiaire dans certaines oxydations.

L’ozone s’unit directement à froid à l’éther. Schœnbein avait observé que le composé ainsi formé se décomposait en l'agitant avec de l’eau et qu’il se formait de l’eau oxygénée. Berthelot a repris l’étude de ce phénomène. En dirigeant pendant plusieurs heures à travers l’éther anhydre un courant lent d’oxygène sec et fortement ozoné, celui-ci est absorbé, et quand tout l’éther a disparu par évaporation, il reste un liquide dense, sirupeux à la température ordinaire, visqueux à — 40°, et qui, chauffé doucement distille en partie mais finit par se décomposer avec une explosion subite et très violente ; agité avec l’eau il se décompose en alcool et eau oxygénée. En dosant dans cette solution l’alcool et l’oxygène actif, Berthelot lui a donné la formule C16H2“0» qui est celle, ou d’un sesquioxyde d’éthyle 2[(C4H3)2(0)3], ou d’un oxyde d’éther 2C*H1#Q,-l~0*; sa décomposition par l’eau s’exprimerait ainsi : C15H2006 -+- 311202 = 4C4H602 -4- 2H02.

Les sources d’oxygène naissant, les oxydations violentes telles que l’action de l’acide azotique froid ou chaud, donnent naissance aux mêmes produits que ceux que l’on obtient avec l’alcool : aldéhyde, acide acétique, éther acétique, acide oxalique, acide carbonique et eau, etc., suivant les conditions de l’expérience.

Chlore. — L’éther versé goutte à goutte dans un flaeon rempli de chlore s’enflamme avec explosion; il y a formation d’eau et d’acide chlorhydrique et dépôt de charbon. Le chlore humide employé avec ménagement donne des produits d’oxydation simple et des produits d’oxydation chlorés : aldéhyde et aldéhydes chlorées, acide acétique et acides chloracétiques. Le chlore sec, à l’abri de la lumière, donne à froid CTPCIO2, C8H8C1202; de 30» à 90» : C8H»C1402; et enfin à chaud et à la lumière directe C8Gl1“Oa. Ces produits, ainsi que leurs isomères seront, en raison de leur importance, traités à part.

Brome. — En versant peu â peu 2 parties de brome dans 1 partie d’éther refroidi à 0», on obtient un mélange qui, au bout de quelques instants, se trouble puis se sépare en deux couches. La couche inférieure est recueillie et plongée dans un mélange de glace et de sel où elle ne tarde pas à se concréter en une masse cristalline que l’on comprime fortement entre des doubles de papier buvard tout en la maintenant fortement refroidie ; on obtient ainsi un corps cristallin, rouge clair, ressemblant à de l’acide chromique. Il a pour formule C8H1002.Br3 ; il fond vers 22»; la moindre trace d’eau ou d’éther le maintient à l’état liquide ; l’eau le décompose en éther et brome, les alcalis en éther, bromure et bromate ; chauffé vers 90», il donne de l’acide bromliydrique et du bromure d’éthyle; vers 460», il donne en plus dubromal et une huile bouillant à 175», ayant pour formule brute C8fI3Br304, et qui paraît être une combinaison de bromal et d’aldéhyde C4fl*0* -+- C4IIBr302 (Schülzemberger). Le brome ne donne de dérivés de substitution qu’en employant des méthodes indirectes (voir plus bas).

Métaux. — Les métaux alcalins n’attaquent pas l’éther. La vapeur d’éther, chauffée vers 250°-300° sur de la poudre de zinc donne les produits de sa destruction pyrogénée accompagnés d’hydrogène (Jahn).

Eau. — D’après Tanret, lorsque l’éther s’évapore à la surface d’un corps poreux exposé à l’air humide, il se forme un hydrate fusible à — 3°, 5, qui aurait pour formule C8Ii1002 -+- 2H!Ot.

Alcalis. — Les alcalis anhydres ou hydratés sont sans action sur l’éther même à 100°; à 230°, les alcalis hydratés agissent sur lui comme sur toutes les matières organiques, en l’oxydant avec formation d’acétates alcalins comme cela a lieu pour l’alcool.

Acides. — Mélangé avec l’anhydride sulfurique, l’éther donne l’éther sulfurique neutre (Wetterill). L’acide sulfurique concentré l’absorbe en grande quantité et le restitue intact lorsqu’on l’étend d’eau ; quand on chauffe un pareil mélange il se forme de l’acide sulfovinique (Magnus-Sérullas) ; d’après Liès-Bodard et Jacquemin, il ne s’en formerait pas plus quand on le chauffe que quand on l’étend d’eau, et le phénomène se passerait comme dans le cas de l’éther méthylique. L’acide chlorosulfurique réagit vivement en produisant du sulfate neutre d’éthyle (Baumstarck).

L’éther, saturé d’acide chlorhydrique, d’acide bromhydrique ou d’acide iodhydrique gazeux, puis chauffé en vase clos à 200°, donne à la distillation de l’eau et l’éther de l’hydracide correspondant (A. Reynoso). L’acide iodhydrique sec et refroidi à 0° produit le même dédoublement à basse température (Silva). Les acides organiques agissent de même, mais avee beaucoup plus (Je difficulté ; ainsi l’acide acétique à 500° donne de l’éther acétique, l’acide butyrique à 170° de l’éther butyrique (Berthelot).

Lorsqu’on agite une solution aqueuse d’acide chlorhydrique (à 38,52 p. 100 d’HCl) avec son volume d’éther, le mélange s’échauffe, se contracte et acquiert la consistance d’une huile fluide, transparente, fumant à l’air. La solubilité de l’éther dans l’acide chlorhydrique est en raison directe de la concentration de l’acide, et en raison inverse de la température.

Ainsi, 100 volumes d’acide à 38,52 p. 100 d’HCI dissolvent :

185,0 vol. d’éther

157,5 vol. d’éther

Ces solutions abandonnent par la distillation tout leur éther (Napier). S’agit-il ici d’une simple solution ou d’une combinaison analogue à celle que Friedel a découverte entre l’éther méthylique et l’acide chlorhydrique? ces faits ne sont pas suffisants pour résoudre la question en faveur de cette dernière hypothèse.

L’éther chauffé en tubes scellés avec de l’eau et des traces d’acide sulfurique, entre 150 et 18ü°, fournit de l’acide sulfovinique; mais comme l’eau décompose

une partie de celui-ci en alcool et en acide, et que l’autre partie tend à former de l’éther avec l’alcool mis en liberté, il s’établit un certain équilibre qui change avec les conditions de température et les quantités d’eau (Erlenmeyer).

La quantité d’éther décomposé est d’ailleurs très faible.

Action des sels. — L’éther forme avec un grand nombre de chlorures, de bromures et d’iodures, des combinaisons cristallisées (voir produits d’addition).

Certains sels, tels que le sulfate de cuivre anhydre, le chlorure de calcium fondu, déterminent à la longue une production d’alcool qu’on a pu constater au bout de six mois (Lieben). Chauffé en vase clos avec l’iodhydrate d’ammoniaque, il donne naissance aux ioduresdes bases éthyliques (Bertlielot). Il se combine au perehlorure de phosphore ; cette combinaison (voir plus bas) est détruite par l’eau avec formation d’acide éthylphosphorique (Landshoff et Liebermann).

Quand on chauffe à l’ébullition l’éther avec de l’iode et de l’aluminium, il se dégage de l’iodure d’éthyle, et il reste une poudre brune, amorphe, instable, qui a été considérée comme un iodéthylate d’aluminium C4H3(A1213)0I. 2 (Gladstone et Tribe), bien qu’elle ne jouisse pas de propriétés nettement définies.

Usages. — Les usages de l’éther sont très nombreux; il sert principalement en médecine comme anesthésique, en pharmacie et en chimie pour l’analyse immédiate et la purification de certains corps, et enfin dans une foule d’industries pour l’extraction des parfums, des matières grasses et résineuses, des alcaloïdes, etc.

Dérivés chlorés (le substitution.

On les obtient : soit directement, par l’action du chlore sur l’éther ; soit indirectement, en faisant réagir ou l’acide chlorhydrique sur un mélange d’alcool et d’aldéhyde, ou le perehlorure de phosphore sur une aldéhyde chlorée.

A part le premier terme de substitution, l'éther monochloré C8H9C10\ les corps obtenus par ces deux méthodes ne sont qu’isomériques. Il règne d’ailleurs, non seulement sur leur constitution, mais encore sur leurs propriétés beaucoup d’incertitude; ceci n’a rien qui doive surprendre quand on songe au grand nombre d’isomères possibles (77) et à la facilité avec laquelle l’aldéhyde, un des produits de leurs dédoublements, se polymérise en changeant de propriétés.

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