‹ Encyclopédie chimique.Tome VII.- Chimie organique. EthersChapitre 86 sur 419 · Ibid., t. CXL, p. 533, nouvelle série, t. LXIV · texte numérisé non relu

Ibid., t. CXL, p. 533, nouvelle série, t. LXIV

ÉTHER ÉTHYLSULFUREUX NORMAL

j Eq. : (G*H*)*S*H*0*.

! At. : (C2Hs)2S0s.

Syn.: Sulfite neutre d'éthyle.

Il a été découvert par Ebelmen et Bouquet.

PRÉPARATION

On introduit dans une cornue tabulée 500 grammes de chlorure de soufre, on chauffe à 60° et on fait arriver goutte à goutte 180 grammes d’alcool absolu ; il se dépose d'abord du soufre, mais quand tout l’alcool est ajouté il finit par se redissoudre et la liqueur redevient limpide. On chauffe alors pendant 1 heure, à 60°, au réfrigérant ascendant, après quoi on distille. Ce qui passe au-dessus de 150° est mis à digérer avec un peu d’alcool absolu et soumis à la distillation fractionnée. (Ebelmen et Bouquet — Warlilz.)

PROPRIÉTÉS

L’ éther sulfureux est un liquide limpide, d’une odeur rappelant eelle de la menthe, d’une saveur brûlante. Il bout à 161°, 3 (Carius). Sa densité est de 1,1063 à 0° (Carius — Pierre) et del,085 à 16° (Ebelmen et Bouquet). Il est insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool.

Le chlore l’attaque très vivement, même à la lumière diffuse. A la lumière directe on n’obtient que des produits de destruction de la molécule : sesquichlorure de carbone, chlorure de thionyle et aldéhyde perchloré (Ebelmen et Bouquet).

La potasse en excès le décompose en acide sulfureux et alcool; une quantité insuffisante de potasse donne de l’èthylsulfite de potassium. (Warlitz.)

Chlorure éthylsulfureux normal (G4H*)S2HG10* ( Chlorure dethionyleoxéthylé). — On obtient ce corps en traitant par le perchlorure de phosphore l’éther sulfureux normal. Il bout à 122°. L’eau le décompose en acide chlorhydrique, acide sulfureux et alcool. Chauffé à 180° en tubes scellés avec du perchlorure de phosphore, il donne du chlorure de thionyle, du chlorure d’éthyle et de l’oxychlorure de phosphore (Michaëlis et Schumann). Il est isomérique avec le chlorure éthylsulfureux de Gerhardt et Chancel.

ACIDE ÉTHYLSULFUREUX ISOMÉRIQUE

l Eq. : (C4H4)S2H206.

I At. : (C2Hs.SHOs

Syn.: Acide éthylsulfonique, — Acide hyposulféthylique, hydre'thylsulf urique, pseudo-éthylsulfureux.

Découvert par Loewig et Weidmann.

PRÉPARATION

1 . On oxyde par l’acide azotique étendu (D = 1 ,23) le mercaptan ou le sulfure neutre d’éthyle, ou bien le sulfocyanate d’éthyle. On mélange le mercaptan avec de l’acide azotique étendu et on chauffe légèrement le mélange ; la réaction est violente : on la continue tant que la liqueur n’est pas homogène et que la matière huileuse1, plus pesante que l’eau, qui se forme dans les premiers instants, continue à être attaquée. On évapore au bain-marie pour chasser l’acide azotique, on étend d’eau et on sature le résidu par le carbonate de plomb. La liqueur filtrée est évaporée; le sel qui cristallise est redissous dans l’eau et décomposé par l’hydrogène sulfuré. On évapore de nouveau la partie filtrée au bain-marie (Loewig et Weidmann). Emploie-t-on le sulfocyanate d’éthyle, on suit la même marche, mais en chauffant très doucement au commencement et en opérant au réfrigérant ascendant. Le produit de la réaction est saturé par du carbonate de baryte ; l’éthylsulfite de baryum est converti en acide éthylsulfureux en précipitant sa solution aqueuse par l’acide sulfurique, mettant la partie filtrée en digestion avec du carbonate de plomb, filtrant de nouveau, et décomposant le précipité par l’hydrogène sulfuré. Le liquide filtré, évaporé au bainmarie, fournit l’acide à l’état de pureté. On peut encore oxyder le sulfocyanate d’éthyle par un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse. (Muspratt.)

Dans ces opérations il se forme beaucoup d’acide sulfurique, et d’autant plus que l’acide azotique est plus concentré, et la réaction plus énergique.

2. On fait réagir, d’après la méthode générale donnée par Strecker, le sulfite de sodium sur l’iodure d’éthyle.

On chauffe une solution concentrée de sulfite de sodium avec de l’iodure d’éthyle en vase clos de 150°-I500 ; tout l’iodure d’éthyle disparaît sans qu’il se forme de gaz. On évapore le contenu des tubes et on traite le résidu par l'alcool bouillant. 11 se dépose par refroidissement des cristaux qu’on purifie par plusieurs cristallisations dans l’alcool. Ce sont des aiguilles soyeuses d’un sel double ayant pour formule 4[(C4H4)S2HNa06] -|- Nal.

1. Cette matière distillée seule se décompose, elle est entraînée par la vapeur d’eau bouillante. Les oxydants la transforment en acide éthylsulfurique, les réducteurs en mercaptan. Sa composition et sa constitution ont été l’objet de plusieurs travaux qui ne sont point parvenus à élucider cette question.

Pour enlever l’iodure alcalin, on ajoute à la solution du sel du nitrate de plomb, on filtre, on enlève l’excès de plomb par l’hydrogène sulfuré, on filtre de nouveau, on évapore à siccité, et on épuise le résidu par l’alcool bouillant. Celui-ci laisse déposer par refroidissement des cristaux d’éthyl sulfite de sodium identique avec celui que l’on obtient par l’oxydation du mercaptan ou du sulfocvanate d’&thvle. Ce sel de sodium est transformé en sel de plomb, et celui-ci décomposé par l’hydrogène sulfuré comme dans les méthodes précédentes; la solution filtrée est évaporée au bain-marie pour faire cristalliser l'acide éthylsulfureux.

PROPRIÉTÉS

L’acide éthylsulfureux isomérique est un liquide inodore, d’une consistance huileuse, d’une saveur acide laissant un arrière-goût désagréable. Par le froid il se prend en une masse de cristaux incolores. Sa densité est égale à 1,1712 à 0°. Il est soluble en toutes proportions dans l’eau et l’alcool; il est très hygrométrique.

Ses propriétés chimiques, comme on l’a déjà vu à propos de l’acide éthylsulfureux normal, le différencient nettement de ce dernier acide ; elles le rapprochent plutôt d’un acide sulfoconjugué que d’un éther sulfureux acide.

Il résiste à l’action du chlore. Chauffé pendant 7 heures à 150° avec une quantité de perchlorure d’iode suffisante pour remplacer tous les atomes d’hydrogène par du chlore, il se produit la réaction suivante :

(C4H‘)S2H206 + 4 ICI3 - C*C16 -4- S’-HC106 + 5 HCl + 41.

En employant une quantité de chlorure d’iode insuffisante, on obtient un acide éthylsulfureux bichloré (C*H*) SaCl206. Celui-ci, chauffé pendant 4 heures en tubes scellés à 100° avec de l’ammoniaque, donne de la taurine monochlorée C‘H6ClAzS20s, en beaux cristaux fusibles à d90°-200°. Traité par de l’hydrate de baryte, il fournit un iséthionate de baryum chloré (C4H‘)S2BaC108.

(Spring et Winssinger.)

Le pentachlorure de phosphore (Carius), l’oxychlorure de phosphore (Gerhardt et Chancel) l’attaquent ainsi que ses sels et donnent naissance à du chlorure éthylsulfureux isomérique.

ÉTHYLSULFITES OU ÉTHYLSULFONATES.

L’acide éthylsulfureux ou éthylsulfonique forme des sels qui ont pour formule générale (C4H4) S2HM06; ils sont souvent accompagnés d’eau de cristallisation.

Ils se préparent en saturant l’acide libre par un carbonate. Ils sont solubles dans l’eau et l’alcool, plus à chaud qu’à froid. Ils sont beaucoup plus stables que l’acide lui-même. Ils ne sont décomposés ni par l’eau, ni par les alcalis à 100°; ils ne sont décomposés que par une forte élévation de température.

Fondus avec la potasse, ils dégagent de l’éthylène et laissent un résidu de sulfite et de sulfate (Berthelot) :

2 [(CW) S2HK06] 4- 2 K1I02 = 2 CW -+- S2K206 4- S2K208 4- H202 4- H2.

Éthylsulfonate de ■potassium : (GW) S2I1K06 — de sodium : (CW) S2HNa06. — d'ammonium : (CW)S2II(AzH*)06. Ils possèdent ces formules quand ils ont été séchés à 100°. Les deux premiers, chauffés avec de l’iodure de sodium en vase clos, à 140°, reproduisent la combinaison 4[(CW)SÎHM06] 4- MI dont nous avons parlé plus haut. Ils sont extrêmement déliquescents.

Éthylsulfonate de calcium: (CW)S2HCa06 (desséché à 100°); — de baryum: (CW)S2HBa06 4- 7 H202 : tous deux cristallisent en prismes rhomboédriques très déliquescents.

Éthylsulfonate de fer: (CW)S2HFe06 ; — de manganèse (CW)S2IIMn06: prismes incolores.

Éthylsulfonate de magnésium : (CW)S2lIMg06 4- xH202 ; — de cuivre : (CW)S2HCu06 4- 5 H202 ; — de zinc : (CW)S2IIZn064- 7 H202 : cristaux confus difficiles à obtenir bien nets à cause de leur grande solubilité.

Éthylsulfonate de plomb: (CW)S2HPb06 (à 100°) ; — d'argent: (CW)S2HAg06.

Éthysulfonate basique de mercure: (CW)S2HlIgOs4- HgO. Il est insoluble dans l’eau et l’alcool.

Chlorure éthylsulfureux isomérique (CW)SSHC10* ( Chlorure éthylsulfonique. — Chlorure élhylsulfurique. — Sulfochlorure d'éthyle ) .

Préparation. — On distille l’éthylsulfite (éthylsulfonate) de sodium avec l’oxychlorure de phosphore. (Gerhardt et Chancel — Ebelmen et Bouquet.)

Propriétés. — C’est un liquide incolore, légèrement fumant à l’air; il est insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool; il bout à 171° (Gerhardt et Chancel), à 173°, 5 (Carius), à 177° (corrigé).

Les alcalis le décomposent en chlorure et éthylsulfonate alcalins. Chauffé avec l’alcool absolu en tubes scellés, il donne un mélange de sulfite neutre d’éthyle et d’éthylsulfonate d’éthyle. Étendu d’éther anhydre et additionné d’alcoolate de sodium dissous dans l’alcool, il donne (voir plus haut) l’éther éthylsulfonique. L’ammoniaque alcoolique le transforme en éthylsulfonate d’éthylamine ; le sulfite normal d’éthyle donne dans ces conditions du sulfite d ammoniaque et de l’éthylamine libre (Carius). Le monosulfure de sodium donne avec lui l’acide élhylthiosulfonique (CW)SWO‘Sa (Spring). Traité par l’eau et la poudre de zinc, il fournit l’acide éthylsulfinique (Pauly).

ÉTHER ÉTHYLSULFUREUX ISOMÉRIQUE

( Éq. : (C*H4)1 2S2H206.

| At. : (C2Hs)2S03

Syn.: Éther éthylsulfonique, — Éthylsulfonate d'éthyle.

préparation

i: On additionne du chlorure éthylsulfureux isomérique, étendu d’éther anhydre, d’alcoolate de sodium dissous dans l’alcool absolu. On abandonne le mélange à la température ordinaire; au bout de vingt-quatre heures la réaction est complète. Le produit séparé du chlorure de sodium est distillé d’abord au bain d’eau pour enlever l’acide sulfureux l'alcool et l’éther en excès, puis à feu nu de 200° à -220°. On rectifie de nouveau (Carius).

2. On chauffe l’iodure d’éthyle avec le sulfite d’argent. On distille et on rectifie (Michaëlis et Wagner).

PROPRIÉTÉS

Liquide incolore, bouillant à 213°, 4 (corrigé). Sa densité est égale à 1,1712 à 0° et à 1,1508 à 24».

L’hydrate de baryte le transforme en éthylsulfonate (éthylsulfite isomérique) de baryum, tandis que l’éther normal donne du sulfite de baryum et de l’alcool.

L’ammoniaque alcoolique donne, quand on chauffe les deux corps en vase clos à 100°, de F éthylsulfonate d’élhylamiue ; l’éther normal fournit dans les mêmes conditions du sulfite d’ammoniaque et de 1 ethylamine libre.

(Carius.)

ACIDE ÉTHYLHYPOSULFUREUX.

Éq. : (C4D)S*H20!.

At. : C2H3SS020H.

Syn : Acide éthylthiosulfurique.

L’acide libre n’a pas été isolé ; on ne connaît que le sel de sodium et celui de baryum.

FORMATION. — PRÉPARATION

1. Le sel de sodium prend naissance, entre autres produits, dans l’action de l’iode sur un mélange de mercaptan et de sulfite de sodium (Spring).

2. On le prépare en faisant bouillir pendant une demi-heure au réfrigérant

descendant 4 molécule de bromure d’éthyle avec 4 molécule d’hyposulfite de sodium en solution aqueuse. On évapore à siccitè ; on reprend le résidu par

l’alcool absolu bouillant, qui abandonne par refroidissement des lamelles hexagonales soyeuses ayant la composition d’un éthylhyposulfite de sodium (C*H4) S4IINa08. (Bunte.)

PROPRIÉTÉS

Ce sel, chauffé à 100°, se décompose en bisulfure d’éthyle et dithionate de sodium : 2 [(C*H1)S4HNa06] = (C*H*)aHsS^-f-S*Na!0^; au delà de 100° il se forme de l’acide sulfureux et du sulfate de sodium.

Il résiste assez bien à l’action de l’eau bouillante. La solution additionnée de quelques gouttes d’acide chlorhydrique se décompose en mercaptan et acide sulfurique: (C4H4)S4HNa06 + H202 = (C4II‘)H2S2 + S2H208.

Le chlorure mereurique donne dans sa solution alcoolique bouillante la combinaison connue de mercaptide et de chlorure de mercure : (C4H4)S4HNa06+ 2 HgCl -+- 1I202 = C4H5HgS2HgCl -+- HCl -+- SHINaO3 (Bunte).

L’amalgame de sodium le transforme en mercaptan et sulfite alcalin (Otto). Le perchlorure de phosphore donne naissance à un chlorure peu stable (C4H4) SHICIO4 qui se dédouble très rapidement, surtout à chaud, en bisulfure d’éthyle, acide sulfureux et chlorure de sulfuryle (Spring). Cette décomposition, d’après Bamsay, a lieu sans formation de chlorure de sulfuryle et se complique de produits huileux non étudiés.

L' éthylhyposulfite de baryum : (C4H4) S2HBaO° 4- H202 se prépare comme le précédent; il jouit des propriétés analogues (Smith).

Certains chimistes envisagent l’acide hyposulfureux comme de l’acide sulfurique dont deux équivalents d’oxygène sont remplacés par une quantité équivalente de soufre; ils rangent alors la combinaison précédente (C4II4)S2H206S2 parmi les dérivés thioniques de l’acide sulfurique.

ACIDE ÉTHYLSULFURIQUE.

Form.

Éq. : (C4H4)S2H208 ' At. : C2HsSH04.

Syn. : Acide sulfovinique.

HISTORIQUE

La découverte de l’acide sulfovinique et des sulfovinates est due à Dabit, qui fut conduit par sa théorie sur l’éther à chercher dans les résidus de la préparation de ce corps un acide moins oxygéné que l’acide sulfurique. En traitant ces résidus par le carbonate de chaux ou de baryte, il obtint des sulfates insolubles et des sels solubles dans l’eau et l’alcool, qu’on désigna plus tard sous le nom de sulfovinates, et dont il retira l’acide.

Dix-huit ans après, Sertürner reprit cette étude, et décrivit, mais d’une

1. Nous rappelons seulement les travaux relatifs à sa découverte et à sa composition ; l’histoire des théories actuellement admises sur sa constitution et sur le rôle qu’il joue dans la formation de l’éther a été retracée en détail â propos de la théorie de l’éthérification.

façon un peu obscure, trois variétés d’acide sulfovinique qu’il retirait lui aussi des résidus de l’éthérification, et qui avaient subi plus ou moins l’action de la chaleur. Vogel, préparant directement l’acide sulfovinique par l’action de l’acide sulfurique sur l’alcool, sans passer par la préparation de l’éther, nia l’existence de plusieurs acides sulfoviniques.

Ce qui embarrassait les chimistes, c’était la présence de l’eau de cristallisation qui accompagne les sulfovinates de baryte ou de chaux, et qu’on ne peut leur enlever sans les décomposer.

Ce fut Hennel qui, en opérant sur le sulfovinate de potasse, lequel cristallise sans eau, fit la première analyse rigoureuse de ce sel, et fixa définitivement la formule de l’acide sulfovinique. Sérullas, Liebig et Wôhler ne firent que confirmer les résultats de ses observations.

FORMATION

1. L’acide éthylsulfurique se forme par l’union directe de l’éthylène et de l’acide sulfurique : C4H4 -I- S2IP08 = (C4H4)S2H208.

Hennel, en saturant par le carbonate de potasse un échantillon d’acide sulfurique auquel Faraday avait fait abserber 80 fois son volume d’éthylène et en épuisant ensuite le produit par l’alcool, obtint un sel qu'il identifia avec le sulfovinate de potasse. Il régnait néanmoins beaucoup d’incertitude sur la nature de cette combinaison, qui, suivant la pureté de l’éthylène et la concentration de l’acide sulfurique, donne des produits très divers.

Cette réaction importante mène à la synthèse de l’alcool. Elle a . été réalisée pour la première fois, d’une façon nette, par Berthelot, qui a fixé les conditions spéciales et délicates dans lesquelles il convient d’opérer. (Voir Carbures d'hydrogène, p. 191.)

2. Il se forme encore dans les équilibres éthérés qui s’établissent au sein des mélanges d’acide sulfurique et d’alcool. L’étude de cette réaction a été faite dans la première partie de cet ouvrage (Voy. Généralités, p. 60), tant au point de vue général de l’action réciproque de l’acide sulfurique et de l’alcool dans diverses conditions, qu’au point de vue particulier de la préparation de l’acide sulfovinique effectuée en faisant réagir l’un sur l’autre l’alcool et l’acide concentré employés à volumes égaux.

3. Lorsqu’on fait réagir le chlorure de soufre sur l’alcool, il se forme, outre les acides sulfureux et chlorhydrique et les éthers sulfhydriques, une petite quantité d’acide sulfovinique (Carius — Heusser).

4. Lorsqu’on traite la chlorhydrine sulfurique S’HCIO6 bien refroidie par de l’alcool absolu ajouté goutte à goutte, il se forme, contrairement aux assertions de Baumstark, d’Orlowski, -de Mazurowska, de Behrend, de l’acide sulfovinique avec production d’acide chlorhydrique; si, au lieu de refroidir pendant que la réaction s’effectue, on laisse la masse s’échauffer, il se forme du chlorure éthylsulfurique ou éther chlorosulfurique en assez grande quantité (Claesson).

5. Il se forme enfin, quand on chauffe à 150°-1 80° envase clos l’éther ordinaire avec des traces d’acide sulfurique et d’eau (Erlenmeyer), ou lorsqu’on

chauffe l’acide sulfurique monohydraté auquel on a fait absorber des vapeu rs d’éther (Hennel — Magnus — Sérullas).

PRÉPARATION

On mélange volumes égaux d’acide sulfurique concentré et d’alcool à 90°, en versant peu à peu l’acide dans l’alcool placé lui-même dans un vase qu’on refroidit sous un courant d’eau. On porte le mélange à 100° pendant quelques heures, puis on le verse goutte à goutte dans 30 à 40 fois son poids d’eau, en évitant autant que possible toute élévation de température. On sature la liqueur par du carbonate de baryte précipité, jusqu’à réaction alcaline. On filtre pour séparer le sulfate de baryte provenant de l’excès d’acide sulfurique employé;

1 ’éthylsulfàte de baryte, qui est soluble, reste dans la liqueur. On évapore celle-ci au bain d’eau, en présence d’un peu de carbonate de baryte destiné à saturer au fur et à mesure de sa formation l’acide sulfurique que met en liberté la décomposition du sulfovinate par l’eau chaude. Quand la liqueur est devenue presque sirupeuse, on la filtre chaude et on achève de l’évaporer au bain-marie, ou mieux dans le vide sec, jusqu’à cristallisation.

On obtient ainsi le sulfovinate de baryte. Pour préparer l'acide sulfovinique, on décompose ce sel dissous dans l’eau par une quantité calculée d’acide sulfurique étendu. On filtre, et on évapore dans le vide, au-dessus de vases renfermant des substances avides d’eau.

On peut encore remplacer le carbonate de baryte par celui de plomb, décomposer l’éthylsulfate de plomb par l’hydrogène sulfuré et évaporer la solution comme précédemment.

PROPRIÉTÉS

L’acide éthylsulfurique concentré dans le vide se présente sous forme d’un liquide sirupeux, incolore, très difficile à obtenir absolument pur et exempt d’acide sulfurique, car il se décompose spontanément même dans le vide en acide sulfurique et alcool.

Lorsqu’on le fait bouillir avec 15 à 20 fois son poids d’eau, il se décompose en acide sulfurique et en alcool : cette réaction constitue la deuxième phase de la synthèse de l’alcool opérée par Berthelot. Chauffé avec le quart de son poids d’eau seulement, il donne naissance à de l’éther ordinaire : 2 (C4H4)S2II208 -f-H202= (C4H*)C4H602+S2H208; avec l’alcool, à 140° en vase clos il fournit de l’acide sulfurique et de l’éther.

Chauffé seul à une température peu élevée, il donne de l’éther ordinaire et de l’acide sulfurique mélangé d’eau ; à une haute température il donne de l’éthylène, de l’acide sulfurique, de l’acide sulfureux et différents carbures polyéthyléniques.

ÉTHYLSULFATES

L’acide éthylsulfurique est monobasîque. Il forme des sels nombreux et bien définis qui ont pour formule générale (C4I14)S2HM08.

Les éthylsulfates se préparent : soit directement en saturant par un carbonate

le produit brut de la réaction de l’acide sulfurique sur l’alcool, soit en dissolvant l’oxyde de métal dans l’acide libre, soit par double décomposition.

Ils sont tous solubles dans l’eau; ceux des métaux alcalins et alcalinoterreux sont aussi solubles dans l’alcool; ils sont nacrés, gras au toucher - ils cristallisent avec des quantités d’eau variables, celui de potassium seul est anhydre.

' Lorsque leur solution est soumise à une ébullition prolongée, ils se décomposent en sulfates et alcool.

A la distillation sèche ils donnent les mêmes produits que l’aeide sulfovinique et, en plus, de l’éther sulfurique neutre en laissant un résidu de sulfate mélangé de charbon.

Distillés avec un hydi’ate alcalin sec ou avec un aeide étendu, ils fournissent de l’alcool ; avec de l’acide sulfurique étendu d’un quart de son poids d’eau, un mélange d’alcool et d’éther. L’ammoniaque alcoolique réagit sur le sulfovinate de potasse à 250° en donnant naissance à de l’éthy lamine (Berthelot — Erlenmeyer); le carbonate d’ammoniaque agit de même (Schmidt). L’acide chlorhydrique gazeux et sec l’attaque à peine à la température ordinaire ; à 80° l’attaque commence et à 200° elle est complète: il se forme du chlorure d’éthyle et du sulfate de potassium (Kœhler).

Le sulfovinate de baryum chauffé avec le sulfate d’ammoniaque fournit des produits très complexes : éthylamines, carbylamines, acides sulfureux, sulfurique et carbonique, éthylène, mercaptan (Kœhler).

Les sulfovinates se prêtent merveilleusement aux doubles décompositions de la chimie organique; on en rencontre à chaque instant des exemples dans la préparation des éthers, surtout lorsqu’il s’agit des éthers d’acides bibasiques ou des éthers mixtes renfermant deux radicaux d’alcool.

Leur étude cristallographique est due principalement à Schabus1.

Éthylsulfate de potassium: (C4H4) S2HK08.

Il est anhydre, inaltérable à l’air sec, déliquescent dans l’air humide. Il est insoluble dans l'alcool et l’éther, soluble dans Or, 8 d’eau à 17°. Il cristallise dans le système clinorhombique.

Notation 2=o : b : c : : 1 : 0,6149 : 0,5730. — Angles : ab = 80°, 27'; m : m = 86°, 53'; e'e' = 60°, 30' ; p:m = 96°, 33'. (Schabus — Marignac.)

Éthylsulfate de sodium : (C4H4) S2HNa02 -+- H202. Tables hexagonales efflorescentes, fusibles à 86°.

Éthylsulfate d'ammonium : (C4H4) S2H (AzH4) O8. Cristaux anhydres, fusibles à 62°, déliquescents, solubles dans l’eau, l’alcool et l’éther. (Régnault.)

Éthylsulfate de calcium : (C4H4) S2HCaOs-|-HO. Il cristallise en tables hexa-

1. Schabus, Bestimm. der Krystalgest. in Chem, lahorat. erzeugner Producte. Wien, 1855.

2. a = axe principal ; b = diagonale oblique ; c = diagonale horizontale ; m : m = inclinaison des faces dans le plan de la diagonale oblique et de l’axe principal - Le reste de la no¬

tation est conforme à l’habitude.

gonales qui paraissent être isomorphes avec le sel de baryum. Il est soluble dans 0p,8 d’eau à 17°, dans 0p,63 à 30° et en toutes proportions dans l’eau bouillante ; il est peu soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther. Chauffé, il perd son eau de cristallisation à 80° et commence à se décomposer à 120°.

Ëthylsulfate de strontium : (CW) S*HSrO\ Gros cristaux très solubles dans l’eau.

Éthylsulfate de lithium : (CW) S2HLi08-t-H202. Mêmes propriétés que le précédent.

Ëthylsulfate de baryum : (CW) S2HBaOsH-HO. Il est isomorphe avec le méthylsulfate. Il est soluble dans 0p,92 d’eau à 17°; il se dissout légèrement dans l’alcool. Le sel anhydre ne se décompose pas à 100°, mais le sel hydraté se décompose légèrement à cette température.

Notation = a: b : c: :l : 0,9790 : 0,8229.— Angles : ab = 84», 38' — 85»— 84°, 50'; m : m = 80°,20' — 80°, 10'; m : p = 93°, 26' — 93° ; b */, b 72=96°,44'; A'o'=121°,18'. (Schabus — Villiers.)

Ëthylsulfate de magnésium : (CW) S2HMg08-+-H202. Très soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et l’éther.

Ëthylsulfate de zinc : (CW) S2IlZn08 H- HO. Très soluble dans l’eau et l’alcool, insoluble dans l’éther.

Ëthylsulfate de cadmium: (CW) S2HCd08 + HO. Mêmes propriétés que le précédent.

Ëthylsulfate de nickel: (CW) S2HNi08-t-HO. Cristaux rouges très foncés; très altérables à l’air.

Ëthylsulfate de cobalt : (CW) S2HCu08 + H0. Cristaux verts grenus.

Ëthylsulfate de manganèse : (CW) S2lIMn08+ IPO2. Cristaux couleur aurore.

Ëthylsulfate de cuivre : (CW) S2HCu08 -+- H203. Prismes droits droits à base rectangle, d’un beau bleu.

Éthylsulfate de plomb : (CW)S2HPbOs -I- HO. Tables transparentes, incolores. Mis en digestion avec l’oxyde de plomb, il donne un sous-sel incristallisable.

Éthylsulfate d'argent : (CW) S2HAg08 4- H*0*. Petites paillettes brillantes.

Les éthylsulfates de cadmium, de nickel, de cobalt, de manganèse, de cuivre, de plomb, d’argent sont solubles dans l’alcool et dans l’eau, insolubles dans l’éther.

Les éthylsulfates d’aluminium, de mercure, de fer, d’uranium, sont très déliquescents, ils n’ont pas été préparés dans un état qui permît de déterminer leur eau de cristallisation : anhydres et amorphes, ils ont la formule générale des éthylsulfates.

Page 1