‹ Esquisse d'une histoire de la tragédie françaiseChapitre 63 sur 88 · VINGT-NEUVIEME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIEME LEÇON

DE RACINE À VOLTAIRE CAMPISTRON; LONGEPIERRE; LA FOSSE [Cf. Manuel, nos. 5255, 5873, 5874.]

I. Le modèle est Racine; mais on ne peut atteindre à sa simplicité, et l'on recourt en général aux moyens de l'art de Corneille" pour produire les effets pathétiques dont Racine entretient le goût.

De plus on retourne aux tragédies de la première moitié du siècle pour y prendre des sujets et des idées, comme Rotrou et ses contemporains allaient aux Espagnols.

IL Campistron. Sept tragédies de 1683 à 1691 (outre trois pièces non imprimées).

(a) C'est un imitateur:

(1) Son style est un perpétuel centon de Racine.

(2) Ses plans, ses caractères sont très souvent calqués ou compilés dans des ouvrages antérieurs.

(3) Banalité de son invention. Galanterie; fausse noblesse.

[Arminius; Virginie; etc.]

(4) Effacement de tous les traits particuliers qui font l'individualité et la vie. Abstraction.

(5) Adoucissement des sujets : escamotage du crime tragique.

(6) Mais Campistron a pourtant du mérite, et même une originalité.

(1) Intelligence de la tradition.

Intrigues simples, sans complications romanesques, avançant par le développement des passions.

Dans l'adoucissement des sujets, il conserve presque toujours la donnée essentielle:

[Tiridate aime sa sœur; Andronic aime sa belle-mère (inverse du sujet de Phèdre).]

(2) Cependant pour toucher comme Racine, il quitte la

voie de Racine: il concentre l'intérêt sur la victime qui devient

le personnage principal.

[Hésitation dans Virginie et Arminius. Mais dans Andronic, Alcibiade, Phocion, Tiridate, Campistron nous attendrit sur les victimes d'une passion fatale ou d'une noire trahison.]

(3) L'intérêt psychologique est très médiocre: les caractères, comme les situations, sont traités uniquement pour l'effet sentimental.

Andronic (sujet de Don Carlos): héros romantique, fait pour souffrir et non pour agir, prédestiné au malheur.

La couleur du caractère ne vient pas de Saint Real.

Tiridate (sujet d'Ammon et Thamar).

Peinture d'un amour qui n'a d'issue que dans la mort. Tiridate est une âme noble, mélancolique, emportée d'une passion fatale qu'elle déteste et chérit. Sentiments brûlants, désordonnés, morbides (nouveauté même après Phèdre).

Figure poétique du vieux roi (non sans réminiscence peutêtre de Venceslas).

Le style mou et langoureux est assorti à l'inspiration. Campistron obéit-il à une impulsion intérieure? Il ne ressemble guère à ses héros, semble-t-il; cependant on connaît mal sa vie. (Peut-être faudrait-il chercher du côté des Vendôme, du Temple: milieu voluptueux et mélancolique.) [Cf. no. 5844 bis.]

Ou répond-il à la demande du public? Réel succès de Tiridate: 25 représentations en 1691.

Néanmoins Campistron laisse une impression de faiblesse et de langueur.

Autour de lui, on cherche à réveiller la tragédie, à produire des émotions plus vives et plus vigoureuses.

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