‹ Esquisse d'une histoire de la tragédie françaiseChapitre 79 sur 88 · IV. Progrès de l'influence anglaise autour de Voltaire et · texte numérisé non relu

IV. Progrès de l'influence anglaise autour de Voltaire et

malgré lui: c'est dans la société et la littérature l'époque de Y anglomanie (vers 1 760-1 770).

Le genre sombre, violent, convulsif.

Essais encore timides de Gresset.

Colardeau, la Belle Pénitente (d'après Rowe), 1760 (8699).

Baculard d'Arnaud, Le Comte de Comminges, 1765 (9383), avec une curieuse préface : drame en vers qui est véritablement la tragédie du cloître.

L'influence anglaise consiste principalement dans la diffusion du drame de Shakespeare.

[Traduction de Le Tourneur, 1776 (7991 et 7992; cf. nos. 7994-8000).]

V. Ducis fait jouer Hamlet, 1679; Roméo et Juliette, 1772; Le roi Lear, 1783; Macbeth, 1784; Othello, 1793. (9245).

Caractère de Ducis (9248, 9255, 9263).

Il admire et même il comprend Shakespeare; mais sa fidélité à Racine, son respect du goût français, l'habitude du style noble et sentimental rendent ses adaptations timides et maladroites. Cependant il paraît hardi et choque le public.

VI. Réaction de sensibilité douce et tendre sous Louis XVI et au début de la Révolution {Paul et Virginie; Florian).

Introduction de la littérature allemande, poésie, roman.

[Nos. 7677, 7678 et 7678 bis, et la thèse de Raynaud. — Gessner (nos. 7857, 7862 et 7863); Klopstock (no.7866); Goethe, Werther (nos. 7892, 7896, 7897).]

Le théâtre allemand s'introduit aussi.

[Nos. 7871-7873-]

Goethe (7874 et 7894), Klopstock (7881), Lessing (7882- 7883 et 12881), Schiller (7873 et 12888-12895), Kotzebue (1 2884-1 2887), sont traduits ou paraissent sur la scène française entre 1770 et 1800, et inspirent un certain goût de sentimentalité vertueuse et de réalité domestique. A part quelques accents de désespoir mélancolique {Werther) et de révolte amère {les Brigands) qui tranchent sur le fond de fadeur douceâtre de cette littérature, l'influence allemande est limitée et peu profonde.

L'action du théâtre allemand se fera sentir surtout après 1800, plus encore après X Allemagne de Madame de Staël

(1813), et s'exercera (a) sur le drame et le mélodrame par Kotzebue, Werner, Zschokke etc. ; (b) sur la tragédie historique par Schiller.

VII. Sous la Révolution et le premier Empire, réaction classique:

(a) La constitution du mélodrame pousse la tragédie à se séparer du genre populaire, et à la tradition.

(b) Une résistance se dessine contre le goût étranger (anglais, allemand) : visible dans la timidité de Benjamin Constant lorsqu'il adapte Wallenstein, 1809.

(c) La Révolution ramène aux sentiments forts, aux attitudes héroïques, à la fierté antique.

VIII. Tragédie philosophique révolutionnaire: haine des tyrans, amour de la liberté:

En Italie, Alfieri.

En France, Marie Joseph Chénier.

[Nos. 13813, 13818 et 13819-]

Chénier rejette la couleur locale, l'intrigue accidentée, le goût anglais et allemand; il fait une tragédie nue et froide, déclamation de collège ou de club, parfois éloquente et nerveuse.

IX. Dans la sévérité de la tragédie révolutionnaire et impériale se maintient une veine de sensibilité élégiaque. (Grande vogue d'Ossian; succès de la romance.)

Ducis, Abufar ou la Famille arabe, 1795. Etats de mélancolie romantique, dans une vision un peu douceâtre et naïve pour nous, colorée pour le temps, du désert et des mœurs primitives. (Influence des Ruines de Volney, et de la Bible.)

X. Mais le fait capital, à l'époque révolutionnaire et impériale, est que dans la réaction classique s'introduit une manière de sentir, de comprendre et d'imiter l'antique qui était à peu près inconnue de nos classiques: une manière esthétique, plutôt que régulière et morale, qui fait remarquer et admirer dans la poésie grecque la beauté plastique.

Le mouvement est parti des beaux arts. (Comte de Caylus, 8413; Winckelmann, 7915 — La découverte d'Herculanum;

l'art pompéien. — Les voyageurs en Grèce et dans le Levant; Leroy; Volney; Choiseul-Gouffier; etc. — Le retour à l'antique dans l'architecture, la peinture et la sculpture: Soufrlot; David; Canova.) Il s'étend à la littérature (l'abbé Barthélémy; André Chénier, inédit jusqu'en 1819; Chateaubriand).

Recherche des lignes calmes, des attitudes nobles, des groupes harmonieux: l'idée se double d'une vision. (C'est par là que cet art ultra-classique continue de faire évoluer la littérature vers le romantisme.)

Premiers indices, au théâtre, de ce renouvellement du goût antique. L'Orphée et Ylphigénie de Gluck; le Philoctète de La Harpe.

Ducis refait son Œdipe chez Admete, 1778, dans un goût plus pur: Œdipe à Colone, 1797.

L' 'Agammemnon de Lemercier, 1797: reflets d'Eschyle mêlés d'effets voltairiens. (13830 et 13839.)

L'œuvre caractéristique du mouvement est Y Hector de Luce de Lancival, 1809. (13820.) C'est Homère vu à travers David ou Guérin. Nu, noble, froid.

XL La tragédie n'a plus que des lieux communs et des attitudes. Elle a renoncé aux coups de théâtre, à la philosophie, à l'analyse psychologique, au mouvement pittoresque. Elle est vide, figée, incolore — ce qu'en jargon d'atelier jadis on appelait "pompier".

Les Templiers de Raynouard, 1805. (13846.)

Ninus II, de B ri faut, 1807.

Tippoo-Saeb, de Jouy, 181 3 (20176).

Même les sujets modernes deviennent rares.

XII. Entre 1815 et 1830, derniers efforts pour galvaniser le genre anémié.

(a) Reprise de la tragédie voltairienne: philosophique et libérale (de Jouy, Sylla, 1824); pathétique et mélodramatique (Casimir Delavigne, les Vêpres siciliennes, 1819; Liadières, Conradin et Frédéric, 1820).

(b) Retour au théâtre anglais et allemand. Liadières, Jane Shore, 1820.

Lebrun, Marie Stuart (d'après Schiller), 1820 (20195). Lebrun, Le Cid d' 'Andalousie, 1825 (d'après Lope de Vega:

le théâtre espagnol a été remis en honneur par Schlegel, 12917, trad. en 1814).

(c) Effort vers une tragédie poétique.

Les essais les plus significatifs sont inspirés par la Bible.

Le Saùl de Lamartine (non joué), 181 8.

Le Saùl de Soumet, 9 novembre 1822: couleur locale; sentiment personnel; signification symbolique (20181 et 20191).

(d) Toutes les innovations tentées depuis un siècle se rassemblent dans une combinaison voltairienne: Casimir Delavigne, Marino Faliero, 31 mai 1829. (20148, 20154-20157).

Henri III et sa cour a été joué le 11 février 1829.

Marino Faliero est le dernier effort de la tragédie pour soumettre les effets romantiques au goût et au style classiques; mais alors la tragédie n'est plus qu'un drame romantique honteux, insuffisamment poétique, insuffisamment artistique.

Hernani (1830) rend ces essais inutiles.

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