DU DISCOURS
PRONO>Cfc: PAR CICKHON PE.NDAM SA CAMMDATI RK
ARGUMENT
De six compétiteurs qu'avait Cicéron dans la demande du consulat, quatre étaient peu redoutables pour lui, et se conduisaient avec modération. C'étaient P. Sulpicius Galba, L. Cassius Longinus, Q. Cornificius, et C. Licinius Sacerdos. Mais Antoine et Catilina, malgré l'infamie dont ils étaient couverts , jouissaient tous deux d'un grand crédit; ils avaient un parti puissant, et s'enorgueillissaient de l'appui de Crassus et de César, De concert, ils employaient l'intrigue, la corruption, la calomnie, la violence pour écarter Cicéron du consulat. Celui-ci, peu de jours avant les comices, saisit une occasion de s'élever dans le sénat contre ses indignes adversaires. Pour réprimer la brigue, et sa licence et son audace croissantes chaque jour, le sénat voulut jiortor contre
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elle une loi plus sévère que celles qui existaient déjà. Le tribun Q. Mucius Orestinus s'opposa à cette loi. Cicéron prit la parole pour combattre l'opposition du tribun, et en profita pour dévoiler les manœuvres de Catilina et d'Antoine. Des invectives grossières , et surtout des reproches sur la nouveauté de son nom , furent les seules armes avec lesquelles ses rivaux tentèrent de lui répliquer.
Tels sont les détails historiques que donne le grammairien Asconius sur le discours^ Togd candidat dont il nous a conservé des fragments. Ses citations ne suffisent pas pour en faire deviner l'ordre et le plan ; nous n'essayerons donc pas de le restituer. Nous avouons même que , si ces fragments offrent quelque intérêt , ce n'est guère qu'autant qu'ils forment une sorte de commentaire historique de Y Essai sur la candidature.
Ce motif n'est pourtant pas le seul qui nous ait engagé à les traduire, et à nous livrer, avec si peu d'espoir d'intéresser le lecteur, à un travail ingrat, où le défaut de liaison des phrases fait perdre, à chaque pas, la possibilité d'assigner avec certitude leur véritable sens.
Des nombreux discours de Cicéron que le temps nous a enviés , celui-ci est peut-être le plus regrettable. Tous les autres , si nous pouvions les.
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Fecouvrer, nous feraient admirer sans cloute le défenseur dans les causes civiles et criminelles , l'accusateur, le magistrat , l'homme d'Etat : mais les discours que nous possédons nous ont déjà montré l'orateur romain excellant tour à tour dans chacun de ces personnages. Le discours /// Togd caiididci serait unique en son genre : il offrirait le modèle de l'attaque et de la défense dans la guerre que les candidats se faisaient souvent entre eux.
Cette attaque et cette défense publiques sont bien éloignées de nos mœurs ; nous n'y voyons guère que des déclamations injurieuses que de-vrait punir un combat singulier ou une plainte en justice. Raisonnons toutefois : cette méthode de disputer une place, en établissant hautement que l'on est plus digne que ses compétiteurs, laisse à ceux-ci la faculté de réfuter les reproches qu'on leur adresse et de combattre les droits qu'on leur oppose. Qu'y peut-on substituer parmi nous? l'accusation secrète, réservée, autant que possible, pour le dernier moment , qui n'admet point de réponse de la part de l'accusé, et égale ainsi, par la même impuissance, la vérité et le mensonge ! L'homme qui agit par le motif le plus pur, pour écarter d'une place à laquelle lui-même ne prétend pas, un sujet indigne; cet homme peut-étie ne choisira point une aulie arme, et ne la ujauicia pas avec
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moins d'adresse : persuadé qu'une démarche perfide, quand elle empêche l'innocence de se justifier, n'est que prudente quand il s'agit d'ôter à l'intrigue le pouvoir d'en imposer.
Que peut, pour le maintien des mœurs, la crainte d'une délation secrète? Rien; puisqu'une vie à l'abri du reproche n'est point à l'abri des traits des délateurs. Aux discussions publiques entre les candidats, appartenait une efficacité plus sûre. Chacun d'eux avait dû s'y préparer dès le commencement de sa carrière; certain d'avance que sa vie entière passerait alors sous les yeux du peuple ; qu'on ne lui ferait grâce ni d'un vice, ni d'un défaut, ni d'une action blâmable, ni d'une simple erreur; que sa conduite et ses discours, comme homme et connue citoyen , aux armées , au forum , dans les provinces , dans l'intérieur de sa maison, seraient discutés par des émules jaloux , et appréciés par un juge sévère.
IjCs mœurs d'un Catilina , d'un Antoine , d'un Clodius, ne doivent point ici nous être opposées. Le mal, parvenu au comble, était alors plus fort que les remèdes. Mais que l'on songe au débordement de puissance et de richesses qui vint fondre dans Rome, si j'ose m'exprimer ainsi, immédiatement après la bataille de Zama ; et l'on s'étonnera que les mœurs aient mis encore un siècle et plus à se corrompre complélement , et l'on
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sera tenté d'attribuer ce retard, non-seulement à l'admirable institution de la censure et à l'habitude non moins admirable qu'avaient le sénat et le peuple même de s'entendre dire, à la tribune, des vérités dures, mais aussi à cet examen rigoureux qu'appelait tous les ans, sur chacun des candidats, la jalousie de ses compétiteurs.
Si l'on s'effraye des haines que de pareilles discussions devaient enfanter, je demanderai à quel point les menées sourdes et ténébreuses dont se compose, chez les modernes, presque toute la science de parvenir, sont propres à entretenir, entre des rivaux d'ambition, l'amitié et la bonne intelligence!^ A Rome, du moins, si l'on était injuste, calomniateur même, on l'était à découvert, c'était à la clarté du jour que l'on combattait pour s'entre-détruire ; et cette franchise dans l'inimitié laissait plus de possibilité aux réconciliations.
Que suit-il de la ? qu il faille intioduire cette coutume dans nos mœurs, auxquelles elle convient si peu ? Non; mais qu'on ne doit pas non plus la condamner légèremen!. Elle avait des inconvénients; et, dans le passé, comme dans le présent, quelle chose n'en a pas ? Mais les avantages l'emportaient encore, dans un pays où les communications de la société étaient très-bornées, et où, par conséquent, la publicité de paicillcs
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discussions donnait seule aux citoyens la possibilité de se connaître bien et de se juger entre eux.
Regarder chaque chose à sa place : telle est la loi que l'on doit s'imposer, toutes les fois que l'on juge l'histoire, les institutions , les moeurs, les écrivains d'un temps ou d'un pays différent du sien. On trouve alors moins à blâmer, plus à examiner, plus à apprendre ; on étudie mieux l'organisation sociale, où rien ne se meut isolément, et dont toutes les parties réagissent les unes sur les autres ; enfin l'on agrandit en soi la connaissance de l'homme, à mesure que l'on s'accoutume à le considérer sous des traits divers, au lieu de céder à l'habitude que donnent l'orgueil et l'ignorance, de ne le voir nulle part autrement qu'on